Quarante-huit

– Henri Thomas ;

J’ai eu une jeunesse interminable, je peux le dire, et toujours je mettais la poésie au dessus du roman, au dessus de n’importe quelle prose, je n’étais pas content tant que je ne sentais pas ce niveau poétique et puis petit à petit je me suis habitué à écrire en prose, je suis descendu dans une espèce de carrière.

– L’interviewer ;

Un oiseau, l’œil du poète
s’en empare promptement,
puis le lâche dans sa tête
ivre, libre, éblouissant,

Hubert Jouin dit que tout Henri Thomas est dans ces quatre vers.

– Henri Thomas ;

En effet, c’est bien possible, j’ai senti le mouvement de l’oiseau et pas seulement de l’oiseau mais de la vie, de la vie, de la vie qui cherche à s’échapper en nous, en nous, qui est en même temps notre prisonnière et notre libération. La poésie m’a donné à des moments favorables une sensation de liberté qui était au dessus de tout, je n’étais plus coupable de rien, je pouvais faire des fantaisies qu’on aurait qualifiées de coupables, elles ne l’étaient plus. Elle était liée, si j’ose le dire, à l’amour. Je ne les séparais pas, c’est pour ça que je pleure en y pensant.

Fin de l’extrait.

Ceci est la retranscription d’une interview d’Henry Thomas.

http://m.youtube.com/watch?v=Dt0Vp0GtWqg

Je m’en étais servi pour commenter un de ses poèmes;

http://schabrieres.wordpress.com/2014/01/17/henri-thomas-poeme-1944/

Je ne me souviens plus comment je suis arrivé à Henry Thomas, ça tombe bien, ça n’a pas d’importance. Je n’ai jamais rien lu de lui sinon certaines poésies et citations que l’on trouve sur internet. J’avais prévu de commenter celle-là ce soir;

« On ne tombe pas dans la solitude, parfois on y monte. »

Et puis je me suis souvenu de ce passage d’une interview de lui alors qu’il avait un certain âge dejà. Dans mon article précédent, je liais la tendresse à la poésie, lui aussi le fait quand il dit « Elle était liée, si j’ose le dire, à l’amour. Je ne les séparais pas, c’est pour ça que je pleure en y pensant. » Les écrivains ont parfois des enfances de merde, c’est le cas par exemple d’Henry Thomas, de Jean-Claude Pirotte et de Georges Bataille. La palme d’or de l’enfance merdique revenant à Georges Bataille. Oui, quand la poésie nous touche, on ressent comme la présence de quelqu’un qui nous aime d’un amour indéfectible et inconditionnel. La poésie révèle cet amour. Henry Thomas précise, « si j’ose le dire ». Que craint-il à le dire ? Pourquoi pleure t’il en le disant ? Je n’ai pas la réponse, simplement il me semble qu’il peut peut-être craindre d’en faire trop, d’exagérer, aux yeux de celui qui le lit. Moi, je le comprends, je ne le trouve pas excessif, je comprends aussi qu’il pleure. Ça n’est pas rien l’amour. On ne vit que pour l’éprouver et quand il nous est enfin révélé alors qu’on l’a ardemment cherché tout au long de son enfance, comme ça a été le cas d’Henry Thomas, il y a de quoi pleurer de joie, même plus de cinquante ans après les faits. Il est touchant Henry Thomas dans cette vidéo. Il ne fait pas le malin, il est tout en humilité. Pas de folie des grandeurs chez lui. D’ailleurs, à un autre moment de l’interview, il se compare même à un nourrisson dans un berceau crasseux;

« Quelques fois je me dis comme c’est rassurant d’avoir écris, c’est la seule chose, enfin c’est le seul berceau dans lequel on peut se remettre, parce que tous les berceaux sont perdus, il n’y en a plus qu’un, si on l’a, c’est un berceau d’écriture, on se recouche dedans, il est tout sale, tout crasseux, tout mélangé mais c’est le berceau de l’écriture. Quelque fois j’ai pensé à ça, je me suis dit, si il m’arrive de mourir, on ne sais jamais, et bien je voudrais me coucher dans mon berceau d’écriture. »

Un berceau qui monte très haut dans la lumière.

http://schabrieres.wordpress.com/2014/01/19/henri-thomas-un-oiseau-1944/

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