La tentation de frère Clovis

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Clovis Trouille, Bikini 1946.

Pendant la colonisation de l’Algérie
Le frère Clovis s’était porté volontaire
Pour travailler la terre dans un monastère ;
L’Abbaye Notre-dame de Staouëli.

Alors qu’il fauchait par un bel après-midi,
Trois superbes naïades aux moeurs plus que légères
Lui tendirent ostensiblement leur beau derrière
Dans l’espoir de le voir assouvir leur envie.

Le moine fut pris d’une forte turgescence
A la vue de ces affriolantes avances,
Au point que sa chasteté fut mis en danger.

Une troupe de spahis vint à sa rescousse ;
Elle offrit au trio de nombreuses secousses
Si bien que comblé, il repartit se baigner.

Retrouvailles

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Clovis Trouille, Le confesseur.

Un jeune homme pousse doucement un portail
Puis avance à pas feutrés dans la cathédrale.
Une nonne prie en cette heure matinale
Dans la lumière tamisée qu’offre un vitrail.

Passant à ses cotés il remarque un détail ;
Un naevus près d’une commissure labiale
Lui rappelant une histoire sentimentale.
Son coeur bat la chamade au fond de son poitrail.

Feignant de contempler la vitre colorée,
Il se rapproche de la femme agenouillée
entrée dans les ordres par dépit amoureux.

Quand à son tour elle reconnait son visage,
Elle s’abandonne à ses lèvres sans ambages,
Reniant la promesse qu’elle a faite à Dieu.

Des slips pour toutes les bourses !

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Clovis Trouille

La cathédrale d’Amiens est fermée la nuit,
C’est alors qu’il s’y passe de drôles de choses ;
Jusqu’au matin les statues se métamorphosent,
A l’instar de Galatée, elles prennent vie.

Une fois, pour l’anniversaire de Marie,
il se tint dans la nef une fête grandiose,
On se servit du vin de messe à grande dose,
Si bien que Jésus était complètement cuit.

Dansant debout sur l’hôtel avec Jean Baptiste,
Le christ chantait « J’aurais voulu être un artiste »
Accompagné à la trompe par l’ange Uriel.

Au moment où le soleil commençait sa course,
En pagne il scandait : Des slips pour toutes les bourses !
Hilare, le regard dirigé vers le ciel.

Le rebelle d’Amiens

Remembrance - un « tableau anti-tout » · Clovis Trouille
Clovis TROUILLE

 Tu as dû souvent l’avoir la trouille, Clovis,
Toi qui a fait la première guerre mondiale
Dans des conditions particulièrement triviales,
Sur le front, là où régnait en maître Adonis.

Ta peinture a eu l’effet d’une catharsis,
Métamorphosant ton affliction initiale
En une œuvre artistique pour le moins géniale,
Truffée de beaux postérieurs et de pénis.

Tes toiles pourfendent la morale bourgeoise
En donnant à voir dans des postures grivoises
Des nonnes affriolantes et des religieux.

Le militarisme aussi en prend pour son grade,
Mais il ne faut pas s’arrêter à ces bravades,
Elles sont avant tout un régal pour les yeux.

 

 

Je me souviens n°3

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Je me souviens que nous avions acheté notre première bande dessinée, un Tintin, avec l’argent de la vente de dent-de-lion et de quelques poireaux de notre jardin, c’était donc le printemps. Nous étions allés, mon frère et moi, payer quelques sous à la police pour la concession et avions installés notre petit étal de marchandise sur les escaliers, devant la fontaine de la justice.
Nous étions descendus à pieds jusqu’à la ville et en remontant, nous lisions le Tintin. Son prix était presque le même qu’aujourd’hui, bien que la valeur de l’argent ait considérablement baissé.

Luciole

Je me souviens que mon prof de français, juste après lui avoir posé une question et alors que j’étais très mauvais élève (J’ai redoublé cette classe), m’a dit « Il ne faut jamais céder à la tentation de se croire mal doué, c’est un genre de modestie très perfide »*

Je me souviens ne pas avoir rendu de copie à la fin d’un devoir en classe de français. Je suis passé devant le prof sans le regarder, il m’a interpellé mais je ne me suis pas retourné, j’ai ensuite traversé le lycée et la ville comme une fusée et je me suis réfugié dans ma chambre sous les toits. Pendant trois jours je n’ai fais que de lire des Mickeys allongé dans mon lit.

Je me souviens qu’en 1982, l’année de la sortie de l’album Pornography de The Cure, j’écoutais au casque à 13 h15, juste avant de retourner au collège, le titre Siamese Twins* sur un disque vinyle. Je dansais en fermant les yeux.

