269. Combat rock

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Quand j’avais une quinzaine d’année, il m’arrivait d’accompagner le goupe de Rock « Offensive » sur leurs concerts, dans la vallée de Fensch.

https://misquette.wordpress.com/2015/06/22/265-the-futur-is-unwritten/

Viens petite bourgeoise demoiselle
Visiter la plage aux de Wendel
Ici pour trouver l’Eldorado
Il faut une shooteuse ou un marteau
La vallée d’la Fensch ma chérie
C’est l’Colorado en plus petit
Y a moins de chevaux et de condors
Mais ça fait quand même autant de morts

Bernard Lavilliers, Fensch Vallée

Je ne me souviens plus le nom de la ville où ils avaient joué ce soir-là, enfin, où NOUS avons joué, je risque peu de me tromper en disant qu’il se terminait par « …ange », vu que beaucoup de noms de villes de ce coin de la Lorraine minière et sidérurgique portent ce final, Hayange, Huckange, Volkrange, Nivlange, etc… Ça ce passait dans une salle de sport qu’une de ces municipalités avait mis à disposition, elle a du le regretter! C’était fin des années 70, début des années 80, le mouvement Punk battait son plein, des crêtes colorées fleurissaient sur les crânes de jeunes gens qui n’avaient rien d’angéliques. Les punks se rebellaient contre la société, les plus célèbres d’entre eux, pas forcément les mieux inspirés, prônaient un anarchisme alcoolisé et violent.


I wanna be anarchist
Je veux être anarchiste
Get pissed destroy !
Bourrez vous la gueule cassez tout !

Sex pistols, Anarchy in the Uk

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Plusieurs groupes de cette mouvance étaient au programme de la soirée. Quand, vers une heure du matin, ce fut au tour d’Offensive de monter sur scène, la bière avait fait son effet dans les têtes coiffées à l’iroquoise et l’ambiance était électrique, les pogos (Danse à la chorégraphie épurée qui consiste à bousculer, plutôt violemment, son voisin en faisant des bonds de kangourous) étaient à deux doigts de se transformer en échauffourées entre bandes rivales, il suffisait d’un mauvais regard, d’un mauvais coup d’épaule, d’une étincelle et l’étincelle est arrivée au moment où Offensive joua « Police and Thieves », qui est en réalité, une reprise des Clash, qu’eux-même ont emprunté à junior Murvin, un artiste Jamaïquain.

https://m.youtube.com/watch?v=Gofxcp2ta6A

Cette chanson était un hymne du carnaval de Notting Hill au milieu des années 70. Le carnaval de ce quartier noir de Londres fut soumis à interdiction à cette période, ce qui provoqua de violents affrontements entre la police et la population à majorité caribéenne qui composait le défilé. En août 1977, le quartier connu une flambée de violence, Jo Strummer, le leader des Clash, qui y squattait assista au soulèvement populaire. Lui vint l’idée d’adapter la chanson de Junior Marvin, mélangeant ainsi, pour la première fois, le punk-rock à une musique « noir », le reggae.

https://m.youtube.com/watch?v=4kFjZ0o0ENg

Habituellement, je ne montais sur scène, avec mon copain Francois-Xavier, surnommé « Rude boy », que pour assister techniquement les musiciens, notre tâche consistait à aider le groupe à installer le matériel, à rebrancher une fiche Jack, démêler un câble ou à les approvisionner, pendant qu’ils jouaient, en canettes de bières préalablement décapsulées. Ce soir-là, je ne sais pas ce qui a pris à Joss, le chanteur du groupe, de nous mettre derrière les micros pour faire les chœurs, « Ho yeh », sur cette chanson, mais toujours est-il qu’avec Rude Boy, on a vécu un moment inoubliable. Police and Thieves, version Clash, est un morceau explosif, l’ambiance est montée encore d’un cran. Devant nous, en contre-bas de la scène, une bonne centaine de Punk se déchaînaient dans un pogo qui a fini par dégénérer en baston. Les bouteilles de bière pleuvaient et l’éclat de l’une d’elle, qui s’était fracassée sur la scène, est venue se loger assez profondément dans mon pied, je viens de vérifier à l’instant, j’ai encore la cicatrice, blessure de guerre… En rentrant le lendemain chez mes parents, je me suis bien gardé de relater ma prestation musicale de la nuit et encore moins le fait que j’avais payé par le sang mon engagement pour la cause rock… Mes parents pensaient que j’avais passé la nuit chez Francois-Xavier et les parents de Rude boy pensaient que leur fils avait dormi sagement chez moi. Croyant la plaie superficielle, je me contentais de la nettoyer avec un antiseptique et de la couvrir d’un pansement. J’ai renouvelé les soins pendant plusieurs jours en espérant me tirer d’affaire tout seul, mais la blessure, au lieu de résorber, se développait. Est arrivé un moment où j’ai ressenti une douleur à l’aine, les ganglions étaient infectés. La douleur amplifiait, amplifiait… si bien que je n’arrivais plus à dissimuler une boiterie et je grimaçais à chacun de mes déplacements. Ma mère finie par s’en rendre compte et me questionna sur les raisons de mon infirmité. Je lui expliquais avoir pris un coup au foot. Elle demanda à voir. Mon pied était boursouflé par l’infection, elle m’emmena chez le médecin sur le champ. Celui-ci ne tarda pas, à force de fouiller avec une pince dans la blessure, à en extirper un morceau de verre vert, vestige de la bouteille de bière. On me demanda des explications, je fis le premier étonné, (je l’étais un peu, je ne pensais pas qu’il était resté incrusté dans ma chair), je ne su en donner, mes virées nocturnes étaient en jeu, je tenais à poursuivre le combat, Rock!

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