265. The futur is unwritten

Les Clash sont responsables de mon dépucelage et c’était bon. Je vais essayé de faire court. Quand l’album London Calling est sorti j’étais un ado même pas encore boutonneux. J’habitais à Villerupt, dans le nord de la Lorraine. C’était la sidérurgie qui partait en sucette. Les hauts-fourneaux fermaient les uns après les autres. C’était triste. Ce qui me rendais particulièrement triste c’était de ne plus voir leurs flammes rouges-oranges qui ondulaient dans la nuit quand j’arpentais les rues après nos parties de foot endiablées entre deux portes de garages, sous la lumière des lampadaires. Eh oui, on était à de deux pas de Joeuf, la ville d’origine de Michel Platini et le foot était pour beaucoup d’entre nous le moyen de nous échapper de cette atmosphère morose. C’était vraiment triste la nuit sans cette lumière. Pour en avoir un aperçu de ce rouge-orange, il faut regarder les tableaux de Georges de la tour ou les flammes d’un four à pain quand la chaleur est la plus intense.

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Si on retrouve cette couleur dans l’œuvre de De la tour et dans les fours à pain ça n’est par hasard, le père du peintre était boulanger. La lumière qu’il a reproduit sur ses toiles est celle du fournil familial. C’est comme si la nuit était devenue orpheline quand les hauts-fourneaux se sont éteints. C’est à ce moment là que les Clash ont débarqués. Je n’écoutais la radio que pour suivre le foot les soirs de championnat grâce à un petit transistor à piles que je cachais sous mon oreiller pour ne pas me faire repérer par mes parents, ça n’est donc pas grâce à la radio que je l’ai entendu l’appel de Londres. Ils est arrivé à mes oreilles par le frère ainé d’un copain de foot qui écoutait l’album London Calling en boucle. Il était tellement mordu qu’il avait monté un groupe de rock en se débrouillant avec les moyens du bord, je me souviens que Maurice dont je reparlerai plus tard, avait récupéré un gros baril de lessive pour faire la grosse caisse de sa batterie et une casserole et des couvercles en guise de caisse claire et de cymbales. Le nom du groupe était « Offensive ». En allant sur ce lien vous pourrez écouter onze de leurs chansons, gratuitement! Il suffit de cliquer sur la flèche, d’attendre cinq secondes que ça télécharge et vous aurez un aperçu de l’ambiance. Si vous n’avez pas le temps d’écouter tout, aujourd’hui, je vous recommande le titre, La vallée.

https://www.reverbnation.com/offensive/song/2596716-brigitte-x?fb_og_action=reverbnation_fb:unknown&fb_og_object=reverbnation_fb:song&utm_campaign=a_public_songs&utm_content=reverbnation_fb:song&utm_medium=facebook_og&utm_source=reverbnation_fb:unknown

Ils répétaient dans un garage. C’est là que je me suis fait dépuceler. Je veux dire que c’est là que j’ai connu mon premier émoi rock and rollien. J’espère que vous n’êtes pas trop déçu, c’est moins croustillant tout d’un coup…. Vous allez trouver ça facile mais je dirais qu’après s’être éteinte dans les hauts fourneaux, les Clash ont rallumé la flamme dans nos cœurs d’ados désenchantés et elle brûle encore. La guitare que le musicien brise sur la pochette de l’album London Calling symbolise le désespoir. image

Quelle pêche dans la voix de Jo Strummer! Je reviens maintenant, comme je l’annonçais précédemment, sur Maurice, le batteur d’Offensive, troisième en partant de la gauche sur la photo. image

Les ados sont devenus adultes, ils ont quitté leur cité ouvrière gangrenée par le chômage pour trouver du travail à Nancy, la bourgeoise. Ils sont devenus prof d’anglais, photographe, projectionniste. Les Clash se sont séparés mais pas Offensive. Celui qui est devenu photographe, c’est Maurice, il a obtenu un pass pour aller shooter Jo Strummer sur scène. Il se produit à Nancy avec son nouveau groupe au Nancy Jazz Pulsation. À la fin du concert, Maurice se risque près des loges avec une cassette d’Offensive pour la donner au chanteur des Clash mais il est intercepté par la sécurité. Il tend alors sa cassette au videur en lui demandant de la transmette à son idole. Quelques secondes plus tard, Jo Strummer en personne, serviette autour du cou, vient à sa rencontre et l’invite à bavarder autour d’une bière, Nous ne reverrons Maurice que le lendemain, rayonnant de bonheur comme nous ne l’avions jamais vu. Ses yeux brillaient. Je le vois encore tout illuminé nous racontant en long et en large sa nuit à refaire le monde avec son idole, « comme deux vieux potes » précise-t’il. Fabrice Lhomme, journaliste au Monde est l’un de ses admirateur. Dans cette video il raconte comment son unique rencontre avec cette légende du rock a été importante pour lui, il fait également état de sa grande simplicité,

http://www.lemonde.fr/culture/video/2014/12/24/souvenirs-de-reportage-ma-rencontre-avec-joe-strummer-m-a-profondement-marque_4539160_3246.html

Peut-être est-ce la douleur d’avoir perdu son frère ainé, il s’est suicidé alors qu’il était adolescent, qui a fait de lui un homme humble et peut-être est-ce aussi en réaction à ce suicide qu’il portait dans la voix ce message d’espoir, « The futur is unwritten ».

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3 réflexions sur “265. The futur is unwritten

    1. Je crois avoir affaire à un connaisseur… Merci du compliment. Si, à mon tour je pouvais t’inspirer, j’en serai ravi, j’en éprouverai de la fierté mais surtout, il y a beaucoup d’humanité dans cette histoire et nous en avons terriblement besoin dans un moment où les métaphores aquatiques prolifèrent, « Kärcher », « fuites d’eau »…

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