102. Âme anéantie

Hier, j’ai publié une lettre ouverte à Marguerite Porete, cette mystique chrétienne du moyen-âge, brûlée vivante en place publique après avoir été emprisonnée un an et demi, pour avoir écrit un livre dont le titre est; Le Miroir des âmes simples anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d’amour. Ce matin, rien dans les commentaires, rien dans la boîte mail, elle ne m’a pas répondu. Je m’y attendais. Elle est morte et les morts ne communiquent plus. C’est ce qui nous manque le plus. Quand ils sont partis c’est pour toujours, mais ça n’est pas ça le problème principal, on peut partir et se parler au téléphone, s’écrire, s’envoyer des signaux de fumée… Si on s’adresse pourtant encore à eux c’est en croyant qu’ils nous entendent et parfois même, qu’ils sont en capacité de nous répondre. Pourquoi le croire ? Pourquoi leur écrire, pourquoi ces mots qu’on leur adresse en silence dans le creux de la nuit ou en plein jour devant leur tombe ? Parce que, âme anéantie, nous demeurons en vouloir et désir d’amour.

Photo; Boltanski, Leçon des ténèbres.

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8 réflexions sur “102. Âme anéantie

  1. Des simulacres. Le Crime du cerveau

    J’ai lu, en français et en anglais, venant de personnes diverses mais en général savantes, des insultes envers notre cerveau présentées comme révélation d’une vie de mensonges ou constat amer, désabusé, fatigué, ce constat qu’ont des parents ou des patrons et des professeurs pleins de bonne volonté face aux incapacités répétées de l’élève, de l’employé, de l’enfant, « C’est un attardé, hélas pour nous ».

    En général ce constat est suivi de la question à la Puissance, « Qu’est-ce que nous avons fait pour mériter une telle charge, un tel fardeau! ». Et nous nous prenons à rêver de tout ce qui aurait pu être fait si cet enfant, cet employé, cet élève, au lieu d’être notre honte ou l’objet de notre désappointement, étaient ce héro reflétant par son corps, son attitude, ses actions, l’Or des dieux. Ceux qui dénoncent le mensonge – cette vie de mensonge – ressassent à l’envi tout ce qui leur était apparu comme béatitude d’une vie de rectitude, confirmation des choix effectués, chaque fait pour en goûter l’amère tromperie, le piège égarant qui est de bonne foi, confiant.

    Toutes ces personnes devraient plutôt conspuer ce que le poète savait déjà, le cerveau est une bête sauvage qu’il ne faut cesser de dresser, une assemblée de fantômes trompeurs, de miroirs factices, dont il faut tirer partie en développant des techniques variées pouvant être éprouvées. Le poète sait la puissance de ce cerveau auxquels il convient de fournir des outils pour que sa rectitude apparaisse, son envie de vivre soit plus forte que sa puissance de tromperie, son désir d’être l’Univers se réalise à l’échelle de Jorge-Luis Borges et non selon les plans d’un microcosme étriqué.

    Les MOOC, les publicités électroniques, les jeux et vidéos du même genre, sont des figures de ce microcosme étrique qu’il est aisé de dupliquer à l’infini parce que ça ne coûte rien et ça rapporte. Ils fonctionnent comme la pierre philosophale. Pourquoi se priver de cet usage? Excepté que si le produit électronique ne perd jamais de sa valeur au pixel près, celui et celle qui en usent en sont usés. Il ne s’agit pas je le répète d’affirmer une quelconque destruction de l’idéalité humaine mais de la mise à mort de chaque usager.

