Les portes s’ouvrent

 

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« Elle pense à son paysage intérieur. Sur un carton sale, elle dessinerait un moulin au bord de l’eau. Elle aurait envie de lui montrer à Louis.

Bien sûr dit Louis, la question de ce que l’on peut recevoir. C’est vraiment le coeur. Et il ne se produit que de loin en loin ce petit miracle. Ce moment qu’on attend pas où vous sentez les coups de pinceaux se caler sur votre longueur d’onde à vous et vous renvoyer à quelque chose qui semble vous appartenir, faire partie de vous. C’est une émotion vous savez. Une émotion toute simple avec laquelle les choses de l’esprit n’ont pas grand-chose à voir. On est pris et voilà tout. Et cette plénitude-là, une fois traversée, eh bien on a juste envie de la croiser à nouveau, encore et encore. Une sorte de drogue peut-être, enfin, je sais pas. C’est pour ça en tout cas. Maintenant, je me tiens simplement aux aguets. Evidemment, on écrit, on analyse, on réfléchit sur tout ça, on se dit de temps en temps que, à irradier tellement de ces émotions auprès de tellement de regards, l’artiste marque une étape, touche peut-être à l’universel, alors on essaie de comprendre, de mettre des mots. Une sorte d’arrangement avec l’intellect, tout en compromis, avec c’est vrai une envie de le dire aux autres, d’organiser un peu la contagion. Enfin sans trop savoir. Une envie, voilà, pas un besoin. Le besoin, la nécessité, c’est juste de veiller, de traquer cette émotion. C’est ça, me tenir aux aguets.
Et voilà dit Sarah, vous refermer la porte sur vous et sur votre petit monde.
Il y a autre chose, dit Louis. Un autre souffle. Il y a qu’en opposant leur propre signature, en détournant le réel à la lumière de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ressentent, ils nous invitent, je veux dire les peintres, les artistes, à le faire nous-mêmes. Et si ce n’est à le faire avec de la couleur et des pinceaux, du moins à se représenter les choses à notre manière. A refuser le contour des apparences, à en bousculer le dessin avec l’unicité de notre regard à nous. A nous tous. Vous voyez comme les portes s’ouvrent.
Sarah dit que ça, ça lui plaît bien. »

Antoine Choplin, Radeau, P 61, 62.

 

Merci à Yann qui m’a envoyé cet extrait. Si il a pensé à moi en lisant ça, c’est qu’il me lit avec beaucoup d’attention, c’est émouvant.

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