Je me souviens du jour ou mon oncle m’a surpris en train de lire « La disparition » de Georges Perec alors qu’il comptait sur moi pour bricoler avec mes frères. Pour essayer de me faire pardonner, je lui ai expliqué que c’était un livre extraordinaire, « Un roman de trois cent pages sans la lettre e ! ». Il m’a regardé dépité et est reparti sans dire un mot. J’aurais voulu disparaître.

Je me souviens avoir vu Dominique A dans une toute petite salle de cinéma, dans une toute petite ville, on ne devait pas être plus de dix. Lui et son musicien portaient des maillots de foot. Il était au micro et jouait de la guitare, son acolyte était au clavier. Il avait chanté Le courage des oiseaux. « Si seulement nous avions le courage des oiseaux qui chantent dans le vent glacé… ».

Vincent

* Grâce à internet, trente cinq ans après je réalise que c’est une citation d’Alain.

« Bien partir n’est pas le tout. Il faut en toutes les entreprises une obstination héroïque. Quand il s’agit d’apprendre le violon, l’équitation ou l’escrime, chacun comprend qu’il faut recommencer bien des fois, et ne jamais céder à la tentation de se croire mal doué, ce qui est un genre de modestie très perfide. Or le courage de ceux qui apprennent ces choses devrait faire rougir ceux qui manquent de patience dans l’apprentissage qu’ils ont choisi. Et ce qui importe, quand l’apprenti croit qu’il manque de bonheur ou d’adresse, c’est que le maître lui rappelle et lui prouve qu’il manque seulement de courage. Ce reproche pique comme il faut. L’éducation est ce précieux moment où la lutte contre l’obstacle extérieur peut toujours être changée en une lutte contre soi. Il est rare que l’homme cède à lui-même. C’est ainsi que je formerais l’enfant à chercher et à aimer la difficulté. »

Je me souviens n°2

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Je me souviens du petit chemin dans les vignes, près de la maison, comme un plongeoir, comme une piste d’envol pour se lancer dans le ciel immense, au-dessus du lac. Et mon frère qui disait que si on faisait tourner les bras assez rapidement, on pouvait s’envoler, comme les hélicoptères.
Je n’ai jamais réussi à décoller et j’ai regretté de ne pas savoir faire comme il faut.

Je me souviens de mon impatience à retrouver mon père qui faisant l’école quelque part dans la campagne. Après avoir frappé deux fois à la porte de sa classe, n’ayant pas l’âge de rejoindre les élèves et trouvant le temps long, je m’étais endormie au bord de la route. C’était une belle journée ensoleillée.

Je me souviens des vélos que nous empruntions avant que les élèves finissent la classe. la terrible chute au bas de la pente, le genou bien entamé et la crainte d’avoir abîmé le vélo.
La chute aussi dans les orties et la drôle de tête toute boursouflée que je voyais dans le miroir. Le pot de pommade dans lequel je puisais pour tenter de calmer la brûlure.

Luciole

Je me souviens qu’en été ma grand-mère remplissait d’eau une grande bassine en acier galvanisé qu’elle installait devant l’escalier extérieur qui descendait à la cave. Quand l’eau était suffisamment chauffée par le soleil, j’avais le droit de m’y baigner. J’étais le roi du monde dans mon bateau le nez à hauteur des tulipes du jardin.

Je me souviens qu’au bout de la rue de mes grands-parents des tentures en velours noir et pourpre ornées de grosses lettres brodées et dorées avaient été installée devant et autour de la porte d’entrée d’une maison pour annoncer un deuil.

Je me souviens du soir où j’ai réalisé que j’allais mourir, j’avais disposé mes mains à plat l’une sur l’autre sur ma poitrine et mes jambes étaient tendues l’une contre l’autre, imitant la position d’un cadavre dans un cercueil. Je voulais expérimenter la mort. Sous mes paumes je sentais battre mon cœur. J’étais très angoissé à l’idée qu’un jour il s’arrêterait.

Vincent

Je me souviens…

Julien Dupré
Julien Dupré

Voici un extrait d’un échange sympathique que j’ai eu avec Luciole dans les commentaires d’un poème sur Héraldie, vous le retrouverez ICI dans son intégralité.

Chaque fois que j’utilise le lave-linge je me souviens qu’il fallait chauffer l’eau en faisant du feu sous la bassine, cuire le linge, le brasser et le sortir, le poids énorme des draps mouillés avant l’essorage.
J’ai vu faire ma mère quand j’étais enfant.

