335. Une faveur de la nature (1)

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Photo Lionel TASSAN

Ce matin, pendant une poignée de minutes
Les nuages étaient rose-orangés, le ciel bleu
La lune n’avait toujours pas fait ses adieux
Au rouge soleil, rayonnant tous azimuts

Beaucoup de passagers du bus, cheveux hirsutes
La tête contre la vitre, fermaient les yeux
Essayant de dormir encore un petit peu
Avant que leur journée de travail ne débute

Cet événement m’apparaît métaphorique
Solution à une question philosophique;
Pourquoi l’Homme ignore-t’il parfois la beauté

Malgré qu’elle lui procure tant de bienfaits ?
Parce qu’il se laisse guider par l’intérêt
Alors qu’elle est un plaisir désintéressé

* Emmanuel Kant, Eine Gunst der Natur

Photo Lionel TASSAN

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334. Cherchez l’horreur

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Ces lieux sont séparés de 90 km au maximum;

  • Erfurt, Maître Eckart y a été prieur;  « Dieu a établit l’âme dans la libre détermination d’elle-même, en sorte qu’il ne veut rien lui imposer au-dessus de sa libre volonté, ni exiger d’elle quelque chose qu’elle ne veut pas. »
  • Weimar, Johann Wolfgang von Goethe a longtemps vécu dans cette ville, il allait méditer dans les bois de Buchenwald; « Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l’un pour donner, l’autre pour recevoir. »
  • Buchenwald; Camp de concentration nazi
  • Eisenach, ville natale de Jean-Sébastien Bach, il y a composé ainsi qu’à Erfurt, voilà ce que Milan Kundera dit de sa musique « (…) elle pense à l’époque de Jean-Sébastien Bach où la musique ressemblait à une rose épanouie sur l’immense plaine neigeuse du silence. »

Cherchez l’horreur.

333. Soigner notre blessure

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Bouguereau, Un tendre baiser

A l’orée du bois un chevreuil court, apeuré
Un chien de chasse déchaîné est à ses trousses
Ses aboiements se répandent dans la cambrousse
Ils sont désormais une meute à le courser

Un chasseur aux aguets vise le cervidés
Une balle ensanglante sa belle frimousse
L’animal vacille et se couche sur la mousse
Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés*

Ses pattes s’agitent de manière anarchique
Comme s’il recevait une charge électrique
La douleur est si vive qu’on l’entends gémir

Les êtres humains sont semblables à cet animal
La tendresse peut les soulager de leur mal
Mais  créer leur permet aussi de l’adoucir

* Extrait de « L’explication des métaphores » de Raymond Queneau

330. L’amour de la poésie

Je cherche les mots bleus, car ils me rendent heureux
C’est là l’unique explication à l’écriture
Toutes les autres ne sont que littérature
Mais si ces mots vous plaise c’est encore mieux

À provoquer le bonheur on touche les cieux
Certains mots guérissent de l’âme les blessures
Ce sont ceux des poèmes de bonne facture
Peu importe qu’ils soient ténébreux ou joyeux

Qu’ils soient rédigés avec des vers ou en prose
Pourvu que l’amour guide ceux qui les compose
Ils sont des « Je t’aime » pour celui qui les lis

L’arrachant aux villes de grande solitudes
Lui procurant un sentiment de complétude
Et avec, l’espoir d’une vie après la vie

