258. Du mal à ma peine

https://m.youtube.com/watch?v=G-kJVmEWWV8

Il y a quelques années, je suis allé veiller le corps d’une enfant, ça ce passait chez elle, dans sa chambre, j’étais assis dans la pénombre à quelques pas du cadavre. Soudain sa mère est arrivée, je ne sais pas si elle m’avait vue, elle s’est penchée sur sa fille en pleurant et en suppliant « Non! Noon, Nooon..! » de plus en plus fort. A un moment, elle l’a un peu secoué par les épaules, comme pour la réveiller. Voyant que rien n’y faisait, ses supplications ont redoublées et elle a collé son visage contre le sien, elle s’est alors arrêtée de pleurer d’un coup et s’est redressée un peu affolée à la recherche de parfum, « Du sent bon, du sent bon! », réclamait-elle en fouillant dans les tiroirs de la table chevet. Dès qu’elle a trouvé le flacon, elle en a appliqué fébrilement dans le cou sa fille et puis elle s’est pris la tête entre les mains et elle a pleuré et crié. Quelqu’un est venu essayé de la consoler en lui posant une main sur l’épaule et en lui parlant tout doucement, « Ça va aller, ça va aller », la mère s’est aussitôt retournée, repoussant la main qui se voulait apaisante en hurlant, « NON, ÇA NE VA PAS ALLER, ÇA N’IRA PLUS JAMAIS, JAMAIS! ». Son mari est arrivé en accourant et lui a ouvert ses bras, elle s’y est engouffrée en pleurant encore et encore. Elle s’est reprise progressivement, s’est essuyée le visage avec le revers de sa manche et s’est retournée vers la personne qui avait voulu la soulager en s’excusant dans un sanglot, « Pardon », « Je comprend », lui a répondu cette dernière, de manière presque inaudible. Le mari a alors entraîné sa femme à l’extérieur de la chambre, l’accalmie a été de courte durée, les larmes ont repris dans la pièce d’à coté mais avec moins d’intensité et puis de nouveau le calme est revenu. Tout le temps que j’avais été dans la maison, une après-midi, la maman avait ainsi été secouée de crises de larmes qui allaient décroissantes en violence. En rentrant chez moi, un air musical s’est immiscé dans ma tête en même temps que les images de cette mère éplorée, j’ai essayé de l’identifier, je savais que c’était un morceau du requiem de Mozart sans savoir le nommer. Arrivé à destination, j’ai recherché le morceau sur le CD du requiem et j’ai réalisé que son nom était, Lacrimosa. Je n’ai pas été étonné de l’apprendre, le son des instruments et la voix des choeurs, pleins de gravité, y arrivent par vagues successives d’intensités décroissantes, comme les pleurs que je venais d’entendre. J’ai réécouté Lacrimosa en boucle pendant plusieurs semaines, je l’ai écouté en vous racontant ce douloureux moment, il fait encore aujourd’hui, du mal à ma peine.

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