317. Troc

j'aime
Si je le pouvais
j’échangerais tous mes « J’aime »
Contre un seul « Je t’aime »

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316. Paroles… Paroles…

paroles

Il espérait lui manquer depuis qu’il a fuit
Que nenni, Madame se porte comme un charme!
C’est fini, sur elle il n’exerce plus son charme
C’était bon de se sentir être sa demi

Mais tous ces va-et-viens, ces changements d’avis
C’était douloureux, elle n’avait plus de larmes
Sans son amour il se sent un soldat sans armes
Engagé involontaire dans un conflit

Pour la reconquérir, il écrit des poèmes
Et des lettres enflammées, ponctuées de « Je t’aime »
Il se dit comme emporté par un ouragan

Dont il a eu peur, il en donne sa parole
Mais elle connait la chanson, « Paroles… Paroles…
Encore des paroles que tu sèmes au vent »

315. Avoir du sang froid

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Il n’y a plus de clients dans le restaurant
Le serveur et les cuisinier peuvent s’assoir
Vider les bouteilles, partager les pourboires
Soudain les esprits s’échauffent, l’alcool aidant

« Mets tout sur la table, tu caches de l’argent! »
Hurle le cuisinier avec un regard noir
« Si tu recherches un voleur regarde un miroir! »
Réplique le serveur tout en montrant les dents

Armé d’un long couteau le mitron le menace
L’autre fait de même, s’engage une bagarre
Résultat des coups; juste quelques bleus à l’âme

Réconciliés, au frigo, ils prennent une glace
Et y sont enfermés, accident pourtant rare
La gourmandise tue plus de gens que la lame*

* Le proverbe original étant « La gourmandise tue plus de gens que l’épée »

  • Photo extraite du film Barbe Bleu d’Edward Dmytryk

314. Pathos et éros

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La fille le supplie de lui dire qu’il l’aime
Le secoue vivement, puis à ses pieds s’effondre
Lui reste muet, incapable de répondre
Pas la moindre expression sur son visage blême

Le regard est vide, il est absent à lui-même
Elle pleure, crie, elle voit son espoir fondre
De pouvoir de nouveau avec lui correspondre
Le mort-vivant chuchote les mots d’un poème

«Amour que je ne peux chanter, toi, mon linceul
Mon soleil dévasté, ma nuit, je deviens fou
À essayé de t’unir à mes jours atroces»*

Dans le même moment, il ne se sent plus seul
Il porte son amie, l’embrasse dans le cou
Ce sont deux frères siamois pathos et éros

  • Extraits d’un poème de Francis Giauque

313. Le bout du tunnel

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Un train de voyageurs entre dans un tunnel
Un grand silence suit l’obscurité soudaine
Seul un quinquagenaire à l’attitude hautaine
Répond à haute voix à un énième appel

Bien qu’averti par un membre du personnel
Monsieur continue à générer de la gêne
Une passagère en colère lui assène:
« Allez-donc téléphoner sur la passerelle! »

Le grossier personnage répond sans la voir
« Je fais ce que je veux, allez vous faire voir! »
« Ça ne va pas tarder! » réplique l’insultée

La clarté revenue, apparaît le visage
De celle qui vient de le sortir du chômage
Licencié, il a retrouvé l’obscurité

312. Destin tragique

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À peine huit degrés en ce mois de décembre
Sur le front de la première guerre mondiale
Transi de froid, juste couvert de son chandail
Un jeune soldat rêve du grog au gingembre

Que son amie venait lui porter dans sa chambre
Quand l’hiver il rentrait glacé jusqu’aux entrailles
Elle appliquait également sur son poitrail
Un baume, en y repensant son sexe se cambre

Un camarade vient lui proposer du vin
Pour se réchauffer et oublier son destin
Il est convaincu qu’il mourra à cet endroit

Une pluie nourrie d’obus tombe tout d’un coup
Il ne pourra pas boire un petit coup
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit*

  • Arthur RIMBAUD, Le dormeur du val
  • Dessin, Tardi

311. Le bonheur est dans la montagne

Office du tourisme de Digne-les-Bains

C’est plus que bien l’alpinisme à Digne-les-Bains!
Beau temps assuré, parcours sécurisés, mais
Prenez un guide, c’est plus sûr, sait-on jamais…
Et puis c’est sympa de discuter en chemin

Avec quelqu’un connaissant bien le patelin
Qui vous explique comment les gens y vivaient
Les us et coutumes d’aujourd’hui, les projets…
Peut-être le bonheur vous tendra-t-il la main ?

Ainsi j’ai connu mon épouse, une Dignoise
Ressemblant en tout point à une suédoise
Avec ses cheveux blonds et son corps élancé

Pro de la montagne, elle m’a donné sa pogne
Pour ne pas que contre le roc je ne me cogne
Je l’ai prise et plus tard, la lui ai demandée*

  • Fiction
  • Photo, Office du tourisme de Digne-les-Bains