Ma vie dans son regard

J’ai perdu ma vie
Dès l’instant où je suis né,
Depuis je la cherche.

Il m’arrive de la voir
Dans le regard d’une fille.

Publicités

Vincent le Rebelle

blason Vincent

Sur un blog de poésie nommé Héraldie,
Dame Pierrette, comme elle aime qu’on l’appelle,
M’a donné le surnom de « Vincent le Rebelle »,
À ma connaissance cela est inédit.

Au début j’ai cru que c’était de l’ironie,
Nos relations ayant été conflictuelles
Et qu’à mes yeux je relève de la poubelle
Plutôt que de l’opposant à la tyrannie.

La connaissant mieux, je pense qu’elle est sincère,
C’est vrai que parfois je suis révolutionnaire
Mais pas au point de mériter ce sobriquet !

À moins que je considère comme un despote
Le déséspoir qui met mon moral en compote,
Dont je me libère en composant des sonnets.

La révolution de Frida Kahlo

 

Moi, je suis communiste, mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire qu‘être communiste ?

Je suis très inquiète au sujet de ma peinture, comment la transformer pour qu’elle devienne utile au mouvement révolutionnaire communiste, car jusqu’à présent je n’ai peint que l’expression honnête de moi-même mais absolument éloignée d’une peinture qui servirait le parti.
Je dois lutter de tout mon être pour que le peu de force que me laisse ma santé soit destinée à aider la révolution, la seule véritable raison de vivre.

La révolution est l’harmonie de la forme et de la couleur et tout existe et évolue répondant à une seule loi, la vie, personne n’est détaché de personne, personne ne lutte pour lui seul, tout et tout et un ; l’angoisse et la douleur, le plaisir et la mort, ne sont qu’un processus pour exister, la lutte révolutionnaire dans ce processus est une porte ouverte à l’intelligence.

Ma seule certitude c’est que la vie n’aurait plus de sens si je cessais de rêver. Mais qu’est-ce qui me reste de tant de rêves, de toute la passion que j’ai mise dans mes idéaux ? Mais sont-ils vraiment miens ces idéaux ou me fait-je l’illusion qu’ils le sont seulement parce qu’aujourd’hui ils enflamment Diego, volubile et contradictoire comme lui seul sait l’être et demain qui sait ?
Mais c’est quoi ma révolution ? Me peindre moi-même torturée et pourtant attachée à la vie comme une sangsue ? C’est ça ma révolution ?

frida Khalo

.

http://www.franceculture.fr/personne-frida-kahlo.html

A 19 mn 20 s de l’épisode deux.

Des ailes de mouette noire

510_frida-dessin
Dessin de Frida Kalho

 

Voici des extraits de textes de Frida Kalho, retranscrits par moi-même à partir d’un enregistrement audio, d’où les nombreuses astérisques qui signalent mon incertitude quand à la justesse de la transcription. Il s’agit d’une émission de France culture, elle-même extraite d’une série en cinq épisodes, tous composés d’écrits de l’artiste Mexicaine.

Voici le lien vers l’épisode concerné;

http://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/des-ailes-de-mouette-noire-portrait-en-miroir-55#

« Après toutes ses heures vécues, sans autres conscience que la vive émotion, sans autre désir qu’aller de l’avant jusqu’à me rencontrer, retourner en moi, me retrouver toute entière, sans mutilations, jusqu’à la fin de l’horreur et finalement au-delà, au-delà de la mémoire et de l’oubli, lentement, impatiente de vide et de paix, un peu de paix finalement, lentement. »

« Parce que nous sommes tous les enfants de la mort, la vie se nourrit de mort et l’absence nous accompagne chaque jour et chaque nuit. »

« Je ne suis pas malade, je suis en miette. »

« Je ne suis pas le symbole de ma terre déchirée et saccagée, de cette terre mutilée comme mon corps, je suis le symptôme, je suis la désintégration. J’ai dans les veines du sang de juif hongrois et du sang d’indien Tarasque, je suis issue du mélange de gens persécutés et dominés, contraints à la fuite et dispersés, je descend de générations de vaincus jamais soumis qui ont tout perdus hormis le bien le plus précieux, la dignité, je suis le fruit et la chair des Amériques, je suis métis, je suis la fille de la fille d’une fille née d’un viol par des guerriers avides d’or car les conquistadors n’ont pas amené de femme avec eux, ils ont violés des indigènes engendrant les origines de ce que nous sommes, ce ne fut ni une victoire, ni une défaite, ce fut la naissance douloureuse de la civilisation métis, fusion inextricable du passé qui ne passe pas, mémoire qui ne s’éteint pas, vie qui nait de la mort et mort qui donne la vie. »

