Il fallait perdre son nom…

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Il fallait perdre son nom
pour retrouver son âme
Et jeter l’uniforme pour être un vivant.
L’homme traqué mangeait des mures
Au bord des chemins couverts.
Ayant tout perdu, il retrouvait
La possession des choses
Et la saveur de l’eau
Et la folie du sang.

André Tété, 1899 – 1999, Aumônier du maquis.

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Les naphtalins

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Quand le dernier Teuton fit son dernier sourire,
Que la France eut le droit de rentrer dans l’Histoire
Le maquis devint vite un vague souvenir
Dont tout fut oublié, et la lutte et la gloire.

Galonné qui reste trop longtemps sans servir,
Remets ton uniforme enfermé dans l’armoire,
Les combats sont finis, tu peux donc revenir
Défiler sans pudeur le jour de la victoire.

Celui qui, pour se battre, est parti dans les bois,
En revenant chez lui n’a que regard narquois.
Qu’importe, mon ami, si le bourgeois débine

Ton calot déchiré, ta veste sans couleur,
Car tu n’as que la poudre et le sang comme odeur
Et ce parfum vaut bien celui d’la naphtaline.

L’auteur de ce sonnet est un FFI anonyme qui a vu à la libération des officiers de l’armée d’avant-guerre faire soudainement leur apparition alors qu’ils étaient jusque-là « planqués », voir collaboraient, alors que lui et ses camarades étaient dans le maquis.
J’ai pris la liberté d’appeler ce poème « Les naphtalins ».

Michel A. Gautier, Poche de Saint Nazaire, neuf mois d’une guerre oubliée, p117.

Vouloir tout dire

6a015433b54391970c0168e5575d0d970c-200wi« Vouloir tout dire. Je reprends sciemment le mot d’Eluard. J’ai une tentation de vouloir tout dire. Je veux dire ces planètes, ces soleils qui tournent en nous. Je veux dire ces balbutiements de début d’histoire qui remue dans ma poitrine, je veux ressaisir le profil de l’ours ou du renne dessiné dans la grotte préhistorique, je veux capter le tremblement de la racine dans l’argile, le carbone parmi le minéraux. Mais je veux aussi dire ma lutte, ma présence charnelle dans l’histoire et dans une véritable histoire, parmi tous ceux qui luttent pour, malgré tout, tenter de faire un monde un peu plus harmonieux, un monde plus acceptable, un monde devant lequel on aurait un peu moins la nausée. »

André Laude, extrait de la préface à l’anthologie « Comme une blessure rapprochée du soleil » édité en 1979 à la pensée sauvage. Remarque, le poème d’Éluard a pour titre non pas « Vouloir tout dire » mais « Pouvoir tout dire ».