Dix-huit

N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l’été,
Dans la paille des meules,
Dans le bois sec de ton armoire,
Si tu sais bien l’entendre.
Elle est aussi dans le cri du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid,
Ce soir, ne nie pas le soleil.

La main des dieux,
Tu peux refuser de la prendre.
La main du mendiant, tu
Peux aussi.
Toutes les mains qui frôleront la tienne,
Tu peux les oublier.
La main de ton ami,
Ferme les doigts sur elle,
Et serre-la si fort que le sang de ton cœur
Y batte avec le sien au même rythme.

Ne regarde pas si loin, Vassili,
Tu me fais peur.
N’est-il pas assez grand le cirque des steppes ?
Le ciel s’ajuste au bord.
Ne laisse pas ton âme s’échapper
Au delà comme un cheval sauvage.
Tu vois comme je suis perdue dans l’herbe.
J’ai besoin que tu me regardes, Vassili.

Tu te chaufferas au feu de paysan ?
– Je me chaufferai au feu de paysan.
– Tu auras de vieilles lampes à pétrole ?
– Je les aurai.– Un jardin de curé ?
– Un jardin de curé.
– Et un pot de basilic ?
– Et deux pots de basilic.
Et ta pitié pour moi et ma pitié pour toi.

Sabine SICAUD (1913-1928)

Vassili est le nom d’un ami qu’elle a rêvé juste avant de mourir des suites d’une longue maladie, dans d’atroces souffrances, elle avait 15 ans.

« Et ta pitié pour moi et ma pitié pour toi » me réconcilie avec le mot pitié.

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