129. Psy 3

Une lueur d’espoir est née avec cette rencontre mais elle a tôt fait de s’éteindre. Dès le lendemain les idées noires ont refait surface. Les tentatives de retourner en cours se sont avérées être des échecs. L’étudiant n’arrive pas à se concentrer et la fréquentation des autres lui est devenue pénible. Un sentiment d’insécurité commence à poindre en lui. Ses sorties à marcher sans but dans les rues de la capitales se font de plus en plus longues et de plus en plus nombreuses, il ne retrouve son lit que courbaturé et épuisé pour dormir quelques heures. Le jour du second rendez-vous est arrivé, Vincent s’y rend mais ne parviens pas à prononcer un mot de toute la séance. Tout son corps est crispé et ses mâchoires restent bloquées. Il règne une grande tension dans la pièce. La psy n’insiste pas devant le mutisme du jeune homme, elle écourte la séance. Avant qu’il ne parte, elle lui donne un rendez-vous pour la semaine suivante et lui tend une carte sur laquelle est inscrit le numéro d’un autre psychiatre qu’elle lui recommande de contacter si il ne se sentait pas bien d’ici-là. Il glisse la carte dans sa poche. Vincent évite désormais tout contact avec les autres. Il ne va plus à la fac et il s’arrange pour ne pas croiser les personnes qui vivent à l’endroit où il réside, une maison religieuse qui loue de petites piaules à des étudiants. Son sentiment d’insécurité grandit, il s’est armé d’un couteau de chasse qu’il met dans sa poche dès qu’il sort de sa chambre et qu’il cache sous son oreiller quand il essaie de dormir. Les gens lui apparaissent comme hostiles, le moindre bruit dans le couloir le met aux aguets. Il ne trouve de réconfort qu’avec l’alcool ou en lisant les lettres que Vincent Van Gogh a écrit à son frère ou encore en allant s’assoir des heures durant dans la salle du musée d’Orsay où est exposé un autoportrait du peintre. Il a tapissé la fenêtre de sa chambre de photocopies en noir et blanc de cet autoportrait et il a criblé de trous le visage du « suicidé de la société » en le brulant avec l’extrémité incandescente d’une cigarette. Pas de vis à vis gênant pourtant en face de la fenêtre, mais le mur d’une chapelle où sont conservées les reliques de Saint Vincent de Paul. Le hasard veut, en effet, que le jeune homme ait trouvé une location à la maison des Lazaristes, congrégation fondée par le Saint homme qui recueillait les enfants abandonnés. Partout dans le bâtiment où il loge, se trouve des sculptures et des portraits à l’effigie du saint qu’il commence à tenir sérieusement en horreur de sainteté… Ainsi, un matin, en allant aux toilettes, il croise dans un couloir, le religieux responsable des logements loués aux étudiants. Vincent rase le mur mais ne parvient pas à éviter le prêtre qui voyant que l’étudiant fait mine de ne pas le voir se met en travers de son chemin.

– Ah! Vincent, te voilà! On ne te vois plus, tu ne viens plus manger avec nous, chaque fois que je viens frapper à la porte de ta chambre, je ne trouve personne, il semblerait que tu ne te rendes plus à la fac… que ce passe t’il ? Ça va ?

Vincent lève son regard vers le religieux puis le ramène presque aussitôt vers le sol et invente un mensonge;

– Oui, ça va, je dîne au restaurant universitaire en ce moment mais je vais bientôt revenir manger ici.

– Mais pourquoi détournes-tu ton regard de moi ?

– C’est pas vous.

Le prêtre est surpris, il regarde autour de lui, il n’y a personne.

– Mais si c’est pas moi, c’est qui alors ?

– C’est Saint Vincent de Paul derrière vous.

Derrière le prêtre est accroché un portrait du saint. Le prêtre se retourne pour vérifier et reviens à la discution.

– Mais tu as quelque chose contre Saint Vincent de Paul ?

– Je m’en méfie.

L’homme d’église interloqué et un brin agacé conclue,

– Eh bien tu ferais bien de t’intéresser à ce qu’il a fait de sa vie et ta méfiance s’envolerait.

En fait, il s’agissait bien plus que d’une simple méfiance. Si le jeune homme ne voulait pas croiser le regard du saint, c’est qu’il lui semblait animé d’une forte animosité à son encontre. Quand il repasse devant le portrait au retour des toilettes, il a l’impression que les yeux du saint le poursuivent, menaçants. Vincent décide de quitter au plus vite le bâtiment. Son délire augmente à la vitesse de son angoisse, il lui vient maintenant l’idée d’incendier la chapelle où sont conservées les reliques de Saint Vincent de Paul. Mais une fois dans la rue, son sentiment de persécution ne diminue pas. Il se sent maintenant poursuivit par les « sbires » de son hôte. Il suspecte les passants, son couteau dans la main, prêt à s’en servir à la moindre attaque. En passant devant une boutique qui vend des cartes téléphoniques, il en achète une sur laquelle est reproduit l’autoportrait de Van Gogh qui recouvre la fenêtre de sa chambre. Il la glisse dans une poche en refermant sa main libre dessus. Dans son esprit, Van Gogh et lui sont tous les deux des victimes du troisième Vincent. Van Gogh est son frère d’arme. Il lui parle, il est le seul en capacité de le comprendre, il se voit dans ses yeux. Il fait encore quelques mettre et devant une station de métro, tout se met à tourner très vite autour de lui, il est comme emporté par un tourbillon qui l’entraîne dans un trou noir. Il a l’impression de chuter sans parvenir à s’accrocher aux parois qui défilent à une vitesse vertigineuse sous ses yeux. Il se retrouve allongé sur les trottoir. Il entend des voix autour de lui,

– Ouh, Ouh, ça va ? Vous m’entendez ?

Des passants se sont attroupés. Quelqu’un lui touche l’épaule.

– Vous voulez qu’on appelle les secours ?

Vincent reprends un peu ses esprits, il entends une autre personne dire « Il a fait une crise d’épilepsie ».

On l’aide à se relever. On lui demande à nouveau si il faut appeler quelqu’un. Il réponds que non, que ça n’est pas grave, que ça lui arrive parfois, qu’il ne faut pas s’inquiéter et il reprends son chemin, avec une seule idée en tête, trouver une cabine téléphonique pour composer le numéro que lui a donné la psy avant qu’une crise d’angoisse ne l’assaille à nouveau.

Une fois le psy en ligne, il lui explique que ça ne va pas, qu’iĺ se sent poursuivis par Saint Vincent de Paul et ses sbires. Le psychiatre n’a pas l’air surpris, il semble s’attendre à ce coup de téléphone. Il propose de le voir tout de suite à son cabinet. Vincent y fonce. Un patient attends assis dans la salle d’attente. Lui ne s’assied pas, il tourne en rond dans la pièce. Quand on vient le chercher, l’étudiant encore apeuré raconte ce qu’il lui arrive, le médecin note tout sur un carnet au fur et à mesure qu’il parle. Encore sur le « qui-vive », il se retourne au moindre bruit. Le médecin lui parle de bouffées délirantes, de traitement qu’il devra prendre absolument, d’un nouveau rendez-vous dans trois jours pour évaluer ses effets, il lui donne un cachet qu’il avale. Quelques minutes plus tard, le monde lui semble être en coton.

De retour dans sa chambre, il s’écroule sur son lit sans même ôter ses chaussures et s’endort profondément.

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