307. Agrippine au pinacle

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Aggripine est une personne singulière
Comme l’est, par ailleurs, le prénom qu’elle porte
Peut-être y a-t’il un rapport… Mais peu importe
Je suis sûr que ça va jaser dans les chaumières…

Tant pis; elle va la nuit dans les cimetières
Le pire, c’est que c’est nue qu’elle s’y transporte!
Le souhait de Maître Brassens en quelque sorte*
C’est ainsi, pretend-elle, qu’elle est en prière

Lisez le livre Saint avant d’en faire un drame
Son habit est celui de la première femme
Pour ce qui est du moment ainsi que du lieu ;

Et la nuit, jusqu’au ciel, élève son église**
Et la mort, la présence du sacré, aiguise
Chacun sa facon de prier, mais pour tous, Dieu

  • * Supplique pour être enterré à  la plage de Sète
  • * *Glas, de Léon Beudel

306. Les sous d’un saoul

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En virée sur les rives du Mississipi
Des promeneurs virent un navire chavirer
Très rapidement, ils prévinrent les pompiers
À leur arrivée tardive, c’était fini

Les sauveteurs repêchèrent le corps sans vie
D’un homme âgé d’une cinquantaine d’années
Français, riverain de la ville de Viré
Ivre au moment des faits, révéla l’autopsie

Ce richissime viticulteur bourguignon
Noyait son chagrin dans des verres de bourbon
Depuis l’union de son ex avec son seul frère

Quand elle appris la mort de son ancien époux
Vénale, elle n’en fut pas triste pour un sou
Elle en devint, dès lors, de millions, l’héritière!

305. Près du cœur

Van Gogh, La nuit étoilée
Van Gogh, La nuit étoilée

Au cœur de la nuit, sur une plage de Malte
Des amoureux échangent un baiser langoureux
Le vent frôle leur peau, mélange leurs cheveux
Oh! Autant de sensations que l’amour exalte!

Les étoiles offrent au ciel sa couleur bleue basalte
La lumière des bals fait sur l’eau de grands feux
La musique enchante cet instant merveilleux
Au petit matin ils retrouverons l’asphalte

Chacun de son côté, ils s’en vont repartir
Ils en sont convaincus, « C’est sûr, on va s’écrire
Un amour aussi fort, ça ne peut que durer

“Loin des yeux, loin du cœur”, un dicton à la con! »
Peut-être ils déchanterons, mais ils ont raison
Il n’y a pas besoin de se voir pour s’aimer

304. Le lapin et le chat

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Dans son jardin un lapin rencontre un matou
En vacances dans l’habitation d’à coté.
Le cunilugus apeuré court se cacher,
Son cœur bat très vite, ses yeux sont hors des trous.

Il trouve refuge dans une haie de bambous.
Le chat ne cherchant qu’à se lier d’amitié
S’empresse de rejoindre le léporidé
Pour lui faire comprendre qu’il n’est pas le loup.

Ce dernier voyant arriver le carnivore
Se jette sur lui les incisives dehors,
L’agressé se retrouve couvert de blessures.

Son beau poil est ensanglanté, risquant sa peau
Il perfore les yeux du rongeur au sang chaud,
La peur est le chemin vers le côté obscur*

*Maître Yoda, Star Wars

303. À Chacun son dû*

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Buchenwald, Avril trente huit, c’est l’anniv’ d’Hitler,
Dans la cour d’appel, les prisonniers rassemblés
Doivent saluer le drapeau à croix gammée.
L’un d’entre-eux refuse, son nom est Paul Schneider.

Il est immédiatement conduit au bunker**.
Pendant quinze longs mois il y est torturé,
Accusant les nazis d’être des meurtriers
Soutenant ceux avec qui il vivait l’enfer.

Les SS l’ont tué pour avoir son silence.
De sa foi en Dieu il tenait sa résistance,
« L’apôtre de Buchenwald » était son surnom.

C’est la facilité, le mal nous tend les bras,
Il faut lui résister, de la joie il en va,
Elle est le dû de cet homme qui a dit NON!

