Trente et un

Sortie à la FNAC aujourd’hui pour feuilleter des livres et éventuellement en acheter. Direction le rayon philosophie, je cherche quelque chose de Georges Bataille mais je ne trouve rien, j’en profite quand même pour ouvrir le « Gai Savoir » de Nietzsche;

Mon chien. — J’ai donné un nom à ma souffrance et je l’appelle « chien », — elle est tout aussi fidèle, tout aussi importune et impudente, tout aussi divertissante, tout aussi avisée qu’une autre chienne — et je puis l’apostro­pher et passer sur elle mes mauvaises humeurs : comme font d’autres gens avec leurs chiens, leurs valets et leurs femmes.

Je trouve ça plein de bon sens et je pars avec le livre sous le bras, direction le rayon poésie, toujours en quête d’un bouquin de Bataille. J’en repars bredouille, toujours rien de cet auteur. Je vais au rayon des romans français et là, miracle, tout en bas de l’étagère, coincé entre deux gros bouquins, en collection de poche, je tombe sur « Madame Edwarda ». Je l’ouvre et lit ce commentaire de Maurice Blanchot; « Que le livre le plus incongru soit finalement le plus beau livre, et peut-être le plus tendre, cela est alors tout à fait scandaleux. » Ça commence bien, tout ce qui n’est pas scandaleux indiffère. Je visite le livre rapidement, je le mets sous mon bras avec celui de Nietzsche mais je suis un peu déçu quand même car j’espérais trouver d’autres bouquins de Bataille. Coup de bol, en quittant l’espace des romans français, je me retrouve face à face avec une dame avec le gilet de la FNAC sur le dos et lui demande si il n’y aurait pas quelque part dans le magasin d’autres livres de Georges Bataille. Elle me dit alors d’aller voir en poésie, je lui réponds que j’en viens, elle me recommande d’aller voir du côté de la philosophie, je lui réponds que j’en viens aussi. Elle réfléchie alors à haute voix, « mais où peut-il bien être …? », je dis qu’il est difficile de le classer. Elle tape sur son clavier « G.Bataile », puis se reprenant, « G.Bataille » et nous voyons alors apparaître sur l’écran « L’Érotisme » avec le chiffre 10 à côté. Elle continue alors à haute voix « Où sont-ils ? » puis « J’ai une idée ! », elle part alors gaillardement vers un présentoir, prends un bouquin et me le tends victorieusement en prononçant ces mots; « L’érotisme, on a fait une semaine sur le thème de l’érotisme c’est pour ça qu’on en a reçu plusieurs ». Je la remercie et sans plus attendre je me plonge dans le livre et voilà ce que j’y trouve dès la troisième page;

Elle est retrouvée.
Quoi ? L’éternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

« La poésie mène au même point que chaque forme de l’érotisme, à l’indistinction, à la confusion des objets distincts. Elle nous mène à l’éternité, elle nous mène à la mort, à la continuité : la poésie est l’éternité. C’est la mer allée avec le soleil. »

Je prends le livre sous le bras pour me rendre à la caisse et en passant devant le fameux présentoir, j’y jette un coup d’œil espérant découvrir d’autres auteurs qui traiteraient de ce sujet. Il restait neufs exemplaires du livre que je m’apprêtais à acheter, autrement dit, il n’en n’ont pas vendu un seul alors que les piles des autres bouquins du présentoir étaient bien entamées. Il faut dire que ces derniers ne contenaient quasiment pas de textes, pour certains même, pas du tout, mais des photographies ou des dessins d’hommes et de femmes assez largement dévêtues dans des positions lascives. C’est peut-être sciemment qu’il aura été rangé là par un vendeur passionné de Bataille, je comprends qu’on puisse l’être, qui chercherait à le faire connaître par tous les moyens ou pourquoi pas, par un employé obsédé textuel, pour qui une phrase telle que « L’érotisme, s’est l’approbation de la mort jusque dans la vie » titillerait sa libido, mais le plus probable est que sa réputation de pornographe a encore frappé. Il faut admettre qu’il a donné dans le genre, mais jamais gratuitement, en renvoyant à chaque fois à quelque chose de plus profond, à quelque chose qui est sans fond;


je bois dans ta déchirure
j’étale tes jambes nues
je les ouvre comme un livre
où je lis ce qui me tue.

G.Bataille

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2 réflexions sur “Trente et un

  1. Mais aussi quelle idée aussi de vouloir tout classer, tout ranger sur des étagères 😉
    Vive le désordre!
    Il y a des livres inclassables, généralement des livres écrits par des génies, ou plutôt par génie.
    Tes articles sont d’une grande profondeur, tu vas presque me faire regretter d’avoir « tempêter » chez Stéphane sur ces poètes qui n’aiment pas la philo lol!
    Passe une bonne soirée Vincent 🙂

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