Les mots dévoilent la lumière.

Aujourd’hui on commémore le 11 Septembre mais ce que je retiendrai de cette journée c’est que je n’ai rien lu ni écris qui m’ai enchanté. Enfin, j’ai lu et écris des choses mais j’attendais autre chose. Quelque chose qui me procure une émotion forte, c’est à dire une émotion qui me fasse oublier que je ne suis pas un saint. Un petit mot de quelqu’un, un témoignage d’affection aurait peut-être suffit mais l’affection ça ne se commande pas, pas plus celle des autres que la sienne. Je boirais bien un verre de Rhum. la bouteille est sous mes yeux, elle me tends les bras. Si on supprimait le besoin d’amour ça serait un coup dur pour les trafiquants de drogue, la demande chuterait. Je pense qu’ils ont encore de beaux jours devant eux parce que comme le dit Oscar Wilde « Seul l’Amour peut garder quelqu’un vivant. »
Par contre, il y a quelque jours, j’ai eu mon compte d’émotion en réécoutant la chanson des Rita Mitsouko, « Le petit train » . C’est une chanson qu’on croirait faite pour danser, très entrainante, elle est faite aussi pour ça d’ailleurs. J’imagine bien des gens dans une boite de nuit qui se trémoussent dessus, voir qui se mettent à la queue leu leu, façon danse des canards et qui reprennent en coeur « Le petit train s’en va dans la montagne ». Je crois l’avoir fait. L’émotion venait parce que pour la première fois, j’entendais les paroles, je veux dire leur sens. En fait la chanson raconte ni plus ni moins que la déportation des victimes des nazis pendant la seconde guerre mondiale ;


Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants?
Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents
Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Catherine Ringer pousse comme des cris pour ponctuer les paroles à la fin de la chanson, des cris de douleurs. Ça m’a pris aux tripes.

Sinon, j’ai écouté une émission avec Lydie Dattas, elle parlait de Jean Genet, de Pierre Soulages, de la douleur dans laquelle on trouverait la lumière. Pour elle pas de lumière sans obscurité, alors il faut chérir la souffrance dit-elle, une belle vie serait une vie de souffrances. Je cherche présentement la lumière en écrivant. J’ai mis de la musique en même temps, ça peut aider.

Ah si, quand même… !  J’ai lu aussi un passage d’un livre de Pierre Autin-Grenier très drôle ;

« Je ne sais pas ce qui se passe dans le Montana mais jamais personne ne m’écrit de là-bas. Je ne demande pourtant pas à recevoir des lettres de plusieurs pages en provenance directe d’Helena, la capitale ; non, mes espérances sont plus modestes et un simple mot, même d’un type perdu dans les Rocheuses, ferait parfaitement l’affaire. Sur les 808 100 habitants de cet Etat qui compte quelque 381 000 km2, il devrait bien se trouver au moins un individu pour s’inquiéter de moi et me donner des nouvelles du Montana… ».

Ah ! j’ai bien fait d’aller le rechercher, il me fait vraiment rire. J’adore la dérision. Il faut que je lise un des livres de ce type, c’est réjouissant. Jean-Claude Pirotte en a parlé à Thomas Vinau qui en a parlé dans son blog et ailleurs.

Thomas Vinau c’est un grand poète. Je vous le dis. Croyez-moi, le poème du jour que j’ai publié en témoigne. J’ai de l’affection pour lui, on se connait un tout petit peu, mais vraiment très très peu, de très rares mails et une soirée où il est venu présenter un de ses livres dans ma région. On était à tout cassé une quinzaine à venir le voir. Le soir en question je ne me suis pas présenté à lui tout de suite, j’ai attendu la fin de son intervention. Il était venu présenter « Ici ça va », mon livre préféré de lui. J’ai attendu la fin, les autres sont sortis de la salle, nos regards se sont croisés, je me suis avancé vers lui, il était souriant, j’étais un peu intimidé, ça m’a aidé. Je me suis présenté, on s’est serré chaleureusement la main et puis on a bavardé un peu et je lui ai offert le recueil complet des poésies de René Guy Cadou. J’étais content de le lui offrir. Sa poésie me touche. Ça sert à ça la poésie, à contenir notre corps quand il se disloque. J’en lis, j’en lis, une drogue !

J’en écris aussi parfois. Je sais que certain me trouvent excessif, un peu fou, pas qu’un peu même. Je laisse des commentaires et des commentaires sur des blogs, en pagailles, ils pensent que je suis dingue, je leur fait peur. Mon exaltation. Mais que voulez-vous… Je suis comme je suis. C’est con à dire mais que dire d’autre ? Si ils croient que je m’amuse tout les jours avec moi… Eux ne sont pas obligé de me supporter, mais moi, c’est tout le temps. Enfin, heureusement, des fois je me trouve fréquentable. Mon problème, je l’ai déjà dis, c’est que je ne suis pas un saint. Y’en a qui vont se dire, « Vite appeler le 15, il fait un délire mystique ! » mais en fait pas du tout, enfin je ne crois pas, quand on délire on ne le sait pas. On peut en prendre conscience après-coup mais jamais sur le moment. Je précise ma conception du saint ; C’est celui qui ne souffre de rien, il ne connait que l’extase. Pas de démarcation entre lui et le ciel. J’aspire à la sainteté, comme nous tous d’ailleurs. On l’atteint parfois cet état. Parfois on croit l’atteindre grâce aux paradis artificiels. Plus dur est la chute. Moi j’ai laissé tomber. C’est pire que tout. Quand je suis au creux de la vague, je me débats, je fais des gestes dans tous les sens, je lis, j’écris jusqu’à ce que les mots dévoilent la lumière.

comment les mots les plus simples
dévoilent soudain la lumière

le saurons-nous jamais
nous n’apprenons à vivre

qu’avec le murmure et l’éclat
des pluies sur les toits à lucarnes

ou le frisson du vent dans l’ombre
comme une source ou comme un baume

et quelle voix surprise à l’aube
nous invite à nous recueillir
dans l’attente des lointains
ouverts sur l’infini des deuils

***

Jean-Claude Pirotte (né en 1939 à Namur, Belgique) – Passage des ombres (2008)

Trouvé ici ;

https://schabrieres.wordpress.com/2014/09/12/jean-claude-pirotte-poeme-2008/

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2 réflexions sur “Les mots dévoilent la lumière.

  1. J-P Pirotte un des poète préféré de Stéphane si l’on en croit le nombre de ses poèmes qu’il a publié. L’un d’entre eux a eu une grande résonance chez moi, tout comme la phrase de M Duras, « on a le droit de le faire » alors qu’elle parlait de l’écriture dans son livre « Ecrire », le voilà ;

    travaille prends de la peine
    fais des vers de mirliton
    le travail amuse, le ton
    donne du sel à la peine

    tu dis qu’il neige écris-le
    il neigera doublement
    tu dis qu’il vente le vent
    s’emparera de la ville

    tu n’en as plus pour longtemps
    mets de l’ordre dans le temps
    c’est l’hiver – or le printemps
    te refusera l’asile

    ***

    Jean-Claude Pirotte (né à Namur en 1939) – Le très vieux temps (2012)

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