Cependant il faut vivre…

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Lola

« Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices !
Qu’il est dur d’éprouver, après tant de délices,
Les cruautés du Sort !
Fallait-il être heureuse avant qu’être coupable ?
Et si de me haïr, Amour, tu fus capable
Pourquoi m’aimer d’abord ?

Que ne punissais-tu mon crime par avance !
Il est bien temps d’ôter à mes yeux ta présence,
Quand tu luis dans mon coeur !
Encor si j’ignorais la moitié de tes charmes !
Mais je les ai tous vus : j’ai vu toutes les armes
Qui te rendent vainqueur.

J’ai vu la beauté même et les grâces dormantes.
Un doux ressouvenir de cent choses charmantes
Me suit dans les déserts.
L’image de ces biens rend mes maux cent fois pires.
Ma mémoire me dit :  » Quoi! Psyché, tu respires,
 » Après ce que tu perds ? « 

Cependant il faut vivre; Amour m’a fait défense
D’attenter sur des jours qu’il tient en sa puissance,
Tout malheureux qu’ils sont.
Le cruel veut, hélas ! que mes mains soient captives.
Je n’ose me soustraire aux peines excessives
Que mes remords me font. « 

C’est ainsi qu’en un bois Psyché contait aux arbres
Sa douleur, dont l’excès faisait fendre les marbres
Habitants de ces lieux.
Rochers, qui l’écoutiez avec quelque tendresse,
Souvenez-vous des pleurs qu’au fort de sa tristesse
Ont versés ses beaux yeux.

.

Jean de La Fontaine, extrait des amours de psyché et Cupidon.

 

 

« Une rivière de sperme »*

Quand Marine Le Pen nous invite à lire ou à relire un roman dans lequel l’auteur parle des migrants comme d’une vague « puante », « une rivière de sperme », « des rats », « un boa humain affamé » s’échouant sur les côtes provençales avec la complicité des Français « bougnoulisés »**, je vous invite à lire ou à relire ce poème d’André Laude sur le même sujet et à ne jamais céder à la haine ;

j’ai pris le train des émigrants
chacun gardait au creux de la paume
un peu de terre natale
qu’il pétrissait en la mouillant de larmes secrètes

chacun diminuait à mesure
que le pays s’éloignait
dans les yeux des interrogations
dans le coeur une sourde lanterne

j’ai pris le train des émigrants
De beaux enfants bruns et insouciants
riaient comme des jeunes pousses
en demandant des explications

j’ai pris le train des émigrants
Turcs Portugais Arabes
l’odeur de tabac et des corps
Et dans le noir du sommeil une guitare de nostalgie.

André Laude, Vers le matin des cerises.

*Jean Raspail, Le Camp des Saints

**http://www.20minutes.fr/monde/2025935-20170307-comment-roman-francais-prise-fn-influence-conseiller-donald-trump-steve-bannon

Nuit tragique

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Elena Helfrecht

Quatre heures du matin, un couteau dans la main
que tu tiens fermement tout au fond d’une poche,
Tu marches dans la ville où chapardait gavroche,
Mieux vaut que personne ne croise ton chemin.

Dans ton coeur a grandi la haine des humains
Depuis qu’un enseignant alors que t’étais mioche
T’a à moitié sonné d’une grande taloche
Parce que tu rêvais pendant un examen.

Tu sors ton cran-d’arrèt, en libère la lame,
lacère les visages enjoués des réclames,
Avant de les brûler avec ton vieux zippo.

Tu ramasses un mégot qu’aussitôt tu rallumes,
Cure* dans le casque, tu pousses le volume,
Puis de ton avant-bras, tu t’entailles la peau.

Créer

J’écoute le canon de Johann Pachebel,
un morceau sublime qui apaise mon âme
Assaillie ces jours-ci par des douleurs infâmes,
Me faisant désirer la destinée D’Abel.

Je fais souvent appel à quelques décibels
Quand perclus d’angoisse, ma naissance je blâme,
Toutes les musiques (très fournie est la gamme),
Mériteraient d’avoir, de la paix, le Nobel.

Elles ne sont pas seules à posséder ce charme
d’apporter un soutien à qui n’a plus de larmes,
L’art sous toutes ses formes a cette qualité.

Parfois je dois créer pour trouver la quiétude,
Mais cela demande d’entrer en solitude,
Or mon temps pour le faire est bien trop limité.

Pour Lola ;

https://misstakeontheropeblog.wordpress.com/2017/03/02/urgence-chambre-9/