Les yeux d’Emma

Vous vous souvenez peut-être d’Emma, cette petite fille extraordinaire, à l’histoire extra-ordinaire dont j’ai parlé dans ce billet;

https://misquette.wordpress.com/2015/01/23/158-vivante/

Hier soir, pour la première fois depuis son décès, il y a maintenant à peu près 5 ans, je suis retourné chez elle avec une de mes collègues qui faisait partie de la petite équipe qui s’est relayée, quelques heures par semaines pendant cinq ans, auprès d’elle, pour rendre son quotidien moins pénible. Pour rappel, elle souffrait d’une très grave atteinte neurologique. Je ne veux pas m’étendre ici sur les séquelles nombreuses et particulièrement invalidantes et douloureuses qu’elle gardait des suites de son extrême prématurité. Je vous renvoie pour cela au livre poignant du père d’Emma, Alain Thiesse, « Elle s’appelait Emma », Mareuil éditions. C’est un livre qui vient d’être réédité dans une nouvelle maison d’édition. Sur sa première parution, en page de couverture, on voyait les yeux magnifiques d’Emma. Ils n’apparaissent plus sur la nouvelle version du livre pour des raisons de propriété intellectuelle. Hier soir, en feuilletant un exemplaire de cette nouvelle édition, je me faisais ce commentaire que je la trouvais mieux que l’ancienne. Ça a un peu étonné la maman d’Emma qui a dit alors que la plupart des gens regrettaient l’ancienne couverture. Moi, je ne l’ai pas dis, mais je la préfère comme ça, sans les yeux d’Emma, aussi beau et aussi rieurs soient-ils, ça m’évite de devoir les fuir du regard comme je l’ai fait hier soir pendant toute la soirée alors qu’un grand portrait d’Emma trônait dans mon champ de vision. Ses yeux, c’était la seule partie de son corps qu’elle était à peu près capable de mouvoir volontairement. Ses yeux, c’était la seule chose qui lui permettait de communiquer. Ses yeux, ils nous disaient « j’ai mal, prends moi dans tes bras », mais ils nous disaient aussi « joue avec moi », « regarde-moi », « ris avec moi ». Hier soir, avec les parents d’Emma, nous avons fêté nos retrouvailles au champagne, nous nous sommes raconté nos vies, nos nouvelles vies, et nous avons ris, beaucoup ris, j’allais dire, comme avant.

Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout

Y a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu’on avoue
Et toutes ces questions qui ne tiennent pas debout

Evidemment
Evidemment
On danse encore
Sur les accords
Qu’on aimait tant

Evidemment
Evidemment
On rit encore
Pour les bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant

Paroles de la chanson de France Gall, Évidemment.

Maintenant que je suis retourné chez elle et que j’ai dis tout ça, je peux revoir les yeux d’Emma.

image

Attention! Il s’agit de la couverture de l’ancienne édition. La couverture de la nouvelle édition figure en en-tête de ce billet. Les droits d’auteurs du livre du père d’Emma sont versés au service de soins à domicile qui a œuvré auprès de sa fille.

2 réflexions sur “Les yeux d’Emma

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