329. Hors norme

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Que d’émotions hier! Avec quelques collègues et des ouvriers d’un ESAT (Un établissement et service d’aide par le travail) accueillant des personnes ayant un handicap mental ou physique et bien souvent les deux associés, nous avons participé au challenge handisport du triathlon de La Baule. Quatre équipes composées chacune de deux personnes handicapées et d’un valide devaient effectuées en se relayant, 500 m de natation en mer, 26 km à vélo et 6 km de course à pied. Nous avons eu quelques difficultés à trouver des nageurs, 500m en mer, avec du courant et des vagues, ça n’est pas donné au premier venu, aussi ai-je contacté la fédération handisport à la recherche de la perle rare. Ils m’ont donné les coordonnées téléphoniques d’un gars qui selon eux devait faire l’affaire. Je vais le nommer pour ce récit Bernard, ne lui ayant pas demandé l’autorisation de narrer ses exploits. Je l’appelle dans la foulée et dès les premiers mots je reconnais le phrasé caractéristique des personnes ayant une atteinte cérébrale, pour vous donner une idée, il ressemble à celui d’Alexandre Jollien, le philosophe. « Je/suis/chaud/bou/illant » déclare-t-il après lui avoir présenté le projet. Comme il réside à cent quatre vingt kilomètres du lieu de l’épreuve, je lui demande comment il compte venir et il me réponds très naturellement « À vélo ». Je m’étonne, il déclare alors qu’il a l’habitude, qu’il revient justement d’Annecy (Il est du Maine et Loire) et qu’il repart la semaine suivante dans le pays basque pour animer bénévolement un centre de vacance des paralysés de France. Oups! Moi qui suis un petit peu sportif, je suis scotché par la performance. Bon, bon, bon… première claque. La seconde c’était hier, nous avions rendez-vous à La Baule pour récupérer les dossards entre midi et treize heures. À treize heures nous le voyons arriver sur un vélo de course adapté, car le bonhomme présente également un déficit du côté gauche, on appelle ça en langage technique une hémiparésie, il manque de motricité et de force au niveau du membre supérieur et inférieur de ce côté, pour être plus explicite, il ne peut pas actionner de manettes avec sa main, aussi toutes les commandes, freins, vitesses, sont rassemblées sur le côté droit et il a moins de force dans la jambe gauche que dans celle de droite, à treize heures donc, nous voyons arriver Bernard haletant, recouvert de sueur et de sel (signe d’une transpiration intense) sur son engin, s’excusant d’un retard qui n’en était pas un. Il venait de faire quatre heures de vélo à fond de train pour nous rejoindre depuis Nantes.  Le temps de déglutir presque un litre d’eau, de manger un casse-croûte, d’enfiler un maillot de bain et deux heures plus tard il est sur la plage, le seul concurrent à ne pas avoir de combinaison thermique parce que précise-t’il « C’est interdit depuis Alain Bernard! ». En fait, les combinaisons sont proscrites en nage en piscine parce que favorisant la flottaison depuis l’époque où le nageur Alain Bernard battait records du monde sur records du monde, sauf que là, avec une eau dont la température est inférieure à vingt degrés, elles étaient obligatoires! Un arbitre vient le lui signaler et menace de l’exclure pour raison de sécurité, on parlemente et nous tombons d’accord pour qu’il prenne le départ à l’arrière, avec nous qui accompagnons des nageurs beaucoup moins performants, de manière à ce qu’il ne participe pas à la guerre de tranchée que constitue un départ de triathlon en bonne et due forme, plusieurs centaines de nageurs qui se retrouve dans un petit périmètre, galvanisés par l’envie de donner un bon relais à son coéquipier et la mer se transforme en une machine à laver le linge qui tourne à mille tours minutes! Il ne faut pas avoir peur de prendre des coups, qu’on espère toujours involontaires, et de boire une tasse d’eau salée quand une main ou un pieds vient vous enfoncer la tête dans l’eau juste au moment où on reprend sa respiration. Sagement, Bernard obtempère et nous rejoint, il me présente ses paumes de mains ainsi qu’à la personne handicapée que j’accompagnais, pour que nous les tapions et nous souhaite bon courage. Au coup de sifflet qui annonce le départ, faisant fi de l’accord avec l’arbitre, Bernard cours comme un dératé pour rejoindre ceux qui nous devançaient et se jette dans la bataille. Ah oui! j’allais oublier… La veille, il avait parcouru plus de cent kilomètres, sous la pluie et dans le vent pour rejoindre Nantes depuis son domicile et vous devinez qu’il ne l’a pas fait en train, ni en voiture… Ça n’était pas une eau à quinze ou seize degrés qui allait lui faire peur! La course s’est très bien passée, ambiance exceptionnelle, car chacun a donné le meilleur de lui-même. À chaque fois que je recrute pour une épreuve sportive, je préviens les candidats, “«L’important c’est de participer», c’est des conneries, l’important c’est de se mettre dans le dur, de se faire mal! ». À l’arrivée, quand j’ai demandé qui voulait s’inscrire pour l’année suivante, j’ai entendu un « Moi » unanime. Ils étaient tous « chauds bouillants » comme dirait Bernard. Quand il nous a quitté, j’avais un pincement au coeur et je crois que je n’étais pas le seul, nous n’avions passé en tout et pour tout qu’une poignée d’heures ensembles, j’ai souligné ici surtout ses exploits sportifs mais ça n’est pas ça qui m’a le plus scotché, c’est sa gentillesse, toujours prévenant pour les autres et glissant à la première occasion un bon mot. C’est une chance d’avoir pu le rencontrer, sans doute, je n’attendrais pas l’année prochaine pour revoir son visage et son crâne abimé du côté droit et son regard plein de tendresse. Pendant qu’il se préparait, un organisateur lui a demandé, maladroitement, si il était avec les « normaux », voulant parler des valides, Bernard a répondu par la négative, effectivement, ce type est hors norme.