89. Le Saint des seins

« Le mystique, c’est celui.. ..qui, au détriment de tout ce qui l’entoure, ..systématise une seule et unique.. ..idée obsédante, l’idée de Dieu. »
C’est de Salvador Dali, dans les dernières secondes de la video, tout aussi hilarante que pertinente, publiée dans l’article précédent.

Michel de Certeau, jésuite et spécialiste des mystiques, soutient que « l’idée obsédante » se porte sur des détails du quotidien du mystique, il évoque « un pathos du détail »;

« (Les mystiques) jalonnent leurs récits avec le « presque rien » de sensations, de rencontres ou de tâches journalières. Le fondamental est chez eux indissociable de l’insignifiant. C’est ce qui donne du relief à l’anodin. Quelque chose bouge dans le quotidien. Le discours mystique transforme le détail en mythe ; il s’y accroche, il l’exorbite, il le multiplie, il le divinise, il en fait son historicité propre. Ce pathos du détail (qui rejoint les délices et les tourments de l’amoureux ou de l’érudit) se marque d’abord en ceci que le minuscule découpe une suspension de sens dans le continuum de l’interprétation. Un éclat retient l’attention en arrêt. Instant extatique, éclair d’insignifiance, ce fragment d’inconnu introduit un silence dans la prolifération herméneutique. Ainsi peu à peu la vie commune devient l’ébullition d’une inquiétante familiarité – une fréquentation de l’Autre. » (La Fable mystique, p. 19)

C’est exactement ce que je fais avec ce détail du tableau des frères Van Eyck, « L’adoration de l’agneau mystique », je l’exorbite. Je me découvre mystique. Je suis, le Saint des seins.

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9 réflexions sur “89. Le Saint des seins

  1. « Le minuscule découpe une suspension de sens »… Merci pour ce texte incroyable, je découvre Certeau grâce à vous.
    L’idée obsédante est-elle durable? J’entends: comment évolue-t-elle? Est-elle figée? Est-elle parente du sentiment amoureux séculier?? Certeau en parle-t-il?

    Un peu comme un cheveu sur la soupe et de façon très anecdotique, je me permets de remarquer que ce jour nous sommes en seinpathie, car voici ce que j’avais en tête ce matin:
    http://www.alittlemarket.com/collier/fr_etrange_trilogie_en_rouge_colliers_superposables_-11421911.html

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  2. Je suis ravi, mais vraiment ravi, que ça te plaise. Je trouve ça incroyable aussi. Je découvre cet auteur et j’ai hâte de pouvoir approfondir et répondre, éventuellement à tes questions. Le collier, c’est pour un cadeau de Noël !? Il est sympathique, comme toi.

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  3. Bon, je vais commander La Fable mystique et m’instruire!
    Je n’ai pas encore pris le temps de lire Sade versus Thérèse mais cela ne saurait tarder.
    PS: Le collier est une élucubration mammaire perso, je doute qu’il finisse sous le sapin…

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  4. Je m’en doutais que tu le lirais vu ton enthousiasment enthousiasme. J’ai publié cet extrait, également, sur le site de Thomas Vinau, que je te recommande vivement,

    http://etc-iste.blogspot.fr

    et Anne le Maître, peintre et écrivaine l’a beaucoup apprécié aussi, elle va l’utilisé pour son prochain livre. Je suis doublement ravi donc, en étant doublement « utile à vivre et à rêver ».*

    Bonne journée

    * Étienne Roda Gil pour la chanson de Julien Clerc ci-dessous ;

    http://www.ina.fr/video/CAB92072688

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  5. Souvent en retard, je viens de regarder l’archive et le hasard fait que j’ai beaucoup d’affection pour le pays dont il est question dans l’émission.
    La toile, l’on tire un fil et plusieurs se mettent à luire. Le Mystère virtuel.

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  6. De Nadia Tueni:

    Reviendras-tu si je disais la terre est au bout de tes doigts
    comme une branche calcinée et déjà refroidie?
    les oiseaux sont morts plusieurs fois a pic contre tes cheveux blonds
    ils avaient adopté la mer pour vice
    à cause des algues sonores
    et des pistes qui se défont
    lentement
    trop tard pour naître chaque instant
    à genoux devant des visages où toute couleur est hostie
    comme une gorge prise au bétail qui dévore un rayon de soleil
    reviendras-tu si je disais la mer est au bout de tes doigts?

    (l’Age d’écume,1965)

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  7. La même:

    J’ai retenu la vie

    Pour que dure l’instant sous le poids des mémoires
    j’ai retenu la nuit
    plus doucement qu’une main de femme
    plus longuement sans oublier
    contre des murs vivants
    sur un étroit chemin utile comme un arbre

    Pour que le don de Mort recouvre les eaux sures
    J’ai retenu la mer
    loin des cathédrales dont elle se glorifie
    loin de ces araignées qui tissent encore des vagues pour attirer la plage
    et des rochers tordus où s’en ira la vie
    j’ai retenu la vie
    j’ai retenu la mer

    Pour que reste le cri des oiseaux de l’orage
    ceux qui n’ont plus rien dit depuis la grande attente
    ceux qui prient chaque fois pour les morts en puissance
    et détiennent la tour d’où soufflent tous les vents
    j’ai retenu la mer
    la nuit est moins féroce
    qui permet au soleil
    un temps de revenir

    (juin et les mécréants,1968)

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