345. Folles camarades

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Et vivre

écrire
dans un ancien sabir
pressentir l’inachevé

écrire
en lettres graves
peupler d’oiseaux

écrire
la science du malheur
résoudre les larmes

écrire
le recel de l’obscur
faire escorte à la clarté

écrire
ce qui ne peut se taire
se frayer un chemin
les mots à la machette

C’est un fragment du passé,
lentement la poussière s’y dépose.
Peut-être n’a-t-il jamais existé?
La poussière est sa seule matérialité.

la suite n’est ni dans ma bouche
ni dans la vôtre*

* A moins que…

quatrehenriette

https://entrepoetique.wordpress.com/2015/09/19/et-vivre-2/

«La folie » est une occupation à plein temps.
Être en cette folie est la vie elle-même.
Être ou ne pas être, ou ne pas naître…
C’est écrit ce cri qui s’écrit… Qui s’écrie!

Naïla

https://ocanocean.wordpress.com/2015/10/04/le-pur-emoi/

« Je ne suis pas une femme, je suis un écrivain. Je ne suis pas un sexe, je suis une somme de mots, de termes, de terminaisons, d’accords »

Alexandra Bitouzet, « La folie que c’est d’écrire »

« Écrire. Je ne peux pas. Personne ne peut.
Il faut le dire, on ne peut pas. Et on écrit.
C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien. On peut parler d’une maladie de l’écrit.
Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays.
Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire.
L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.
C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible,douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie.
Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.
Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait — on ne le sait qu’après — avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi.
L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. »

Marguerite Duras 
Neauphle-le-Château, 1993.

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2 réflexions sur “345. Folles camarades

  1. « Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. » Cela me fait penser au mot du peintre Francis Bacon : « Si on peut le dire, pourquoi le peindre ? » Merci Vincent pour ces textes qui éclairent ma pratique.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis heureux que ça te permette aussi de comprendre, je cherche moi-même à comprendre ce qui ce passe en moi, je ressens parfois quelque chose d’horrible, pour reprendre les mots de Van Gogh,

      « Et les hommes sont souvent dans l’impossibilité de rien faire, prisonniers dans je ne sais quelle cage horrible horrible, très horrible. »
      « On ne saurait toujours dire ce que c’est qui enferme, ce qui mure, ce qui semble enterrer, mais on sent pourtant je ne sais quelles barres, je ne sais quelles grilles, des murs. »

      Van Gogh, La ronde des prisonniers

      C’est difficile à comprendre pour soi mais également pour beaucoup d’autres (je précise beaucoup », car j’ai eu le bonheur de rencontrer, entre autre grâce à ce blog, des gens qui comprenaient, des « camarades de tous les pays », comme toi) car il n’y a rien d’objectivable à cette horreur qui a mené Van Gogh au suicide, pas de décès parmi les gens que j’aime, je suis heureux en famille, en couple, pas de tourment amoureux… Encore que là-dessus, j’ai un doute maintenant que je le dis… J’ai un problème avec l’amour, j’envie l’amour qu’évoquent les mystiques, je ne suis pas « croyant », malheureusement, j’aimerai tant l’être, j’aimerais ressentir ce que ressentait Marguerite Porette, quelque chose de si intense qu’elle n’avait que faire du jugement des hommes, des flammes du bûcher, de la mort, cette chose qui faisait d’elle un être d’une liberté inimaginable, cette « folie », dont parle Naïla,

      «La folie » est une occupation à plein temps.
      Être en cette folie est la vie elle-même.
      Être ou ne pas être, ou ne pas naître…
      C’est écrit ce cri qui s’écrit… Qui s’écrie!

      Quelque chose qui est la liberté même et qu’Aragon a reconnu comme tel en lui dédicaçant ces vers magnifiques, les plus beaux que je connaisse de lui, qui auraient très bien pu être ceux de Marguerite Porette où de tout autre « mystique »

       
       A Marguerite Porete et quelques autres
       
       Au large
       
      Pensées vives et blanches 
dont le mercure vient doucement corrompre l’or du temps

      transparences anéanties des béguines

      qui fluent au soleil cramoisi de l’Histoire
      
libres tant que défaille le pouvoir d’en rien dire
       
      Pensées d’un très vieux rouge mêlées à ce sable qui tangue


      semblables en leur rondeur lisse et noire à ces olives
      
d’où se dresse la fierté des algues au flot montant
      
Pensées blondes et pourtant d’où coule l’obsidienne
      
de cette nuit si chaude et tendre de l’être qui s’enfuit


      électrisant nos ciels de silencieux orages
       
      Le temps emplit nos coupes
       
      Rien 
hors boire cette fêlure fée
      
cette perte

      et choyer au foyer de nos corps
      
le souffle et l’incendie de la conscience
       
      Le roi des elfes glisse à la crête des vagues
      
sous la poudre des siècles luit la noirceur neuve de son regard
      
Dans la cendre le joyau mat de l’unité
      
dans l’évidence ténue des cendres
      hors de tout doute
      
immédiat
      
vertige de certitude
       
      Bref
      
l’un
      que l’on ne saurait dire
      
Présent pourtant
      
caresse
      
à la peau comme à l’âme
      
inévitable

      respiration de certitude
       
      Présent
      
au coeur de vos fragments
      
présent

      dans l’éclair même de la fracture

      Inexpugnable
       
      Et silence
       
      Aussi cette clarté que vous prêtez aux choses
      
c’est bévue
      
et quoique multiplient ombres et spectres à l’écran
      
au fond des choses rien n’est sûr

      hors de ce coeur battant de toute preuve
       
      Lavez vos yeux, lisez le prisme
      
Il n’y a là 
voyez
      
que l’eau de votre histoire, 
narquoise qui secoue d’un beau rire


      les hoquets de ces cystres où votre sang se perd
       
      Confiez aux nuages vos rêveries d’espace1

      et soufflez ces fumées

      Plus jamais ne reverrez vos mères
       
      Les retours ne sont lourds que d’absence
      
leurs poids sont faux
      
et leurs mesures mensonges
       
      Rien qui revienne ne saurait être amour
       
       
      * 1″Nous avons appelé notre cage l’espace, et ses barreaux déjà ne nous contiennent plus »
                                                                                  Louis Aragon . La nuit de Moscou

      Si elle me manque cette « folie », c’est que je la connais, c’est que je sais qu’elle existe, c’est que parfois quand j’écris ou que je lis une poésie, je la trouve. Puisse-t-elle ne jamais me quitter.

      Aimé par 1 personne

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