Quarante-neuf

Je ne suis pas à la vie
C’est vous mon unique émoi,
Solitude, poésie,
Vos feux consument la loi,

Je mens, je crains, je renie,
Vieux désordre, cache-moi.

Extrait de « Signe de vie », 1944
Henri THOMAS

C’est une prière qui s’adresse à la poésie. Henry Thomas la confond successivement avec la solitude et un vieux désordre. Il lui demande de le cacher. C’est son arme, c’est l’arme de l’homme contre l’anéantissement, contre cette chose que Van Gogh ne parvient pas à définir mais dont il connaît les effets néfastes,  » On ne saurait toujours dire ce que c’est qui enferme, qui mure, qui semble enterrer, mais on sent pourtant je ne sais quelles barres, quelles grilles, des murs. » Dans ce poème d’Henry Thomas l’arme de la poésie est le feu, « Vos feux consument la loi ». Léo Ferré évoque ce combat dans sa chanson « Des armes » reprise par Noir Désir;

http://m.youtube.com/watch?v=DhXkeBykF1o

Léo Ferré
DES ARMES

Des armes , des chouettes, des brillantes
Des qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu’il faut caresser comme pour le plaisir
L’autre, celui qui fait rêver les communiantes

Des armes bleues comme la terre
Des qu’il faut se garder au chaud au fond de l’âme
Dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d’une femme
Qu’on garde au fond de soi comme on garde un mystère

Des armes au secret des jours
Sous l’herbe, dans le ciel et puis dans l’écriture
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures
Et qui mettent la poésie dans les discours

Des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d’un vers français brillant comme une larme

La poésie comme une arme, porteuse de violence, c’est comme cela aussi que Georges Bataille l’évoquait dans son livre « La haine de la poésie », qu’il a rebaptisé « L’impossible », il s’en explique dans la préface de son livre réédité avec ce nouveau nom;

« Il y a quinze ans j’ai publié une première fois ce livre. Je lui donnai alors un titre obscur : « La Haine de la poésie ». Il me semblait qu’à la poésie véritable accédait seule la haine. La poésie n’avait de sens puissant que dans la violence de la révolte. Mais la poésie n’atteint cette violence qu’évoquant l’Impossible. À peu près personne ne comprit le sens du premier titre, c’est pourquoi je préfère à la fin parler de L’Impossible. »

— Georges Bataille, L’Impossible (préface)

Je préfère de loin le titre « La haine de la poésie », parce que consumant les lois qui délimitent le possible, parce que poétique.

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