255. Sésame, ouvre-toi!

Douleur d’amour ne dure qu’un moment,
Trésor d’amour dure plus que la vie.
Proverbe vénitien (16e siècle)

Parfois, je me censure. Si par exemple me vient à l’esprit un sujet dont je n’ai pas envie de parler, je le mets de côté, enfin j’essaie… Par exemple, depuis un certain temps, à chaque fois que me vient l’écriture comme sujet, j’ai tendance à me dire, « Mais merde, es-tu donc incapable de parler d’autre chose, tu nous gonfles avec ton écriture! ». Si je dis « nous », c’est que je me mets dans la position du lecteur. Quand on écrit, on est son propre lecteur. Il y a l’écrivain et le lecteur. Il n’y a pas d’écrivain qui ne soit son propre lecteur, puisqu’il lit ce qu’il écrit. Cela fait deux personnes en une. Dans mon cas, l’écrivain veut dire une chose, pour reprendre l’exemple ci-dessus, parler de l’écriture et le lecteur veut lire autre chose, une poésie par exemple. Il y a quelque temps, j’ai fais ma plus grande série de poésie, j’en ai même changé le format de mon blog pour qu’il soit mieux adapté à des textes écrits en vers mais depuis deux ou trois articles, me revoilà reparti dans des bafouilles. Pourtant, je m’étais juré de les abandonner pour ne me consacrer qu’aux Tankas, sonnets, aux poèmes en vers libre, aux aphorismes… et puis j’ai craqué. D’une certaine façon, ça n’est pas moi qui commande l’écriture. En repensant cette après-midi à cette aversion que j’avais à écrire sur l’écriture, je me suis rappelé la phrase de Margueritte Duras, que j’ai mise en exergue de ce blog « On a le droit de le faire », je me suis dis, « Mais tu n’ecrirais que sur l’écriture, que ça ne serait pas un problème, on peut raconter la mort d’une mouche – c’est ce que fait Margueritte Duras dans son livre, c’est ce qui lui fait dire, on a le droit de le faire – alors pourquoi pas écrire sur l’écriture! », conséquence de cette réflexion, me revoilà ce soir à écrire sur l’écriture. De toute façon, comme je le disais plus haut, la censure n’est jamais très longtemps efficace, je n’ai pas écrit depuis deux jours que j’ai déjà craqué, rien d’autre ne s’est présenté sous ma plume et comme il m’est pénible ne pas écrire, d’ouvrir des portes, pour reprendre la métaphore de Jerfau, me revoilà à l’ouvrage. Ce qui me dérange, je crois, c’est que je trouve ça pédant, voir ridicule de parler de l’écriture alors que je ne suis pas écrivain, au sens commun, je n’ai pas publié de livre. Je précise, « au sens commun » parce que finalement, à partir du moment où on écrit, on est écrivain, comment appeler autrement quelqu’un qui écrit? Écrire, ça n’est pas parler de la pluie et du beau temps, enfin, ça peut l’être, en fait on écrit quand ce qu’on pose devant soi comme mots nous ouvre des portes. C’est pas pour le flatter, mais elle est vraiment bien l’image de la porte de Jerfau, je préciserais que pour aller d’une pièce à une autre il n’y a qu’une porte et que c’est comme dans le conte d’Ali Baba et les quarante voleurs, on ne choisis pas la formule pour ouvrir la porte, elle nous est imposée, à nous de la trouver, pour chaque individu sa formule magique, ça peut donc être raconter la mort d’une mouche ou comparer l’écriture à une formule magique. Ce qu’ont tous les écrivains en commun, c’est que quand ils parviennent à trouver la formule magique, ils trouvent un trésor.

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