165. Réduire la mort au silence

Il m’arrive de visiter le blog d’une certaine Anne. C’est un blog pornographique, plutôt artistique, disons que la chair, parfois, sur ce genre de blog, est triste, là, elle est plutôt gaie, l’orthographe « gay » convient bien aussi, puisqu’il y est question de lesbianisme, avec au moins une incartade hétérosexuelle, mal vécue d’ailleurs par une des protagonistes, l’infidèle a pris une gifle, ça c’est pas gaie, la violence. Si je vous parle de ce blog ici, sur Comme un cheveu, un blog plutôt philosophique que pornographique, c’est que j’ai trouvé que la fille qui l’anime a une écriture très agréable, artistique, elle aussi, extrait;

La vie m’a coincé dans un coin et elle m’a tapé dessus jusqu’à ce que je ne sente plus ni le mal, ni les piètres tentatives de caresse. Première chose à faire, déshydrater la sécheresse qui m’habitait depuis très longtemps. Voissà* m’a donné un corps et les regards des autres m’ont permis de le voir. Le plaisir de l’ange qui s’éveille.
Et puis est arrivée Dominique, une fille spéciale qui travaille dans la photo et occasionnellement pose pour les plus coquins des objectifs. Elle m’apprend à se donner, elle m’apprend à recevoir, elle m’apprend à accepter… et voilà que la vie se bouleverse. Je deviens l’amante d’une amie et la vie fait bien plus que me sourire, elle me prend dans ses bras et me fait tourbillonner jusqu’à la griselie… mot inventer pour dire que je me grise dans le vent chaud de son âme qui se penche sur moi… Dominique… ma Dominique qui me rend gouine par son bel amour.
Nous devenons le cliché l’une de l’autre et notre jeu érotique s’exprime par le regard convexe d’une lentille numérique.
Chacune se donne pour que l’autre la prenne… Ce blog sera notre salle d’exposition.
Je garderai le privilège de l’écriture.
Anne

* Le nom du site sur lequel est hébergé son blog

J’ai trouvé très belle la dernière phrase, « Je garderai le privilège de l’écriture ». C’est effectivement un privilège d’écrire, n’écrit pas qui veut. Je parle d’écrire dans le sens où on arrive à un dépassement, à un passage par dessus tous les bords, en écrivant. En écrivant sur mon blog, je cherche ce basculement et chaque fois, c’est avec l’appréhension de ne pas y parvenir que je me mets à la tâche. J’ai l’impression d’y jouer ma vie. Jorge Semprun a écrit un livre qui porte ce nom, « L’écriture ou la vie », il raconte qu’en 1945, peu après sa libération du camp de concentration de Buchenwald, il a fait un choix entre l’écriture et vivre, car l’écriture le replongeait inexorablement dans un vécu de mort,

« J’étouffais dans l’air irrespirable de mes brouillons, chaque ligne écrite m’enfonçait la tête sous l’eau comme si j’étais à nouveau dans la baignoire de la villa de la Gestapo à Auxerre. Je me débattais pour survivre. J’échouais dans ma tentative de dire la mort pour la réduire au silence ; si j’avais poursuivi, c’est la mort qui m’aurait rendu muet. »

Jorges Semprun, n’avait pas alors, en 1945, le privilège de l’écriture, qui est de réduire la mort au silence, de passer par dessus tous les bords, « que même la fin soit terminée. »

***
Passe-moi par dessus tous les bords
Mais reste encore
Un peu après
Que même la fin soit terminée

***
Passe-moi par dessus tous les bords
Encore un effort
On sera de nouveau
Calmes et tranquilles

***

Noir Désir, Les écorchés.

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