Lorsque j’écris…

Lorsque j’écris, je ne fais rien d’autre que d’arpenter mon trottoir.
Mon stylo est une paire de Jimmy Choo.
Des talons hauts, pour marteler les mots.
Ecrire, c’est faire la pute de façon très mondaine.
S’écarteler jusqu’au tréfonds de soi.
Et emballer ses tripes dans un papier de soie, pour faire joli.
Que suis-je, sinon ce quartier de viande pendu à l’étal d’une boucherie.
Ecrire, pour moi, c’est cela.
Tout montrer, jusqu’à l’indicible, et se rhabiller, les larmes aux yeux.

A.

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10 réflexions sur “Lorsque j’écris…

  1. En écho…

    « Flâner chez les bouquinistes  »

    Une affaire de hasard. Vous avez, par chance, un peu de temps libre, de manière imprévue. Entre deux rendez-vous, ou parce que les transports sont en grève. Ou comme ça, en passant. Rien de prémédité en tous cas. Et vous vous retrouvez chez des bouquinistes. Laissons la ville, le quartier, le pays ou la saison. Village de livres, boutique unique ou rue spécialisée, la seule chose qui vaille est que vous entriez, tout entier, dans la ronde des titres.
    Vous passez de rayon en rayon, d’étagère en étagère, d’un mur à l’autre. Vous ne cherchez rien de particulier. Et vous vous sentez sollicité par des titres, des auteurs, des personnages. Comme si chaque livre vous interpellait, essayant de vous attirer à lui. Vous devinez derrière chaque couverture, comme derrière autant de fenêtres closes et de volets tirés, des vies entières, des souffles. Dans chaque volume, des destins vous attendent. Petits destins de trois fois rien, fatalités de passage. Qu’importe. Si vous entrez, vous serez emporté, assez longtemps, assez loin.
    Mais la concurrence est rude. Parmi ces milliers de volumes, lequel allez-vous suivre ? Vous percevez, de proche en proche, les murmures de tous ces titres en train de racoler. « Tu me lis, mon chou ? », « Emmène-moi, tu ne le regretteras pas… », « Si tu m’entrouvres, c’est sûr que tu n’arrêteras plus!  »  » Je n’attends que toi ! Prends-moi ! Prends-moi ! ». Vous passez vite et de loin d’un chuchotement à l’autre. Vous entendez les voix basses, vous respirez les haleines tièdes des textes qui s’offrent.
    Alors vous percevez directement cette vérité : la littérature est prostitution. Au moins en un sens. Chaque histoire imprimée est une pute qui tente de se faire remarquer, de capter un moment l’esprit qui passe, de se prolonger dans une attention prêtée. L’ensemble des arts est d’ailleurs ainsi : les œuvres chuchotent toutes des obscénités à voix basse, et le regard passe en glissant de l’une à l’autre.
    Vous finirez peut-être par considérer les librairies comme des bordels, les expositions comme des partouzes, la culture comme une orgie. Même si votre moment de liberté s’achève, les appels continuent. Et vous éprouvez pour les artistes une profonde compassion.

    RP Droit, 101 expériences de philosophie quotidienne.

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      1. Dans le terme séduire, il y a son étymologie latine, « seducere » : entraîner quelqu’un à commettre des fautes, faire s’égarer, abuser, déshonorer… voire « amener à l’écart, détourner du droit chemin ». Une dimension morale donc… liée aux mêmes chemins arpentés sans relâche par les péripaticiennes ? Pour moi, il y a donc une forme de prostitution, oui. Mais je n’y mets en revanche aucune dimension morale ou moralisante. C’est la crudité de la réalité… Reste qu’on peut ne pas être d’accord avec ce postulat, bien sûr 🙂

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      2. Vous êtes intransigeante, vous aussi. Et vous avez raison. Il y a du mensonge dans la séduction. Mais il manque un mot qui marquerait simplement l’élan qu’on peut érpiyver pour quelqu’un qui ne cherche pas à séduire. A moins que ce cela n’existe pas ?

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      3. Intransigeante, je ne l’espère pas, non. En tous les cas, je cherche à travers le dialogue avec d’autres non pas à transiger, mais à statuer. Faire état de ce qui est, ou du moins qui peut-être… je doute de tout, Aldor ! 🙂 Comme je doute que nous ne cherchions pas à séduire, et de l’élan « spontané » que vous évoquez. Point de nihilisme et d’intransigeance dans tout ça, mais la volonté d’être éclairée par la lucidité, celle que Borges appelait « la plus belle des lumières ». Et qui pour moi peut peut-etre ensuite devenir source de choix, d’acceptation d’autrui. Sans jugement, et joyeusement. Le « gai savoir » dont parlait Nietzsche ? C’est un idéal pour moi, dans tous les cas.

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