297. La chute

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Un homme est monté sur le pont de Saint-Nazaire
Chômage, maladie, femme et enfants ont fuis….
En cette nuit d’hiver, divers sont ses ennuis
Il ne voit qu’une issue, enjamber la barrière

Un accident arrive derrière le suicidaire
D’une voiture en feu, sortent d’horribles cris
Son ex et ses petits dans les flammes sont pris
Sans hésitation il court les tirer d’affaire

L’ex reconnaissante lui ouvre grand les bras
Lui, un brin échaudé, recule de deux pas
Et involontairement dans le vide chute

Voila, c’est ainsi que cette histoire s’achève
Il n’y a pas de morale, c’est juste un rêve
J’espère que vous vous délectez de la chute

296. À André LAUDE

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C’est la fin, le poète est au bout du rouleau,
Quelques beaux vers et il paiera l’addition.
Des litres de misère, autant de distorsion,
La facture est salée, il y laisse sa peau.

Nul regrets pour sa vie de céleste clodo
À tenir dans les bars de longues discutions
Sur notre destinée, éternelle question,
À appâter la rime, assis au bord d’un pot.

Familier de l’angoisse, il connaît ses recoins,
C’est en sa présence que la vie se disjoint,
D’une brasure dorée, il crée l’unité.

Éclaireur de l’âme, il est en première ligne,
Contre l’obscurité, ses armes sont ses lignes,
Partout où est la beauté, le monde est sauvé.

https://misquette.wordpress.com/2014/10/11/cinquante-neuf/

295. Le chat et l’oiseau

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Un chat miaule dans l’arbre, il n’arrive pas à descendre
Personne ne l’entend, sinon quelques oiseaux
L’un d’eux lui demande, « Pourquoi monter si haut? »
Le chat, l’air malicieux, « Et bien, pour te descendre! »

« Ah! C’est bien fait pour toi, tu n’as plus qu’à attendre
Et à beaucoup prier… », se moque le moineau
Le chat qui est athée, lui réponds aussitôt
« C’est pas prêt d’arriver, je préfère me pendre »

« Dieu est la souffrance de la peur de la mort*
Parions! Demain tu ne feras plus le cador »
Défie le piaf. Le chat, plus rusé, « Tape là! »

Le lendemain, le félin demande un bout
L’oiseau lui apporte, le matou met les bouts
« Tel est pris qui croyait pendre », conclue le chat

* Fiodor DOSTOÏEWSKI, citation complète,

«Dieu est la souffrance de la peur de la mort. Celui qui vaincra la souffrance et la peur, celui-là sera lui-même dieu. Il y aura alors une vie nouvelle, il y aura alors un homme nouveau, tout sera nouveau.»

294. Le hic

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Mireille Laurin-Burgess

Un stylo à la main, les yeux dans son bouquin
L’ado étudie en secret Georges PEREC
Son oncle le surprends, l’enguirlande aussi sec
« Si c’est pas malheureux! Tu veux un coup de main?! »

« Tout le monde travaille et toi tu ne fous rien! »
Le fautif tout penaud, « Mais c’est un livre avec… »
« S’il te plait, épargne-moi tes salamalecs »
Coupe l’oncle fâché, « Remballe ça et vient! »

« L’homme est fait pour travailler, pas pour s’amuser! »
Sur ce, le garçon clôt le livre et le cahier
Son envie d’écrire, il la met au fond d’un trou

Clinique psychiatrique, neuroleptiques
Il y a un hic, ça devient automatique
Il lui faut écrire, sinon il devient fou*

*«Ce qui m’oblige d’écrire, j’imagine, c’est la crainte de devenir fou», Georges BATAILLE

293. La mort de l’enfant

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Edward MUNCH, L’enfant malade

Sur son lit d’hôpital, il s’apprête à partir
Sa maman épuisée tient sa main dans la sienne
Souffle au creux de l’oreille une berceuse ancienne
« Le temps et le vent nous veille, tu peux dormir »

« Un grand navire appareille, tu peux dormir. »
Des yeux maternels tombe une pluie diluvienne
Elle était gaie avant que le cancer ne vienne
Plus que jamais avenir rime avec souffrir

Elle ne croit plus en l’existence de Dieu
Ou alors il ne peut être qu’un être odieux
« Voyez ce qu’il a fait de sa toute puissance! »

Elle ressent comme une béance dans le ventre
Et une envie continuelle de se pendre
C’est à l’amour que l’on doit à la vie un sens