260. Blagounettes

Hier soir, en faisant du kite surf sur le net, j’ai lu un article qui narrait des canulars. À la fin de son papier, l’auteur nous propose de livrer les nôtres. Comme j’en suis friand, j’en ai laissé quelques uns qui finalement trouverons aussi très bien leur place ici à la suite d’Antonin Artaud, lui même étant un joyeux drille, comme chacun sait. Ne sachant pas lequel raconter, j’ai demandé à ma femme celui qui lui semblait le meilleur. Sans hésiter, elle m’a rappelé qu’à la fin d’une fête de famille tardive, alors que je m’apprêtais à démarrer la voiture pour rentrer chez moi, une tante m’a demandé si je n’étais pas trop fatigué pour conduire.

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Je lui ai répondu;

– Alors là, ne crains rien, comme l’autoroute est toute droite, je demande aux enfants de ne pas faire de bruit et je pique un petit roupillon histoire de me requinquer un peu.

Elle m’a répondu très sérieusement et un peu affolée;

– Mais c’est dangereux!

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Sinon, j’aime bien piéger les gens au téléphone. Ma grand-mère avait un immense jardin dans lequel elle faisait pousser des montagnes de haricots verts. On passait des après-midi entières à les écosser puis à en faire des bocaux qu’elle distribuait pour une part à sa famille et amis. Une fois, je l’appelle en me faisant passer pour un vendeur de produits surgelés et je lui propose de lui vendre des haricots verts. Elle me réponds avec son accent de la Haute-Marne et en rigolant, elle était comme ça, elle rigolait facilement,

– Ah! Ben qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse de vos haricots, j’en ai plein chez moi!

– Mais les vôtres sont moins bons que les nôtres.

Elle rigole un peu moins, on peu plaisanter mais y a des limites!

– Mais comment pouvez-vous dire ça ? Vous ne les avez jamais goûté.

– Non, c’est vrai, je ne les ai jamais goûté mais c’est quelqu’un qui en a déjà mangé qui me l’a rapporté.

Elle ne rigole plus du tout.

– Mais, mais, mais alors ça c’est la meilleur, mais qui donc ?

– Je ne peux pas vous le dire précisément, mais c’est quelqu’un de votre entourage très proche. Il m’a dit aussi qu’ils étaient plein de produits chimiques et qu’il craignait de finir empoisonné à force d’en manger.

Elle se fâche.

– Mais qui c’est qui vous a encore raconté ces bêtises! Y’a pas produit chimique chez moi!

– il m’a parlé d’un produit pour tuer les limaces.

On l’avait charriée avec ça au repas de Noël devant l’immense plat de haricot habituel, Elle se vantait qu’ils étaient bio.

– Y’en a pas sur les haricots!

– Oui, mais avec la pluie, il pénètre dans la terre et les haricots en boivent.

– Ah mais qui c’est qui vous a raconté des bêtises pareilles?

– Peu importe Madame, ce qui compte, c’est votre santé et celle de vos enfants et petits-enfants, vous ne voudriez pas qu’ils tombent malades à cause de vous?

– Mais qu’est-ce que vous me racontez, mes haricots sont très bien comme ils sont, ça fait plus de cinquante ans qu’on en mange et personne n’a jamais été malade! Attendez voir que je vais trouvé celui qui vous a raconté ces conneries (habituellement elle est très polies, mais là, c’en était trop, elle sort de ses gonds). C’est qui donc?

– Bon, je vais vous le dire, mais promettez-moi de ne pas le répéter.

– À qui voulez-vous que j’aille le répéter ? C’est qui donc ?

– C’est votre petit-fils, Vincent.

– Ah! C’est pas vrai… Ah! Le saligot!

Là, je n’y tiens plus et je lui dis la vérité dans un éclat de rire qu’elle partage et que nous avons longtemps partagé en nous remémorant cet appel bidon.

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Le dernier en date, c’était hier, nous étions en formation sur la question de la sexualité des personnes handicapées mentales. A la pause, je croise les secrétaires de l’établissement dans lequel je travaille. Elles me demandent si c’est intéressant. Je leurs répond que oui, que le formateur nous a mis par binômes et que j’avais eu la chance de tomber sur une collègue avec laquelle je m’entends à merveille (Je cligne de l’œil, genre c’est un vrai canon) et que du coup il nous avait choisis pour faire les démonstrations.

Les secrétaires se regardent étonnées et souriantes en même temps,

– Les démonstrations de quoi ?

– Ben, les positions qui sont autorisées à l’IME. (Institut médico éducatif).

Elles se regardent encore en souriant,

– Mais c’est une blague?

– Mais non, mais pourquoi vous croyez qu’il est venu, c’est vachement bien, on apprends plein de trucs, je savais pas mais même ici, on ne les laisse pas avoir de gestes amoureux alors qu’ils en ont parfaitement le droit et je peux vous dire qu’avec mon binôme on s’en donne à cœur joie…

– C’est qui ?

– Ah, ça non! Je ne vous le dirai pas! (Très fermement)

Et je pars du secrétariat.

Quelques minutes plus tard, alors que j’avais complètement oublié cette histoire et que j’étais en pleine discussion avec un collègue sur la question de savoir si le test de dépistage de la trisomie et la possibilité qu’il y avait de faire à sa suite un avortement thérapeutique relevait de l’ordre de l’eugénisme, j’entends à l’autre bout de la salle une des secrétaires s’exclamer à haute voix et en riant,

– Mais quel idiot! Il nous a fait croire que vous étiez par deux et que vous mimiez des gestes.

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Sinon, j’ai été victime de canulars, je m’en souviens d’un que je n’ai pas trouvé drôle du tout, d’ailleurs il a coûté à son hauteur une belle remontrance.

J’étais surveillant de baignade dans une colonie, nous descendions par étapes une rivières dans le Lot. La colonie durait trois semaines et je passais des journées très stressantes parce que dès le premier jours, j’avais du me jeter à l’eau pour secourir un jeune dont le canoë s’était retourné et qui avait été emporté par le courant. Nous campions sur les berges de la rivières. Un matin, alors que je déjeunais tranquillement au soleil, j’entends des appels au secours, « Il se noie, il se noie! », je me lève à toute vitesse, renversant mon café dans la précipitation et je cours jusqu’à la rivière et demande affolé à l’auteur de l’appel, ne voyant rien à la surface de l’eau, pas un remous, « Où, où? ».

Le jeune me révèle alors la supercherie, plié de rire. Mon cœur devait battre à 300 pulsations minutes, je ne sais pas ce qui m’a retenu de lui foutre une gifle, encore aujourd’hui, en racontant ça, alors que vingt ans ont passé et que je bannis la violence, j’ai l’impression de retenir mon bras.

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Une réflexion sur “260. Blagounettes

  1. Ravi encore une fois de vous avoir croiser et d’avoir pu vous inspirer cet article plaisant. D’autant que nous avons à priori plusieurs points communs, en dehors de ce penchant immodéré pour les canulars ! Alors à bientôt !

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