Je suis née d’un second mariage « sur le tard »
Les premiers équipements électroménagers étaient onéreux, ouf le poids des tapis nettoyés avec le tape-tapis! 1ère TV à 16 ans, en noir-blanc, premiers épisodes des « envahisseurs » avec ton homonyme 🙂 Vincent. (si ma mémoire est bonne)…
Je me souviens aussi du beurre mangé par les oiseaux parce que laissé « au frais » sur la fenêtre.

Je me souviens du lait que j’allais chercher à l’étable, avec le bidon à lait. L’attente, que le paysan ait fini la traite, manuelle bien entendu, son tabouret attaché à ses fesses. Et le lait que nous buvions, encore chaud du corps de la vache.

Je me souviens du bidon à charbon, que ma mère utilisait pour aller chercher le charbon à la cave. Je l’accompagnais, elle était terrorisée par les souris et les rats.

Je me souviens que peu avant sa mort, mon père disait que les hommes n’iraient jamais sur la lune.

Je me souviens du fils du fermier qui coupait la tête de la volaille avec une hache, puis laissant l’animal courir sans tête, éclaboussant les murs, jusqu’à ce qu’il tombe.

Je me souviens des petits chats qu’il enlevait à la mère en lui cachant les yeux, et qu’il assommait en les tournoyant avant de les écraser contre le sol. Et qui disparaissaient ensuite dans la fosse à purin.

Je me souviens que j’apprenais à lire en prononçant coussin pour le mot cousin, ne comprenant pas pourquoi S se prononçait Z.

Je me souviens des bandes molletières que ma mère me mettait l’hiver pour protéger du froid. Moi assise sur la table, les jambes pendant dans le vide.

Luciole

Je me souviens d’un jour d’enfance alors que j’étais seul dans ma chambre assis sur le rebord de la fenêtre, le front collé contre la vitre, une dame est passée dans la rue en tenant son enfant par la main.
Je me souviens du 10 Mai 1981, depuis la terrasse de ma maison je regardais le cortège des manifestants qui fêtaient la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, derrière moi mon père a dit « Ah les cons, Ils ne savent pas ce qui les attend ! »

Je me souviens qu’enfant, une nuit j’ai rêvé que je tuais mes parents et mes frères et que je les mettais dans le coffre d’une voiture, c’était une berline.

Je me souviens du soir de la finale de la coupe d’Europe entre le Bayern de Munich et Saint Etienne en 1976, quelques heures avant le match mon frère et moi avions tendu une banderole derrière la télévision, « Allez les verts ».

Je me souviens aussi qu’à l’approche de la rencontre je sentais battre mon coeur très fort, j’avais l’impression que ma poitrine allait exploser.

Je me souviens qu’en regardant un reportage télévisé sur le Paris-Roubaix, un samedi après-midi, j’ai entendu pour la première fois « Le plat pays » de Jacques Brel, d’abord j’en eu les frissons et puis j’ai essuyé une larme, discrètement.

Vincent

N’hésitez surtout pas à joindre en commentaire vos propres « Je me souviens… », j’aime beaucoup ça, c’est comme si vous me faisiez un cadeau.

Mirabelle fait du foin

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Quand d’une bête le vacher ne prend pas soin,
Mirabelle réagit au quart de seconde,
Directement en elle la colère gronde,
Il faut s’attendre à ce qu’elle fasse du foin.

Un soir qu’il se roulait tranquilement un joint
La tête blottie entre les seins d’une blonde,
Il omit de faire dans l’étable une ronde,
Alors qu’une vache se trouvait mal en point.

Comme prévu la rebelle se fit entendre,
Elle frappa de ses cornes jusqu’à le fendre
Un fût vide de cent litres en platique bleu.

Le séducteur laissa sur le champ sa maîtresse
Et arriva avec moins que rien sur les fesses,
A sa vue le taureau se vanta d’avoir mieux.

La machine à laver

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Le linge gît au fond du tambour, temps de l’immobilité et du silence.

La paix est rompue par l’entrée d’un filet d’eau innondant lentement la cuve. Un discret sifflement l’accompagne. Les vêtements baignent dans le liquide chaud, juste bercés par son flux.

Soudain le bruyant moteur du lave-linge se met en marche. Le cylindre tourne sur son axe entraînant dans son mouvement les tissus. Dès lors, hormis pendant quelques rares périodes de repos, la matière à laver est entrainée dans un tourbillon qui n’a de cesse de la malmener.

La violence de l’appareil atteint son apogée dans l’ultime phase du travail. Le bruit devient infernal, la machine vibre de toute part avant qu’enfin, lessivé, son contenu retrouve sa quiétude originelle.
A la manière de Francis Ponge, Le parti pris des choses.

Spéciale dédicace à Thamara, la reine du canelé.