Trente

« Ce n’est pas le désordre qui doit être opposé à l’ordre, c’est l’autonomie. »
Donatien Alphonse François Marquis de Sade

C’est fou ce que le Marquis de Sade peut dire de choses scandaleuses. Il a eu le temps de mûrir ses pensées en prison. C’est vrai que si l’on y consacre du temps, si l’on s’astreins un tant soit peu à faire mûrir ses pensées, elles mûrissent. Ça réclame de l’isolement, du temps et un effort. Ce qu’a dit Sade m’interpelle parce qu’il aborde la question de l’ordre et de la jouissance dans la même phrase. L’autonomie c’est la liberté. C’est la liberté à son plus haut degré. Je ne parle pas d’une autonomie matériel, je parle d’une autonomie de la pensée. Pour être plus clair, cela veut dire par exemple qu’on peut être tétraplégique et pour autant autonome. On retrouve chez Georges Bataille, Arthur Rimbaud, Saint Jean de la Croix, la question du désordre. « Je fini par trouver sacré le désordre de mon esprit » ou encore « Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens » a dit Rimbaud, « si tu ne sais pas où tu vas, va par ou tu ne sais pas » a suggéré le Saint homme et Georges Bataille soutenait par exemple « On ne peut pas émouvoir sans que le trouble soit en jeu ». Dans l’article précédent, à la fin, je me demandais si paradoxalement l’ordre n’était pas le moyen d’arriver au désordre, prenant pour exemple les ordres religieux qui imposent une vie très ordonnée avec des règles strictes. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que ces ordres ne cessent d’être réformés. Ce qu’il y a d’étonnant aussi c’est que Jean de la Croix et Sainte Thérèse d’Avila ont été des réformateurs de leur ordre religieux. C’est à dire qu’ils s’ont été à l’origine d’un désordre. Ils ont transgresser l’ordre. Ils ont fait comme Adam et Eve. Peut-être en ont-ils puisés une certaine jouissance. Pour en revenir à Sade et à l’autonomie dans la pensée, je me dis que quand on s’affranchit de ses certitudes, cela reviens à déstabiliser l’ordre de nos pensée , leur logique. C’est peut-être ça qu’il a voulu dire avec cette phrase Sade, que lorsque nous rompions l’ordre de nos pensées, leur logique, naissait en nous le sentiment de la liberté. Autrement dit, notre logique nous réduit à la servilité. Philosopher demande un effort, un effort intellectuel, un effort pour mettre en ordre ses idées. J’ai l’impression que dans cette mise en ordre arrive toujours ce moment où la construction s’effondre, c’est le moment où l’on s’affranchit de nos certitudes. Ça me fait penser au plaisir que l’on ressent dès l’enfance, à faire s’effondrer la tour de cube qu’on a patiemment érigée, ce produit alors un trouble, une émotion jubilatoire. Le sentiment d’être autonome ?

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