Vingt-deux

Un lecteur et un livre, c’est une solitude qui en rencontre une autre.
Vincent Lacôte, Un cheveu sur la soupe, article 21.

« On est jamais si bien servi que par soi-même » il parait. Je dirai pourtant le contraire, « On n’est jamais si bien desservi que par soi-même ». Je m’explique; quand j’avais une vingtaine d’année, je suis allé voir un prêtre de ma connaissance pour lui faire part de ma réflexion autour de cette notion de « soi-même ». Je me souviens lui a voir dis que dans la religion catholique être altruiste c’était être égoïste puisque on était altruiste pour l’amour de Dieu, c’est à dire, pour plaire à Dieu. C’était donc à des fins personnelles, égoïstes, qu’il était recommandé d’aimer. On s’était quitté avec un sentiment d’incompréhension. Quelques trente ans plus tard, je me dis qu’aimer c’est éprouver le sentiment de l’inconnu. Cette façon de concevoir l’amour m’avait éloigné de la conception catholique de l’amour puisque Dieu y était présenté comme connu, jusqu’à ce que je découvre qu’il y a une frange des croyants, que je qualifierais de mystiques, qui considèrent que Dieu nous est inconnu. Ce sont les tenants de la théologie apophatique. Pour eux, on est desservi par soi-même car soi-même nous empêche de faire de la place à l’inconnu. Il faut alors se délester de soi, se détacher de soi s’affranchir de tout but pour connaître l’amour. La création artistique suppose qu’on se détache de soi pour créer. Dans la création artistique on quitte nos représentations pour laisser de la place à l’inconnu. Mais là où l’inconnu se fait le plus présent, c’est dans l’autre. C’est peut-être cette conscience que l’inconnu se trouve dans l’autre qui fait que les artistes authentiques préfèrent les hommes aux œuvres artistiques.

Plus j’y réfléchis plus je sens qu’il n’y a rien de plus réellement artistique que d’aimer les gens.
Lettres de Vincent à son frère Théo (1872-1890), 18 septembre 1888

Je préfère peindre des yeux humains plutôt que des cathédrales, si majestueuses et si imposantes soient-elles – l’âme d’un être humain, même les yeux d’un pitoyable gueux ou d’une fille du trottoir sont plus intéressants selon moi.
Lettres de Vincent à son frère Théo (1872-1890)

Pour les croyant, l’homme est d’ailleurs une œuvre, celle de Dieu.

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