Trente-quatre

Je découvre « L’Érotisme », de Georges Bataille, c’est une révélation. Ça fait longtemps que je n’ai pas tenu un livre en ayant le sentiment d’avoir dans les mains, à ce point, quelque chose de précieux. Ça n’est pas une lecture facile. Je lis en laissant des choses de côté à la première lecture et même encore aux suivantes, mais l’effort de compréhension en vaut la peine. L’auteur est très exigeant lorsqu’il met un sujet sur la table, c’est argumenté, documenté, référencé. Il a théorisé le désordre mais son propos est très ordonné comme doit l’être le bibliothécaire de profession qu’il était. Le livre en question s’appelle « L’Érotisme ». La grande idée c’est de montrer que l’érotisme, la mort, la religion chrétienne ont partie liée. « J’insiste sur le fait que, dans cet ouvrage, les élans de la religion chrétienne et ceux de la vie érotique apparaissent dans leur unité ». Il n’y a rien de blasphématoire dans sa démarche. Je le précise car on pourrait l’envisager de la part de quelqu’un qui a écrit des livres considérés comme pornographiques. « Mme Edwarda » fait parti de ces livres qui ont participé à construire cette réputation. En fait, ses livres dits « pornographiques » sont aussi excitant sexuellement que la lecture des pages les plus licencieuses du Marquis de Sade. Ils laisseraient de marbre un régiment de jeunes soldats de retour d’une mission de six mois au saint siège. Le ton est donné dès les premiers mots de la préface avec cette citation de Hegel ;

« La mort est ce qu’il y a de plus terrible et maintenir l’œuvre de la mort est ce qui réclame la plus grande force. »

Plus encore, la lecture de ce livre risquerait de les dégoûter à jamais du sexe. C’est laborieux, c’est glauque, c’est poussif, c’est à vomir. Les personnages n’éprouvent pas de sentiments les uns pour les autres. La volonté d’être réduit ou plutôt d’être élevé à un statut d’objet, de pur objet domine.

Dans le même volume de l’œuvre de Georges Bataille figure également un autre récit dont la vie sexuelle est le thème, Le mort.

« Elle n’était plus séparée d’Edouard.
Le con et le cul nus : l’odeur de cul et de con mouillés libérait son cœur et la langue de Pierrot, qui la mouillait, lui semblait le froid du mort.
Ivre d’alcool et de larmes et ne pleurant pas, elle aspirait ce froid la bouche ouverte… »

L’héroïne se vautre dans la luxure pour ne plus éprouver l’angoisse causée par la perte de son compagnon, la discontinuité. Elle va de dépassement en dépassement de la morale, de transgression en transgression, de décadence en décadence, elle prends une autoroute pour l’enfer qui la mène au paradis. Elle la mène à n’être même plus un objet, elle devient alors de la matière, de la pure matière, son but finalement.

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