« Notre dame de la solitude, la douleur est avec toi, notre dame tonandsine*, croix cosmique de la vie, la douleur est en moi, ce soir je serais en toi. Notre dame de la solitude, ce soir je danserai avec calcicqué* ma dernière danse sur la dernière note, toujours la même, la note du silence que je désir plus que n’importe qu’elle mélodie, plus que n’importe qu’elle voix aimée, ainsi, immobile, finalement oubliée. »

« Des fantômes, je commence à les entendre ou peut-être est-ce moi le fantôme ? »

« Attendre avec l’angoisse contenue, la colonne brisée et le regard profond, sans marcher sur le grand chemin, bougeant ma vie cernée d’acier, Diego. Je te manquerais Diego, mais tu transformeras mon absence en art parce que l’art ne reflète pas la réalité, il la fonde, la modèle, la crée, la détruit et recommence à la recréer. Si seulement je t’avais prés de moi, si seulement tu me caressais comme l’air caresse la terre, tu éloignerais cette sensation de gris glacé qui m’envahit et me rempli, je suis la fleur qui n’a jamais éclos, l’arbre épuisé d’un printemps qui n’est jamais venu, mais il est temps d’ôter le deuil de mon regard, la saison des pluies est revenue, mais pour la première fois, mes larmes ne se confondrons pas avec la pluie, plus de larmes mon amour, je continuerais à t’écrire avec mes yeux, pour toujours. »

« La vie, la grosse blague. »

« Hier, j’ai compris que le moment de déplier mes ailes est venu, je suis oiseau, je suis tout. »

« Sans autres troubles, toutes les cloches, les règles, les terres, la forêt profonde, l’infinie tendresse, l’immense marée, poubelle, jars, lettre cartonnée, dès, doigts, duo, dérisoire espérance de parvenir à construire, l’étoile des rois, tellement saoule*, maison, le fil et les cheveux, le nerf fredonnant, je pars avec moi-même, une minute d’absence, je t’ai capturé et je m’en vais en pleurs, c’est une blague. »

« Couaqluicoué*, mère miséricordieuse qui donne le silence, claleque*, seigneur de la pluie me voici, je suis prête. »

Merci aux docteurs… , aux infirmières, aux brancardiers et aux garçons de salle de l’hôpital anglais…

J’espère que la sortie sera joyeuse et j’espère ne jamais revenir. »

2nd round

 

Les Messagers2
Image du documentaire « Les messagers » d’Hélène Crouzillat et Laetitia Tura
(Tissu utilisé pour récupérer les cadavres en mer)

 

Elles étaient trois à quitter le nord sinistre
Les pays perdus d’une Europe à sang
Espérant en terre d’Afrique
Ce que l’on espérait avant en Amérique

Elles s’appelaient Rose, Blanche et Violette
Elles quittaient en marchant, guerre et misère
Elles laissent derrière elles, enfants et maris
Elles allaient sans papier, elles allaient en chercher

Là-bas c’était Byzance, l’égalité des Hommes
Là-bas c’était la France de la grande époque
Lorsqu’il ne reste aux Femmes rien de plus que la fuite
Pour nourrir leurs familles rester au pays

De la pointe Espagnole aux sables du Maghreb
Là-bas les bateaux coulent dans la veine
L’Afrique a ses raisons de refuser ses sols
Préférant voir flotter des corps étrangers

Rose, Blanche et Violette, un bouquet à la mer
Repêchées puis bennées dans la fosse perdue
Bennées à la pelleteuse, la pelleteuse à pétrole
Ensevelies sous les cranes d’une histoire oubliée

À la pelleteuse, à la pelleteuse
Broyées, bennées à la pelleteuse
Ça n’est qu’au fond des morceaux de femmes
Ça n’est qu’en surface des lambeaux d’âmes
Posés là dans un trou

Guillaume

Frida c’est beau

frida-khalo2
Frida Kahlo, La colonna rota (détail), 1944

Je voudrais écrire un sonnet tellement beau
Que ses lecteurs, émus, en tombe à la renverse,
Pour peu que derrière eux il n’y ai pas une herse
Dont les dents pointues seraient tournées vers le haut !

Mais je n’ai pas le talent de Frida Kahlo,
Son regard, sur ses autoportraits, bouleverse,
Toute la douleur qu’elle endure s’y déverse ;
Son coeur est brisé et ses vertèbres en morceaux.

Enfin, parfois ça ne semble pas lui suffire,
Aussi elle ajoute pour dire son martyre
Des larmes et des clous plantés partout dans son corps.

Si les œuvres de l’artiste sont esthétiques,
C’est qu’elle ne cherchait qu’à être véridique,
Mettant sensations et créations en accord.

Vincent

94882710_o

Photo du film « Frida »de Julie Taymor (2003)