Les petites gueules cassées

Je n’ai pas pris le temps d’écrire des poèmes depuis plus d’un mois. C’est la première fois depuis deux ans que j’observe une abstinence si importante. Comme explication j’ai tendance à me dire que j’avais autre chose de plus important à faire, je me suis rebellé contre la violence d’une institutrice envers ses élèves. J’y ai mis beaucoup d’énergie, j’ai beaucoup écrit finalement mais pas des poèmes, des lettres à l’inspection d’académie, aux parents d’élèves, etc… mais ça n’est pas ce que j’appelle « écrire » au sens où j’emploie ce verbe au début de ce texte, en même temps je ne saurais dire pourquoi cette différence. Il y a quand même un moment depuis qu’a commencé cette lutte où j’ai eu le sentiment d’écrire, c’est quand j’ai trouvé le nom d’un blog que j’ai créé dans le but de donner un écho à notre soulèvement. Si je passe du « je » au « nous », c’est que rapidement plusieurs personnes ont également décidé d’agir, nous projetons d’ailleurs de nous constituer en une association qui portera le même nom que le blog, « Les petites gueules cassées ». L’idée m’est venue du fait que cette enseignante a, entre autres violences, projeté sur le grand écran mural de sa classe un film sur les gueules cassées trouvé sur You Tube, un truc de ce genre ;

Les enfants étaient en classe de CE2, huit ans, crises d’angoisses et cauchemars s’en sont suivis. Je n’ai pas envie de vous raconter en détail ses autres méfaits, celui-là finalement est peut-être le moins grave. Dans sa classe régnait la terreur, déferlements de colère, châtiments corporels, humiliations. Nous avons eu momentanément gain de cause après nous être vaillamment battus contre le mammouth (nom donné par un ancien ministre de l’éducation nationale, Claude Allègre, à l’institution qu’il dirigeait). L’avant-veille après-midi de la fin de l’école, la maîtresse a été invitée par sa hiérarchie à se faire porter pâle plutôt que de venir en classe. Une psychologue scolaire a reçu le lendemain deux enfants dont les parents ont souhaité qu’ils soient entendus. Ils ont parlé. Selon des informations non officielles, le mammouth se serait rendu compte qu’il marchait sur les petites têtes qui étaient sous sa protection. Toujours selon le bouche à oreilles, l’institutrice ne réintégrera pas l’école à la rentrée. Peut-être sera t-elle quand même en charge d’une classe l’année prochaine… ? Nous avons en effet appris que dans cette institution comme dans l’église, on ne dénonce pas comme l’exige la loi (Article 434-3) les délits de ses membres, on se contente de déplacer leurs auteurs ;

http://www.leparisien.fr/faits-divers/limoges-une-institutrice-condamnee-pour-violences-sur-ses-eleves-27-05-2016-5834161.php

L’éducation nationale change juste le loup de bergerie, c’est sans doute la raison pour laquelle cette enseignante n’est restée que deux ans dans son poste précédent, nous n’avons pas d’autres renseignements sur son cursus antérieur.

Depuis un mois et demi maintenant, la seule fois où le mammouth nous a contacté, c’est par l’intermédiaire d’une plainte à la gendarmerie contre l’un d’entre nous pour violence. Plus précisément c’est l’inspectrice du secteur qui l’a fait, celle qui était garante de la sécurité de nos enfants, celle qui n’a fait que minimiser les faits, que nous reprocher notre action en arguant par exemple que nous causions du tord aux enfants en leur posant des questions, mais surtout celle qui s’est montrée violente envers le parent d’élève en question voir ;

https://petitesgueulescassees.wordpress.com

Certes, parfois la justice fait des erreurs mais nous avons toutes les raisons d’être confiants, il y avait de nombreux témoins.

Pourquoi « Les petites gueules cassées », les enfants ne sont pas défigurés me direz-vous ? Non, mais il y a quelque chose de cassé en eux, une blessure invisible pour les yeux. Beaucoup ont souffert de leur passage dans la classe de l’enseignante, les parents parlent de leurs angoisses les jours de classes, les pleurs avant d’aller à l’école, les tics nerveux et surtout de leur sentiment d’être des « abrutis » (Je reprends le terme qu’elle employait pour qualifier certain de ses élèves). Les psychologues qui s’en occupent (nous avons appris que plusieurs des enfants étaient suivi sur le plan psychologique) parlent à leur sujet de « mésestime » d’eux-même. Que leur petite gueule soit cassée n’est pas définitif, pour la réparer, ils ont besoin de nous, qu’on les écoute, qu’on fasse en sorte que la société les reconnaissent comme des victimes sans quoi il garderont toujours au fond d’eux le sentiment d’avoir mérité cette violence. Il auront toujours le sentiment d’être des moins que rien. Je sais de quoi je parle ;

La loi du plus fort

À l’école, j’étais un très mauvais élève,
L’instituteur me laissait dans sa classe choir,
Ou bien m’envoyait violemment me faire voir,
Je craignais que sa main, sur moi, il ne lève.

J’étais comme un arbrisseau qui n’a plus de sève,
Assis au dernier rang, c’était un cauchemar,
J’attendais impatiemment qu’arrive le soir,
Pour aller jouer au football, c’était mon rêve.

La nuit, en secret, j’écoutais à la radio,
Le championnat commenté par Sacomano,
Le malheur m’accordait brièvement une trêve.

Je croyais que les adultes avaient tous les droits,
En eux, ainsi qu’en moi, je n’avais plus la foi,
Parfois on est cancre car de désespoir on crève.

https://misquette.wordpress.com/2014/12/12/111-le-cerveau-du-maitre/

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