Tiens bon la barre !

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Me la couler douce, doigts de pieds en éventail…
Je voudrais que le cours de ma vie soit docile,
Pour le dire autrement, un long fleuve tranquille,
Que jamais sorte de ma bouche le mot « Aïe ».

Mais Dame nature ne fait pas de détail,
Transformant les eaux dormantes en terrain hostile,
Alors on ne dort plus, on se fait de la bile,
On lâche ou l’on tient malgré tout le gouvernail.

L’accalmie vient à un moment ou à un autre,
C’est en tout cas ce que dit Saint Matthieu, l’apôtre ;
« Heureux les affligés : Ils seront consolés »*

Cependant la quiètude est-elle automatique ?
Pouvons-nous l’obtenir si nous sommes apathiques ?
Je crois, avec Camus, qu’il ne faut rien lâcher.**

*Heureux les affligés car ils seront consolés
**Albert Camus « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme »

Mirabelle est gonflée

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Dans un cirque, un grand serpent est en dépression ;
Il est lassé de sillonner toutes les routes,
Replié sur lui-même, seul, dans une soute,
Sortant seulement pour les représentations.

Son dompteur fait une faute d’inattention,
Le reptile qui veut s’enfuir coûte que coûte,
Saisit sa chance, comme chacun le redoute.
Plus tard, d’une vache il tente la constriction.

Mais Mirabelle se débat, enfle sa panse ;
Le python dépité renonce à sa pitance
Et rampe dans la direction d’un jeune veau.

Le bovin gonflé à bloc par cette victoire
Tue le prédateur, poussant sur lui la baignoire
Qui sert d’abreuvoir d’appoint quand il fait très chaud.

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Cinq.
Homme nuptial,
Aux prémisses de l’aube,
Orant dans la pénombre pour le jour en devenir,
Dans la clarté implacable du soleil à son zénith,
Suppliant son Seigneur pour que s’élèvent les âmes,
Dans la douceur du soleil à son déclin,
Demandant l’apaisement des cœurs indécis,
Au couchant, quand le jour s’enroule dans la nuit,
Recherchant la guidance en viatique de traversée nocturne,
Aux derniers feux éteints, lorsque l’obscurité semble tout avoir vaincu,
Appelant le Ciel à la résurrection des êtres dans le renouveau du jour.
Initiale de l’inconditionné,
Vérité de la Réalité,
Affirmation de l’Un,
Avant, pendant et après toute manifestation du multiple,
Sans que l’Unité ne s’accroisse ou ne diminue.
Surface de la sphère du Trône incommensurable
Enveloppant dans sa miséricorde sans borne
Toutes les sphères
Dans son unique vibration harmonique.
Nul n’a connu, nul ne connaît, nul ne connaitra cette Réalité
Si ce n’est Lui.
LUI !
Secret qui cache un nom manifeste que tout être connaît
Sans pourtant le nommer,
Clé des univers,
Science native déposée dans la graine du cœur de chaque être,
Source de l’océan de l’amour éperdu
Dans lequel se noie sans retour l’amoureux de l’Amour.
LUI !
Dernière demeure de l’ultime science
Dont l’alif fut le berceau.
Car Il est l’origine et la fin,
La pérégrination et l’arrivée,
L’épreuve et le repos.
Il est Lui !
Singulier dans Sa Réalité,
Impair dans Son incomparable solitude,
Nul ne Le seconde.
Sans qualité, Il les possède sans exception !
Sans attribut, Il produit tout être et le dote de ses caractères !
Rien si ce n’est Lui !
LUI !
L’absolu !
Devant lequel le multiple s’efface…
Ni temps ne s’étant déployé,
Ni espace ne s’étant étendu,
Je demeure suspendu entre mon néant et son Essence !
Que ma foi retrouve sa pureté de nature,
Se nourrissant sans cesse de son invocation !
Que ma vision soit mon aveuglement
Afin que ma cécité devienne Sa vision !
LUI !
UN !
PUR !
Jaillissement de la source de camphre,
Être sans limite,
Jubilation du derviche
Quand il atteint le dernier degré de l’échelle.
LUI !
Que mon regard ne saurait atteindre
Sauf à perdre la vue
Et qui, malgré ma négligence,
A fait son nid dans l’alcôve de mon cœur,
Commandant mon inspir et libérant mon expir.
Son nombre est six.
Entre silence et symphonie,
Entre naissance et plénitude
De l’Adam-Êve restauré dans sa pure origine.

Jean d’Armelin

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Pierre Soulages, Outrenoir

http://heraldie.blogspot.fr/2016/05/ha-homme-nuptial-aux-premisses-delaube.html

Le jour du poète*

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Enfant je ne me sentais pas bien dans ma peau,
Ça a peu évolué depuis cette époque,
Imaginez coincé au fond d’un puit, un phoque
Pataugeant seul dans quelques centimètres d’eau.

Pas besoin d’avoir le dos en mille morceaux
Pour se traîner sur terre à l’instar d’une loque
Au point qu’on vous diagnostique comme cinoque,
Voyez Vincent Van Gogh ou Antonin Artaud.

Étaient-ils fous ou au contraire extralucides ?
Si l’on prend en compte leurs créations splendides,
On penche naturellement pour le génie.

Si l’on s’appuie sur leur état psychologique
C’est la première hypothèse qui est logique ;
Le jour du poète est semblable à la folie.*

*Psychiatrie
Grand panorama d’amour
Que celui du psychiatre,
Où il a une envie folle
d’un jour qui
ne viendra jamais
parce que le jour du poète,
si semblable à la folie,
ne trouvera pas
sa mesure
dans l’éthique moderne.
Il plane au loin
et s’adresse au médecin,
qui parfois est son Virgile,
pour sortir de l’enfer
des sens
qu’est la vie.

Alda Mérini
https://schabrieres.wordpress.com/2013/12/02/alda-merini-psychiatrie-psichiatria/

Jubilation

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Jubilation
Bruissement des brousailles
D’où viens-tu?
Du ventre voluptueuse aventure
Murmure la mystérieuse mélodie
Enfantement de la prophétie
Promène la promesse
Des légendes libres du siècle millénaire
La cicatrice étincelle sur la face flétrie
Crie la terre respire ton rire
Jubilation éperdue au corps
En sauvage cérémonie
Vagabonde le songe
Dans la ronde des âges

Luciole