Cinquante

Dans l’ombre des choses humbles

L’odeur de la réglisse, du pierrot gourmand

De la semelle de caoutchouc

De l’essence

De la vie.

Georges PERROS

C’est un poème court, composé de mots simples mais dont le commentaire me semble ardu. Quand je le lis, je fais fonctionner la mémoire de mon odorat. J’essaie de me souvenir de l’odeur des choses qu’il évoque. Ça me fait penser à l’histoire de la madeleine de Proust, celle dont le goût lui fait revivre en pensée un moment de son enfance. Il y a des moments dans une journée où, sans s’en rendre compte vraiment, des images de notre enfance nous reviennent. En épluchant des pommes de terre tout à l’heure, j’ai repensé à la cave de mes grands-parents dans laquelle étaient stockés des monceaux de patates. De la cave, je remonte dans la cuisine par un escalier étroit. Ma grand-mère est assise à la table et épluche sous la lumière crue du néon, des pommes de terre encore terreuses, sur une feuille de journal. Elle relève la tête et me sourit. Elle change d’expression de visage, elle prends un air plus grave, pour me demander si mon oncle est rentré de son travail. Je lui réponds que je le ne crois pas, que je n’ai pas entendu sa voiture. Je vais quand même dans le salon pour vérifier si, par la fenêtre, je l’aperçois garée dans la cour. Elle n’y est pas. J’en informe ma grand-mère qui se dit à elle-même, mais à haute voix, « Arrh, il est encore en retard ! Mais qu’est-ce qu’il fait donc ? ». Je reste à la fenêtre, le front collé contre la vitre froide et je fixe le bout de la rue dans l’attente de le voir éclairé par un faisceau de lumière. Il peut arriver, rarement, que la lumière vienne de la voiture d’un voisin, aussi, je ne dis rien à ma grand-mère quand j’en vois apparaitre, pour la préserver d’une fausse joie. Mais il y a une chose que je reconnais sans me tromper, c’est le ronflement du gros moteur 2 litres 5 diesel de la Peugeot de mon oncle. J’attendrais donc de l’entendre avant d’annoncer le retour de son fils à ma grand-mère. Je crierais « Le voilà ! ». Dans l’ombre des choses humbles, je rajoute le bruit du moteur d’une 504 GLD, le bruit de la vie.

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