    Cette mise à mort nous en avons l’image par le Daesh, elle est crucifixion, peuplement des frontières de cadavres spécifiquement exposés pour affirmer qu’au-delà, l’inconnu est interdit d’entrer. Le cadavre est pris à l’intérieur du groupe et exposé pour effrayer l’extérieur lui renvoyant, semble-t-il, une image détestable de ce qu’il est et pourrait devenir. Alors, ce faisant, les djihadistes du Califat, comme les créateurs de ces publicités et variantes électroniques décriées, révèlent ce que Gaston Bachelard avait déjà révélé, cet étrange que nous voulons connaître, que notre cerveau espère et dont l’absence le fait mourir, cet étrange est déjà en nous. Et nous ne sommes composés que d’étranges à la recherche de leur plénitude. Ils sont des phares qui s’éteignent autrement de désespoir que de ne rien percevoir. Si djihadistes, fabricants de jeux vidéos, de publicités, de MOOC, ont besoin de tels cadavres, c’est qu’un extérieur est inacceptable dans leur communauté. Le djihadiste s’enfuit d’un monde qui menace sa survie pour construire un monde dans lequel il détruit la survie de l’autre. La survie de chacun se fait au dépend de la survie d’autrui. La survie de chacun qui est éducation, sortie de notre monde premier pour explorer ce qui est en attente, interdit aux autres chacuns d’user de leurs attentes pour ce qui n’est pas encore là. Qu’est-ce que les djihadites, les fabricants électroniques, ont réussi à connaître de notre mise à mort?

    Michel Filippi.

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    1. Merci Marie, je l’ai mise en image d’en-tête. Elle donne un nouvel éclairage à mon texte, au sens propre comme au figuré. Sinon, voici le commentaire d’une personne qui fait du théâtre à propos de ma mini pièce, (article 64. La liberté) peux-tu, ainsi que d’autres lecteurs éventuels de ce message, me donner ton avis ?

      ça y est, j’ai enfin lu le texte de ton ami ! Je pense que cela peut faire une bonne scène de théâtre oui ! Il y a beaucoup d’humour, les sorties de Sade sont parfois bien crues mais cela correspond tout à fait au personnage. J’aime bien le personnage de Thérèse d’Avila, qui ne semble pas offusqué par les sorties de Sade.

      Pour la mise en scène, je pense qu’il faudrait quelque chose d’assez simple, sachant qu’il faut vraiment mettre le texte en avant. Il faudrait que les acteurs prennent leur temps au moment des concepts philosophiques pour que le public puisse bien suivre la conversation des trois personnages (même si pivot est un peu en retrait). En tous les cas, l’idée est vraiment bonne !!!

      Après (mais ce n’ets qu’une idée comme ça) les acteurs pourraient porter des costumes de leur époque et il faudrait faire un décor de télé pour créer un choc visuel, Thérèse d’Avila pourrait, dans la mesure du possible, avoir un physique de sainte-nitouche qui contrasterait avec son discours (surtout lorsqu’elle s’enflamme en parlant de Dieu).

      Si jamais il y a un écran télé dans le fond de la scène, les couvertures des livres de Sade et de Thérèse d’Avila peuvent défiler l’un puis l’autre…
      Un petit bémol : je pense qu’il faudrait approfondir un peu la position des deux personnages sur la liberté, à moins que les digressions ne soient voulues, et que ce sujet n’est qu’un prétexte pour réunir ces trois personnages ?

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      1. L’avis qui t’a été donné est favorable et intéressant. Je suis d’accord: le texte doit être mis en avant.
        Si les saillies du marquis sont crues, elles le tiennent peut-être plus de toi que de lui, l’alliance de la trivialité et de la spiritualité étant, me semble-t-il, ta marque de fabrique 🙂 Et je suppose que c’est ce qui a rendu, à l’écrire, cet exercice jubilatoire!
        Je dirais que tu t’es décliné dans les trois personnages.
        En toute subjectivité, lisant ta saynète, j’ai surtout senti son oralité, raison pour laquelle j’aurais davantage pensé à une version radiophonique.
        Autrement, pour une mise en espace, j’imaginais plutôt cela façon « Le divan » de Chapier (émission trop ancienne pour que tu la connaisses??): P(sy)vot entre ses deux « dévots » sur canapé et costumes modernes (j’ai toujours aimé la représentation de personnages bibliques, historiques… en vêtements contemporains de l’époque du peintre). Difficile d’envisager une interprétation sans bien cerner la nature de chaque personnage et tes intentions d’auteur.
        J’ignore combien de corrections tu as apportées au texte, quel travail tu y as consacré, mais je crois que l’écriture est une matière à modeler, remodeler inlassablement.

