Cinq

« Il ne faut pas avoir honte quand la raison dit : c’est honteux ! quand elle affirme : c’est insensé ! alors paraît la vérité ; et là où elle signale une parfaite impossibilité – là et là seulement se trouve l’entière certitude. »

Tertullien

C’est ce que je cherche quand j’écris. Je cherche ce moment où va me venir à l’esprit quelque chose d’insensé, quelque chose qui va débouler dans ma tête, qui va se présenter à moi comme un cheveu sur la soupe, quelque chose qui va éveiller ma curiosité. Ça n’arrive cependant pas comme ça, comme un coup de baguette magique. Je dois laissé courir mes pensées, ne pas les retenir. Ça pourrait ressembler à ce que Freud a appelé l’association libre. Ce qui pourrait me tenter de m’y soustraire à cette libre association, c’est l’absurdité qui en découle et le sentiment de honte qu’elle génère. Il a raison Tertullien, il s’agit bien de honte. La honte d’être absurde. Absurde, taré, fou, dingue, malade mental … autant de mots qui évoquent l’insensé, autant de mots qui sont aussi des insultes. Il y a un donc un moment quand on procède ainsi où l’on résiste, c’est là qu’il faut trouver la force d’insister, qu’il faut s’engouffrer dans l’inconnu, avec peur et confiance mêlées comme dirait le personnage de Ici ça va (voir article 3). Cette conception de la vérité, comme insensée, on la retrouve justement dans la théorie psychanalytique. La vérité est à chercher dans l’inconscient, le psychanalyste traque ses manifestations dans les lapsus, les rêves, les actes manqués, autant d’événements qui paraissent insensés pour l’analysant et génèrent en lui de la honte. Si elle est inconsciente la vérité c’est bien parce qu’elle est insensée, inacceptable pour la raison, pour la conscience. Saint Jean de la Croix incite aussi à la libre association quand il dit « Si tu vas où tu ne sais pas, emprunte les chemins que tu ne connais pas ». Les mystiques, plus généralement, recommandent aussi de se perdre pour toucher la vérité. Je crois retrouver ma conclusion de l’article 3, « Le bonheur s’atteint dans la création » avec cette citation de Tertullien.

« Ecrire pour moi, pour l’unique plaisir de voir se former les mots sous ma main, de découvrir des vocables que je croyais ignorer, des tours de phrase inédits, des surprises. Il va de soi que consciemment ou non je puisais dans mes lectures à l’improviste, inspiré par une mémoire confuse, et le dictionnaire devait m’apprendre le sens réel du mot dont je m’étais servi. C’était un bonheur de se procurer son propre étonnement. »

Jean-Claude Pirotte, Brouillard.

Publicités

Une réflexion sur “Cinq

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s