282. La tête dans les nuages

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– Qui aimes-tu le mieux, hommes énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages!

L’Etranger, Baudelaire

Photo Prune

281. Au pénis!

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Sergiy Stakhovsky, 29 ans, 49e joueur mondial ne fait rarement parler de lui pour ses fulgurances tennistiques. Vainqueur de 4 tournois mineurs dans sa carrière, l’Ukrainien a pour fait d’arme d’avoir battu une fois Roger Federer. Il a tenu ce week-end des propos homophobes dans une interview au site xsport.ua. « Sur le circuit WTA, vous pouvez être sûre qu’au moins la moitié des joueuses sont lesbiennes, a-t-il assuré. C’est pourquoi je ne mettrai jamais ma fille au tennis. »

Il préfère la mettre au pénis!

276. Cache-cache

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Parfois je ressens une grande angoisse en moi
C’est dans ces moments-là que les poèmes m’aident
J’ai toujours au fond des poches un ou deux remèdes
Des bouts de papiers noircis au crayon de bois

J’y copie des phrases qui me mettent en émoi
À les lire la vie ne me semble plus laide
C’est si puissant que de plaisir je tombe raide
Voilà mon héroïne, ma fille de joie

Ça m’étonne que des mots provoquent cela
C’est comme quand papi me prenait dans ses bras
Et de plus en plus vite, tournait sur lui-même

Le tournis me donne envie de dire merci
Mais qui doit-on remercier pour la poésie?
Ce pourrait-il que quelqu’un de caché nous aime?

275. Honteux

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Elles avaient dîné au restaurant entre amies
À la sortie quatre hommes les attendaient
Ils les ont agressées car elles étaient gay
Ça c’est passé en Juin, dans notre beau pays…

Une plainte est portée par Mélanie Henique
Nageuse de niveau mondial, on la connaît
Alors dans les journaux, on évoque ses plaies
Nez cassé et traumatisme psychologique

Mais malheureusement, elle est loin d’être seule
À avoir été blessée par des êtres veules
Il y a plus d’homos à être dans ce cas

Qu’ils ne l’étaient avant qu’on ne vote la loi
Qui a donné à tous, de se marier le droit
La bataille est gagnée, la guerre ne l’est pas

274. Semi-

Je suis celui qui connaît les recoins de la perte.
Je suis celui qui connaît les recoins de la perte.
 moucharabieh entre le monde et moi
moucharabieh entre le monde et moi

Je vous propose deux textes qui semblent faits l’un pour l’autre. On doit le collage et le poème à Henriette et le dessin (autoportrait) et le texte ci-dessous à Antonin Artaud. Un commentaire viendra peut-être plus tard, pour l’instant, malgré plusieurs tentatives, j’échoue de trop à « percer l’opulence ».

Il me manque une concordance des mots avec la minute de mes états.
« Mais c’est normal, mais à tout le monde il manque des mots, mais vous êtes trop difficile avec vous-même, mais à vous entendre il n’y paraît pas, mais vous vous exprimez parfaitement en français, mais vous attachez trop d’importance à des mots. »
Vous êtres des cons, depuis l’intelligent jusqu’au mince, depuis le perçant jusqu’à l’induré, vous êtes des cons, je veux dire que vous êtes des chiens, je veux dire que vous aboyez au dehors, que vous vous acharnez à ne pas comprendre. Je me connais, et cela me suffit, et cela doit suffire, je me connais parce que je m’assiste, j’assiste à Antonin Artaud.
-Tu te connais, mais nous te voyons, nous voyons bien ce que tu fais.
– Oui, mais vous ne voyez pas ma pensée.
A chacun des stades de ma mécanique pensante, il y a des trous, des arrêts, je ne veux pas dire, comprenez-moi bien, dans le temps, je veux dire dans une certaine sorte d’espace (je me comprends); je ne veux pas dire une pensée en longueur, une pensée en durée de pensées, je veux dire UNE pensée, une seule, et une pensée EN INTERIEUR; mais je ne veux pas dire une pensée de Pascal, une pensée de philosophe, je veux dire la fixation contournée, la sclérose d’un certain état. Et attrape!
Je me considère dans ma minutie. Je mets le doigt sur le point précis de la faille, du glissement inavoué.Car l’esprit est plus reptilien que vous-même, Messieurs, il se dérobe comme les serpents, il se dérobe jusqu’à attenter à nos langues, je veux dire à les laisser en suspens.
Je suis celui qui a le mieux senti le désarroi stupéfiant de sa langue dans ses relations avec la pensée.  Je suis celui qui a le mieux repéré la minute de ses plus intimes, de ses plus insoupçonnables glissements. Je me perds dans ma pensée en vérité comme on rêve, comme on rentre subitement dans sa pensée. Je suis celui qui connaît les recoins de la perte.
Antonin Artaud

in « L’ombilic des Limbes », Poésie, Gallimard

273. Tuer le temps

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Je nage dans son regard bleu azur
Comme dans un océan de douceur
Quand elle se love contre mon cœur
Plus de passé, de présent, de futur

J’espère qu’également ce sonnet
Délestera de l’heure son lecteur
Le temps est l’adversaire du bonheur
Chacun aspire à l’immortalité

Des prophètes, il y en a en pagaille
Certains prônant la mort à leurs ouailles
Ils sont écoutés, malheureusement!

Croire à l’éternité dans l’au-delà
Est fort hasardeux, je m’en remets à
L’amour et à l’art pour tuer le temps