J’étais le chien*

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Alberto Giacometti, Le chien 1951

Les oreilles baissées, la truffe au ras du sol
Un chien solitaire erre dans les rues désertes.
À la canicule on vient de donner l’alerte,
L’eau commence à manquer au berger espagnol.

Il lui faut boire ne serait-ce qu’un seul bol
Où alors le frêle animal court à sa perte.
La porte d’un jardin est restée entre-ouverte
Il entre mais de suite on le tient par le col.

Une main épaisse, recouverte de terre,
« Que fais-tu là ? » demande son propriétaire.
L’intrus pousse alors un gémissement plaintif.

Pris de pitié, le sculpteur le prend sous son aile.
Il lui servira par la suite de modèle
Pour un auto-portrait très représentatif.

*J’ai seulement inventé les circonstances de la sculpture ;

« Le chien en bronze, de Giacometti est admirable. Il était encore plus beau quand son étrange matière : plâtre, ficelles ou étoupes mêlées, s’effilochait. La courbe, sans articulation marquée et pourtant sensible, de sa patte avant est si belle qu’elle décide à elle seule de la démarche en souplesse du chien. Car il flâne, en flairant, son museau allongé au ras du sol. Il est maigre.

….

Comme je m’étonne qu’il y ait un animal, — c’est le seul parmi ses figures :

LUI. — C’est moi. Un jour je me suis vu dans la rue comme ça. J’étais le chien. »

Jean Genet, In, « L’atelier d’Alberto Giacometti »

 

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Henri Cartier-Bresson, Giacometti (1961)

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