*Devise du camp de concentration nazi, « Jedem das Seine »
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**Dans l’aile gauche du bâtiment de la porte aux fenêtres aveugles se trouvaient les cellules redoutées du « bunker ». C’est ainsi que s’appelait la prison du camp qui, de février 1938 jusqu’à la fin, était toujours pleine : 26 cellules de chaque côté de l’étroit corridor, faisant chacune 2,05 m de long et 1,38 m de large, qui pouvaient être chauffées et rendues obscures séparément, avec un châlit relevable et une porte en acier.
Le catalogue officiel des sanctions pour les arrêts : de 3 à 42 jours dans la cellule, isolé ou en groupe, debout pendant la journée, sans possibilité ni de s’allonger ni de s’asseoir, également détention dans l’obscurité et généralement au pain et à l’eau, ne servait que de lignes directrices. Le transfert était arbitraire et se faisait pour des raisons allant du vol, des relations homosexuelles à l’insoumission, en passant par le sabotage, la tentative de fuite ou la résistance ; ces actes étaient sanctionnés comme infraction au règlement du camp. En réalité, la torture dans les cellules étroites durait souvent des mois et se terminait pour beaucoup par la mort. « Interrogatoire jusqu’aux aveux », comme cela s’appelait chez la SS, était le quotidien dans le pire lieu de torture du camp. Ici, des personnes furent torturées à mort, pendues aux barreaux ou assassinées par injection de phénol et d’air. Des surveillants blasés torturaient d’eux-mêmes ou sur demande. Dans la cellule 1, les prisonniers passaient leur dernières heures avant d’être assassinés dans le crématoire.

Source Wikipedia

302. Conducteur éconduit

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En pleine campagne une voiture est en panne
Son conducteur attend à l’ombre d’un grand hêtre
Qu’un bon samaritain mécanicien s’arrête
Se présente à lui une belle paysanne

Elle mène au pré le plus costaud de ses ânes
Son avis est sûr, nul besoin d’ampèremètre
Batterie à plat. « Tractons l’auto sur vingt mètres
Avec mon bestial », suggère la Marie-Jeanne

L’homme subjugué par la beauté de la femme
Sans même lui répondre, déclare sa flamme
« Marions-nous sur le champ, pour moi seul je te veux »

La fermière soupçonnant un enfantillage
L’envoie paitre et déprogramme le remorquage
Il ne faut pas mettre charrue avant les bœufs

300. Le corbeau et le rat

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En Croatie, un  corbeau crevard croassa
En humant le cadavre, couché sur une route
D’un soldat laissé par son armée en déroute
Après de meurtriers combats à Krajina

Le corps servait déjà de festin à un rat
Le piaf craintif voulait éviter une joute
Mais ne pas renoncer à un bon casse-croûte
Une ruse entendue en classe, il essaya

« Bonjour mon cher ami, que tu as fière allure!
Le boulanger, pour toucher ta douce fourrure
Te servirait un repas autrement plus fin! »

Le rongeur inculte, se laissa prendre aux pièges
Tendus par le mitron et par l’oiseau stratège
Les fables aident à ne pas tomber dans le pétrin

299. Aide-toi, le ciel t’aidera


Dans le port de Dubrovnik, à la queue leu leu
Deux travelos homos se promènent à vélo
Au loin, de futurs matelots barrent un rafiot
Les cyclistes sont distraits, ils n’ont d’yeux que pour eux

L’un se mange une bite, fait un tête à queue
S’emmêle les pédales et se retrouve à l’eau
Il ne sait pas nager, ça n’est pas rigolo
Son compagnon s’affole, implore le bon Dieu

Celui-ci lui répond, « Que veux-tu que j’y fasse ? »
Secoue tes fesses si tu veux être efficace! »
Obéissant, il les trémousse de ce pas

Les mousses émoustillés par la vue de son cul
Dirigent l’étrave vers le trav’ farfelu
L’autre s’y tient. Aide-toi, le ciel t’aidera