263. Le vent du boulet

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Lundi, j’ai participé à une formation sur le thème de la sexualité des personnes handicapées mentales. L’intervenant avait un nom qui s’accordait bien avec le thème puisqu’il s’appelait Vaginay. Je dois dire que ça m’a amusé cette coïncidence, la journée s’annonçait bien. Je ne vais ménager aucun suspens, elle fut excellente. Jamais je n’ai trouvé un temps de formation aussi enrichissant et pourtant, après trente ans d’activité, j’en ai vu passer… La dernière que j’ai subi, le terme est on ne peut plus approprié, remontait à octobre 2014, elle était consacrée à la prise en charge des enfants autistes. La formatrice, psychologue de son état, comme Mr Vaginay, nous avait alors recommandé de repeindre les toilettes blanches des établissements les accueillants avec des couleurs « plutôt pastels » pour éviter qu’ils ne recouvrent les murs de leurs excréments. Le lien ? C’est qu’ils se comporteraient ainsi pour assombrir les toilettes, la couleur blanche étant supposée trop lumineuse pour eux. Le seul fait que les enfants qui cumulent cécité et autisme se comportent de la même manière suffit à faire choir cette théorie rocambolesque. Mais bon, je ne veux pas m’attarder sur la question, j’ai à vous parler de quelque chose de beaucoup plus préoccupant. Et oui, Mr Vaginay a beau avoir un nom qui peut prêter à sourire, il n’en a pas moins un esprit aiguisé qu’il met au profit de la cause des personnes handicapées mentales, enfin, je devrais dire, au profit de  tous, j’espère réussir à vous en convaincre. Son postulat est que notre société est eugéniste quand elle permet des avortements lorsqu’une maladie génétique, telle que la trisomie 21, est décelée à l’occasion du diagnostique prénatal (DPN) que tout médecin doit, suivant une obligation légale datant de 2011, proposer à une femme enceinte. L’eugénisme, pour mémoire, « peut être défini comme l’ensemble des méthodes et pratiques visant à intervenir sur le patrimoine génétique de l’espèce humaine, dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé. Il peut être le fruit d’une politique délibérément menée par un État. Il peut aussi être le résultat collectif d’une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents, dans une société où primerait la recherche de l’« enfant parfait « . Confronté à cette définition, je ne vois pas comment contester le postulat de Mr Vaginay. Pour mémoire encore, la recherche de l »enfant parfait » était une quête d’Adolf Hitler dès 1929;

« Si l’Allemagne devait avoir un million d’enfants par an et se défaire des sept cents ou huit cents mille les plus faibles d’entre eux, il en résulterait peut-être au final un accroissement général de notre force. »

Adolf Hitler, 1929

Le lieder de l’Allemagne nazi a d’ailleurs très largement mis en œuvre sa politique eugéniste au cours de sa période de gouvernance de l’Allemagne entre 1934 à 1945. Elle reposait sur au moins deux arguments, l’un économique, voir par exemple la citation précédente et cette campagne de propagande,

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Photographie de propagande de 1934 avec la légende « ce malade mental coûte annuellement 2 000 marks à l’État ».

l’autre éthique, résumé dans ce slogan,

« N’est-ce pas l’exigence de la charité : délivre ceux que tu ne peux guérir ! »

Adolf Hitler se veut donc miséricordieux en ligaturant les trombes ou en gazant les handicapés mentaux.

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Ces arguments, si ils sont convaincants pour éradiquer les handicapés mentaux, le sont aussi pour tout autre individu, aussi le régime nazi étend entre 1939 et 1941 (Aktion T4) et de manière moins visible après cette date, son action à une tranche plus large le population, les malades mentaux incurables,

« Le Reichsleiter Bouhler et le docteur en médecine Brandt sont chargés, sous leur responsabilité, d’étendre les attributions de certains médecins à désigner nominativement. Ceux-ci pourront accorder une mort dite miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible. »

Adolf Hitler, le 1er septembre 1939

puis « aux malades incapables de travailler ou qu’on ne pouvait employer qu’à un travail machinal ».

J’ai précisé, « de manière moins visible » après 1941 car la population allemande a tout d’un coup senti passer le vent du boulet, en effet, si le critère d’élimination était l’improductivité, plus personne n’était à l’abri de finir dans une chambre à gaz, sur roue ou pas, des camions étant dédiés à cet usage. Das auto!

« Il y a un soupçon général, confinant à la certitude, selon lequel ces nombreux décès inattendus de malades mentaux ne se produisent pas naturellement, mais sont intentionnellement provoqués, en accord avec la doctrine selon laquelle il est légitime de détruire une prétendue « vie sans valeur » – en d’autres termes de tuer des hommes et des femmes innocents, si on pense que leurs vies sont sans valeur future au peuple et à l’État. Une doctrine terrible qui cherche à justifier le meurtre des personnes innocentes, qui légitimise le massacre violent des personnes handicapées qui ne sont plus capables de travailler, des estropiés, des incurables des personnes âgées et des infirmes ! […] Si on l’admet, une fois, que les hommes ont le droit de tuer leurs prochains « improductifs » – quoique cela soit actuellement appliqué seulement à des patients pauvres et sans défenses, atteints de maladies – alors la voie est ouverte au meurtre de tous les hommes et femmes improductifs : le malade incurable, les handicapés qui ne peuvent pas travailler, les invalides de l’industrie et de la guerre. La voie est ouverte, en effet, pour le meurtre de nous tous, quand nous devenons vieux et infirmes et donc improductifs. Alors on aura besoin seulement qu’un ordre secret soit donné pour que le procédé, qui a été expérimenté et éprouvé avec les malades mentaux, soit étendu à d’autres personnes « improductives », qu’il soit également appliqué à ceux qui souffrent de tuberculose incurable, qui sont âgés et infirmes, aux personnes handicapées de l’industrie, aux soldats souffrant de graves blessures de guerre ! »

Clemens August von Galen

Mr Vaginay nous a rapporté qu’en 2000, en France, une proposition de loi à été faite, mais refusée, pour que les mères qui donnaient naissance à un enfant handicapé alors même qu’elles avaient eu connaissance de la pathologie de leur enfant lors d’un diagnostic prénatal  (donc la possibilité d’avorter), ne pourraient bénéficier de l’aide de l’état en ce qui concerne les soins et l’éducation de leur  enfant.

Et vous, vous le sentez passer le vent du boulet ?

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