247. Exégèse

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« Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Mots lâchés sur la croix par le fils de Dieu même
Des paroles qui relèvent d’un grand blasphème
Ou qui nous révèle Dieu dans sa vérité?

La question peut être en d’autres termes posée;
Dieu de consolation, un doudou, un énième
Ou Dieu d’élévation, c’est l’objet du dilemme
À moins que ces deux vues puissent coexister

Nous serions consolés dans le dépassement
L’au-delà de nous serait  un apaisement
Dieu joue avec nous au chat et à la souris

Nous sommes le félin et c’est lui le rongeur
S’il se dissimule, c’est pour notre bonheur
Le cherchant on s’oublie, c’est ainsi qu’on jouit

245. L’homme et l’amer

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« Homme libre, toujours tu chériras la mer! »*
De quoi l’homme a t’il besoin de se libérer
Quand bien même son pays est de liberté ?
Prisonnier de lui-même, sa vie est amère

Il faut bien l’avouer, parfois il sort de terre
S’élève très très haut au-dessus des nuées
Et… rejoint le mitard, éphémère échappée
Toujours il doit lutter pour s’envoyer en l’air

De la réalité, il veut être affranchi
Elle veut le posséder, le mener à la tombe
Il la bannit, s’en plaint, la trouve détestable

Mais sans le manque en lui, qui à mettre au tapis?
Ils sont comme chien et chat, la lumière et l’ombre
« O lutteurs éternels, ô frères implacables! »**

* Premier vers du poème de Charles Baudelaire, L’homme et la mer.
** Dernier vers du même poème.

«Couple de lutteurs corps à corps», une sculpture d’Ousmane Sow.

241. Toujours le même schéma

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Qu’est-ce que l’homme? Question philosophique
Une interrogation d’hier et de demain
Depuis toujours il cherche partout son chemin
D’aucuns prétendent qu’il y a un dieu unique

D’autres assurent qu’il y en a toute une clique
Certains enfin pensent qu’il n’y en a aucun
Le problème est qu’ils sont très rarement copains
Dans chaque parti on trouve des fanatiques

Ils veulent imposer aux autres leur vérité
Parfois pour leurs idées, ils vont jusqu’à tuer
C’est un très vieux schéma, trop tristement classique

Ceux-là n’ont pas la foi, ni en dieu, ni en rien
La vie pour ennemie, la terreur pour dessein
Ne cherchez pas plus loin, ils n’ont pas d’autre éthique

Un matin devant la porte du Louvre, Édouard Debat-Ponsan (1847–1913)

Le poète récompensé


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Accablé par l’ennui, parfois, je désespère,
Je ne sais pas pourquoi, c’est bien plus fort que moi
J’ai maintes fois cherché à défier cette loi,
Docteurs et infirmières, à eux j’ai eu affaire.

J’ai même emménagé tout au bord de la mer,
On dit que l’air marin fait beaucoup de bien,
Ça n’a servit à rien, toujours chagrin revient,
J’essaie de le chasser en composant des vers.

Sonnet, tanka, haïku, je n’ai d’yeux que pour eux,
Pourtant de versifier, c’est plutôt fastidieux,
Pour se sentir libre, que de fortes contraintes !

Autre bizarrerie, paradoxe de plus…
Qui crée est ascète a dit Cochonfusius,
Ce faisant, il ressent, de l’amour, l’étreinte.

 

Vincent LACÔTE