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  2. Mon Cher Vincent,
    Je suis quelque peu surpris que la voie des Anges ne soit pas parvenue jusqu’à toi ?!
    A moins que ce ne soit la poésie de Monsieur Glauque ( dont la montre s’est arrêtée sur le temps suspendu cher à Monsieur Proust, ou bien la parole de quelque société de psychanalyse mal comprise !? qui t’ai empêché de l’entendre !? , ….?? – Pour la vignette clinique du sus-dit Monsieur – Une Psychose latente notoire , Effrayant !!!!)
    A ce sujet, voir :
    La Psychanalyse cette imposture ? | CoCorico ! – French …

    cocorico.com/la-psychanalyse-cette…/loisirs-vacances-culture-bien-etre/
    A travers nos sociétés charismatiques, Nous parlons en langue avec Jésus, notre Seigneur chaque Jour, béni soit son Nom ! , ….!!
    Je m’étonne quelque peu que Toi, Le grand rêveur, ne l’ai pas entendue !?
    Qu’Est-ce qui t’en empêche ??! , ……?!
    A part ça, bien d’accord avec Marie, ….
    Je te salue bien cordialement, Jean-Pierre.

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  3. Des simulacres. En quel Nom ce Crime?

    Nous décrivons notre cerveau – le Cerveau – en proie à deux actions apparemment contradictoires, l’une d’ouverture et l’autre de fermeture. Ouverture pour soi, fermeture pour les autres? Nous reconnaissons là une problématique qui peut être identifiée soit comme la manifestation du principe d’incomplétude soit comme la nécessaire clôture de tout ce qui est libre afin de pouvoir exister dans notre type de monde, dans la part du Réel où nous nous trouvons au niveau de complexité qui donne une certaine stabilité à ce que nous produisons.

    Le premier principe manifeste qu’à notre connaissance il n’existe aucun système pouvant contenir la totalité de ce qui est existe et que donc toute, deuxième principe, tout objet devant se clore pour pouvoir exister ne peut qu’exclure ce qu’il ne peut contenir. Ces deux principes feraient que tout djihadiste qui cherche par ses actes sa liberté ne peut, pour être libre, qu’exclure des parties du monde ou empêcher qu’elles viennent s’agréger à ce qui fait son libre-système. Ceci implique que les « mis-à-morts » ont beaucoup plus en commun avec lui que n’en ont les parties rejetées. C’est en quelque sorte la réelle Valeur des suppliciés surtout ceux et celles qui sont exécutés face aux caméras. Cette démonstration ouvre la possibilité d’une voie stratégique.

    Parallèlement, ceux et celles qui sont emprisonnés dans un monde particulier par les publicités, vidéos, jeux, MOOC, utilisant l’électronique possèdent a priori une Valeur qui permet aux différents concepteurs de ces objets d’exister dans un monde clos, stabilisé.

    Voici comment nous concevons notre existence car tous ces gens ne sont que des exemples de ce que nous faisons pour être. Alors lorsque des philosophes comme Gilbert Simondon ou Jean-Christophe Bailly semblent affirmer avec force leur méfiance envers nos objets technologiques, l’action des technologues, lorsqu’ils supposent que ces objets et leur utilisation attaquent notre être, je suis très méfiant. Ils ne posent pas la question de leur propre existence et du prix qu’ils font payer pour capturer la Valeur nécessaire à leur existence.

    Le simulacre est un piège-à-mouches dont la place indique le lieu de la clôture, la constitution ce qui est recherché par qui, quoi, veut exister. Et alors la seule liberté qu’habite le beau mort est celle de contempler les étoiles, les yeux morts. Le mythe de la beauté du jeune Grec mort au combat est une escroquerie puisqu’il s’agit de part leur cadavre d’assurer l’existence de ceux qui désirent leur seule liberté à l’exclusion de celle des autres. Au nom de principes systémiques je l’accorde, au nom donc de la Nature il est vrai. Mais est-ce une raison acceptable?

    Nous accepterions ici le diktat d’une Nature alors qu’ailleurs nous savons composer avec elle, la maîtriser ou plutôt la cajoler suffisamment pour que sa violence implacable ne se déchaîne pas à notre détriment. Il existe d’autres possibilités et celles-ci cultivées pour assurer la liberté – la possibilité de sortir du monde premier et d’explorer l’inconnu au-delà – et l’existence de chacun que de construire des mondes clos et les opposés les uns aux autres.

    Elles existent ces possibilités ou il nous faut les espérer. Mais que veut dire dans le monde des simulacres espérer? « Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher. » (Baudelaire).

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