57. M’emmerde LA POÉSIE

m’emmerdent Lamartine et Saint-John Perse, François Coppée et Paul Claudel, Valéry et André Laude. M’emmerdent les grands trafiqueurs qui filent la rime, le verset, le beau langage vérolé.
M’emmerde LA POÉSIE

J’exige la fin du divorce entre le verbe et les choses

La poésie est inadmissible. Ce n’est pas un livre, n’est pas un poème, non plus un anti-livre, un anti-poème. C’est de l’absence qui jargonne, bafouille, éructe, vocifère, incendie. L’absence à laquelle je suis condamné depuis que la queue de mon père a trouvé le trou de ma maman.

André Laude – La poésie inadmissible

Il y a des poètes qui vous bousculent plus que d’autres. André LAUDE est de ceux-là. Il lance à la volée des mots qui sautent à la gueule. Ceci n’est qu’un passage d’un texte beaucoup plus long dont j’ai eu du mal à extraire uniquement ces quelques phrases. Peut-être la phrase qui m’interpelle le plus est « J’exige la fin du divorce entre le verbe et les choses ». Elle exprime sa colère, son impuissance. André LAUDE souffre, il est révolté contre ce qu’il appelle « l’absence », que les mots, que la poésie elle-même, ne semble pas être en mesure de combler. Il ne nous dit pas ce qui est absent, mais on le devine, il s’agit de l’amour, de l’impression d’unité qu’il procure. Ce texte montre à quel point la poésie est présente pour lui. Elle semble s’imposer à lui, car quand bien même il se défends d’en faire, il en produit, par exemple, par cette phrase, poétique au possible, et dans laquelle je vois une superbe définition de la poésie, « C’est de l’absence qui jargonne, bafouille, éructe, vocifère, incendie. » En cela, par le fait qu’il soit poétique alors même qu’il cherche à nous dire l’inanité de la poésie, ce texte est un manifeste pour la poésie plus puissant encore qu’un autre texte saisissant d’André LAUDE, qui se veut, lui, au contraire, en être une apologie;

Sans Poésie – libre, follement libre – l’univers serait boule morte. La poésie aux lèvres rouges : la potion magique pour guérir, peut-être, l’angoisse électrique de l’inconnu qui écrivit une certaine heure de fièvre sur les murs de Mai 1968 : « Y a t-il une vie avant la mort ? »

Extrait de Poésie urgente.

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