130. La disparition

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J’aime beaucoup ce roman de Georges Perec, La disparition. Le problème de « La disparition », c’est que c’est un livre à record, c’est en effet le plus grand lipogramme qui n’est jamais été écris et qui plus est, en se privant de la lettre la plus utilisée dans la langue française, le e. C’est un problème parce que la prouesse technique occulte parfois l’intérêt littéraire du livre. Georges Perec explique dans une interview qu’à partir du moment où cette contrainte a été établie, « le livre est sorti tout seul », autrement dit, la disparition du « e » a engendré la naissance d’une histoire, une histoire qui se nourrit elle-même de la disparition de la lettre « e » puisqu’il s’agit pour les protagonistes de ce roman policier de traquer cette lettre. L’interprétation la plus commune qui a été donnée à ce livre, est que ce « e » qui a disparu et que l’on recherche activement, c’est « eux » ses parents. En effet, Georges Perec est devenu orphelin très tôt dans sa vie. Il perd son père, un juif d’origine polonaise, engagé volontaire dans l’armée française, tué au combat en 1940, alors qu’il avait six ans. Il perd sa mère quelques années plus tard, tuée en déportation après l’avoir confié en 1941 à la Croix rouge pour éviter qu’il ne soit lui aussi raflé. Mais des histoires où il est question d’une quête d’un objet, il y en a à foison dans la littérature et tous leurs auteurs n’ont pas pour autant perdu leurs parents pendant leur enfance. Aussi, je me dis que ce « e » qui a disparu dans l’ouvrage de Perec n’est peut-être pas « eux » mais représente l’initiale du mot « Ève » pour « le jardin d’Adam et Eve ». Cette hypothèse est confortée au moins par le fait que Georges Perec a écrit, à la suite de « La disparition », un livre qui ne comporte comme voyelle que le « e », qu’il a finalement appelé « Les revenentes » mais à qui il avait initialemnt choisi de donner le titre de « Lettres d’Ève ». Georges Perec ne serait pas à la recherche de ses parents, il serait à la recherche, comme chacun de nous, de son paradis perdu;

« La nostalgie n’est pas celle du Dieu qui nous manque, c’est la nostalgie de nous-mêmes qui ne sommes pas suffisamment ; nous ressentons le manque de notre grandeur impossible – mon actualité inatteignable est mon paradis perdu. »
Clarice Lispector

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7 réflexions sur “130. La disparition

  1. Voir à ce sujet, C.G Jung, « L’Âme et Le Soi « , ou le cas clinique d’une individuation réussie, ou comme il le dit lui même dans son autobiographie, « d’un Inconscient qui a accomplit sa réalisation  » n.b : sur un plan clinique, le « soi « , jungien, est à distinguer du ‘self ‘, winniccottien, dans la mesure où il comprend aussi l’intégration de « L’Ombre « , …. C’est « un peu L’ Odyssée d’Homère « , mais sans négliger L’Iliade ,
    Et Comment, ….!!

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  2. Entre Sainte Thérèse d’Avilla, Et Sade, IL y a « Peut-Être ??  » Atilla, Le Huns, parce qu’une leçon que j’ai reçue de mes Compagnons Charpentiers.:, C’est que pour travailler sur La Matière, à un moment, faut peut-être rentrer dedans !!

    M’Enfin, 😉 , ce n’ est pas moi, chirurgien de marine, qui vais l’apprendre à un kinésiologue !?? Et Y’ a pas Que Les MOts !! J.P

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  3. Que de subtilité! Ton hypothèse, prenant La Disparition comme point de départ pour aboutir à cette idée de paradis perdu en la reliant avec la citation finale, est si pertinente qu’elle parvient précisément à donner aux paroles de C. Lispector leur “actualité inatteignable”, les rendant plus denses et plus belles!
    Car finalement oui, c’est de disparition qu’il s’agit, d’où le terme nostalgie. Ce n’est pas que notre grandeur impossible n’existe pas, c’est qu’elle a disparu! Et nous ressentons la disparition de cette dimension meilleure de nous-mêmes… la seule que l’on aurait pu aimer.

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