175. La divine comédie

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En réfléchissant à l’écriture et à ce qu’elle me procure, j’ai pensé à ce que me procure la poésie, une fugace sensation de plénitude. Quand j’écris, je me « parcours », comme dit Henri Michaux et quand je me parcours, apparaît la poésie. Je cherche la poésie parce que ma vie en dépend. Mais comme je l’ai précisé, cette sensation de plénitude est fugace et revient inéluctablement un moment où le besoin d’écrire se fait de nouveau sentir. On peut comparer l’écriture avec l’épluchage d’un oignon. Lorsque l’on enlève une enveloppe de l’oignon, on peut à ce moment-là avoir la sensation qu’on est en face du noyau de l’oignon, de la vérité. Mais en vérité, justement, ce que l’on voit n’est qu’une enveloppe. Alors nous recommençons à enlever une enveloppe et reviens alors le délicieux sentiment d’être en face du noyau, puis ce sentiment disparaît et ainsi de suite. La comparaison avec l’écriture s’arrête là, parce que vient un moment où il n’y a plus de couches dans l’oignon et que l’on se retrouve en face du vide alors que la quête de soi est infinie, il n’y a pas de limite au nombre de couches. Enfin, ça, c’est mon espoir… Je vais parler comme un petit enfant qui joue à faire semblant avec ses copains dans une cour de recréation: « Alors, on dirait qu’il n’y a pas de vide mais que le nombre de couches est infini, d’accord ? ». Il vaut mieux que ça ce passe comme ça, parce que si il n’y avait pas d’objet à notre recherche, que l’on finissait par se retrouver en face du vide ou de son équivalent, un objet immuable, autrement dit, si le noyau n’apparaissait jamais ou si il ne disparaissait jamais, si il n’y avait pas d’écorce sous l’écorce, si nous n’avions plus à le chercher, nous n’éprouverions plus le bonheur car notre désir serait absent et cela rendrait notre vie insupportable. La félicité vient par intermittence comme le suggère ces deux textes, l’un extrait de la chanson d’Alain Bashung, Ma petite entreprise,

Ma petite entreprise

Connaît pas la crise
S’expose au firmament
Suggère la reprise
Embauche
Débauche
Inlassablement se dévoile

(C’est amusant de penser que certains pensent que Bashung vante, dans cette chanson, « les mérites de son business » alors qu’à l’opposé, j’y vois un texte mystique)

, l’autre est extrait d’un poème de Mahmoud Darwich, S’envolent les Colombes (171. Le corps y a sa part)

Viens souvent et absente-toi brièvement.

Viens brièvement et absente-toi souvent.

Viens et viens et viens. Aah d’un pas immobile.

Je t’aime car je te désire. Je t’aime car je te désire.

Par curiosité, j’ai coupé un oignon en deux pour voir à quoi ressemblait le vide dans la dernière enveloppe de l’oignon. En fait, plus on s’approche du centre du légume, plus les enveloppes sont fines et il devient difficile de les séparer. Ces cercles concentriques que forment les couches de l’oignon, une fois coupé en deux, ça m’a fait penser à la divine comédie de Dante. Avec un des morceaux de l’oignon, j’ai reproduit l’enfer, pour être plus réaliste, il aurait fallu disposer de neuf cercles concentriques, et avec l’autre morceau, j’ai érigé la montagne du purgatoire, là, il aurait fallu sept cercles, j’ai posé au sommet de la montagne du purgatoire une bougie en forme de cœur pour matérialiser le paradis. Le verre, c’est juste pour faire tenir la bougie. J’ai relié l’enfer au purgatoire avec un poireau pour imiter le tunnel de raccordement qu’a imaginé Dante. J’ai ensuite posé des glaçons au niveau de l’enfer et j’ai allumé la bougie, parce que pour Dante, l’enfer est glacé et le paradis est un lieu chaud. La flamme de la bougie convient doublement pour représenter le paradis car elle produit de la chaleur mais également parce qu’elle génère de la lumière, et il en faut de la lumière à cet endroit car c’est le lieu où Dante se confond avec Dieu et il se trouve que ce lieu est particulièrement lumineux puisqu’il s’agit de l’empyrée, là où est la « pure lumière ». La bougie est en forme de cœur parce que comme vous allez vous en apercevoir dans ces ultimes vers de la divine comédie, c’est dans l’empyrée que Dante rencontre l’amour.

soudain mon esprit ressenti comme un choc,
un éclair qui venait combler tous mes désirs.

l’imagination perdait ici ses forces ;
mais déjà mon envie avec ma volonté
tournaient comme une roue aux ordres de l’amour
qui poussent le soleil et les autres étoiles.

Voilà ce que j’ai fait pour ressentir une fugace sensation de plenitude, ou pour être touché par un éclair qui venait combler tous mes désirs  (appelez ça comme vous voudrez), une poésie, périssable, histoire de ne pas périr.

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Au premier plan, l’entrée de l’enfer.

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8 réflexions sur “175. La divine comédie

  1. Excellent! impérissable!
    Quant à l’installation très très expérimentale, un brin audacieuse, me permettrais-je d’y ajouter, pour figurer le Purgatoire, une bonne langue de bœuf?

    Elisabeth Hogeman (untitled)

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  2. Tes prétendants seraient bien inspirés de lire tes commentaires, si ils t’invitent à dîner en tête à tête ils sauront quoi mettre au menu ;

    Soupe à l’oignon
    Langue de boeuf persillée accompagnée de son parterre de poireaux
    Cubes de glace parfum nature

    Avec comme décoration de table une chandelle en forme de coeur

    Soirée Dantesque en perspective qui se terminerait, à n’en point douter, au septième ciel !

    J'aime

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