Quatorze

« Pour un homme d’humeur sombre, cela fait parfois du bien de se promener sur la plage nue et de regarder la mer grise-vert, couverte de longues traînées de vagues. Mais s’il a besoin de quelque chose de grand, d’infini, – de quelque chose qui lui révèle la présence de Dieu – il n’a pas besoin d’aller chercher si loin; j’ai eu l’impression de voir quelque chose de profond, de plus immense et de plus grand que l’océan dans les yeux d’un petit enfant qui se réveille le matin et pousse des cris de joie parce que la lumière du soleil inonde son berceau. S’il existe sur terre un rayon d’en haut, c’est là qu’on peut le découvrir. »

Vincent Van Gogh
Lettres à Théo, 242N, p 241 Gallimard, l’imaginaire.

Deuxième citation de Van Gogh en quatorze articles, ça n’est pas beaucoup. Je pourrais lui consacrer tous les articles de mon blog chaque jour pendant dix ans à l’écrivain Van Gogh que ça ne serait pas assez. Pour ce qui est du peintre, tout a été dit et redit. Ça surprends parfois d’employer ce terme, écrivain, pour quelqu’un qui n’a rien écrit d’autre que des lettres. C’est pourtant bien les mots d’un écrivain que j’ai recopié. Je suis incapable d’expliquer pourquoi c’est un écrivain. Je ne sais pas ce que c’est qu’un écrivain, en tout cas être écrivain, ça ne se résume pas à écrire des romans et les publier. Il y a des romans qui ne sont pas des livres d’écrivains. Ma grand-mère quand elle avait débarrassé et lavé la table du petit-déjeuner, quand elle avait passé un coup de torchon sur le lino pour qu’il sèche plus vite et qu’elle s’installait pour écrire à sa sœur, elle s’apprêtait à être écrivaine. Elle l’était quand le crayon en main, le papier à lettre devant elle, elle regardait pensivement par la fenêtre en cherchant les mots qu’elle poserait bientôt sur la feuille. Elle n’avait pas encore noircit la page qu’elle était déjà écrivaine. Elle était écrivaine parce que les mots qu’elle cherchait alors devenaient plus importants que sa vie. Elle était écrivaine parce qu’en cherchant des mots à envoyer à sa sœur, elle en oubliait sa souffrance d’avoir perdu un enfant, un petit enfant qui lui faisait peut-être croire aussi à Dieu quand il se réveillait le matin et qu’il poussait des cris de joie en la voyant lui tendre ses bras. Des bras tendus pour pouvoir le serrer fort contre sa poitrine et le dévorer de baisers dans le cou. À moins qu’elle était écrivaine pour l’inverse, parce ce que dans ses pensées elle retrouvait l’enfant qu’elle avait tant aimé, qu’elle aimait encore. Elle était écrivaine parce que nous n’étions plus là, parce qu’elle était seule avec elle-même. Voilà, j’ai trouvé, ces mots de Van Gogh sont les mots d’un homme seul avec lui-même, ce sont des mots d’écrivain.

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