Vie de joie

Après le déluge
Après le déluge le soleil brillait trop. Par dessus les ruines étincelantes, le ciel était bleu comme un gyrophare des urgences qui ne viendrait sauver personne.

Thomas Vinau

Pour ceux qui ne le savent pas, je consulte quotidiennement le blog de Thomas Vinau. Il y publie presque chaque jour une poésie ou un clip de musique ou encore y donne rendez-vous à ses lecteurs dans les librairies et autres lieux où il est invité pour parler de ses livres. Je le faisais déjà avant de créer cet espace d’écriture, il a un lien avec le sien, je ne vais pas raconter l’histoire une nouvelle fois, elle est dans mon article inaugural, ici.

Ce matin, j’ai eu un mal fou à sortir de mes lectures de poésie, dont celle-là, pour aller travailler. Il a fallu que je me fasse violence. En retard, je me suis mis en mode robot, surtout ne pas me poser la question de savoir si ça valait vraiment le coup d’y aller, ne faire que répéter les gestes que je fais tous les matins où je vais au boulot « Se laver, s’habiller, prendre son téléphone et ses clefs et en voiture », sauf que dans l’empressement, j’ai oublié de prendre mon sac dans lequel j’avais mon agenda et des papiers importants pour ma journée. Je ne me rend compte de mon oubli qu’une fois assis à mon bureau. Je devais animer une réunion avec des personnes extérieures à l’établissement que j’avais invité, et qui risquaient donc de s’être déplacées juste pour se rendre compte que j’étais à côté de la plaque. Je ne pouvais pas rentrer rechercher mon sac parce que le trajet est trop long pour que je le fasse pendant ma pose méridienne. Vie de merde.

Pas le temps de me prendre la tête plus longtemps, il fallait que j’assure une séance de rééducation, puis une seconde et ainsi de suite jusqu’à midi. Je ressort de cette matinée dans un tout autre état d’esprit celui dans lequel je l’avais commencée. Même si parfois j’ai du mal à quitter mes lectures et écritures, j’aime le contact de mes « patients », leur simplicité, leur naturel, mais me reviens en tête ce problème de réunion. Je décide de tenter le tout pour le tout, de réécrire vite fait mon document avec les éléments que j’avais en mémoire et tant pis si il est un peu bancal, j’y passe toute ma pause, je me contente d’avaler un plat froid au lance-pierre.

Finalement tout c’est très bien passé, au-delà de mes espérances même, personne ne s’est rendu compte que je rêvais qu’ils ai tous un empéchement quelques minutes avant. Une fois rentré chez moi, je me suis dit que j’avais tendance à me noyer dans un verre d’eau. J’étais vraiment requinqué, mon projet que je croyais mal parti avant même que j’oublie mes papiers reprenait des couleurs, la grisaille du matin était passée. En fait, ce sont les personnes dont je m’occupe qui m’ont redonné du courage.

Quand on nait avec un handicap, qui plus est mental, on aurait des milliards de raisons de baisser les bras, mais eux non, ils encaissent le fait d’être en incapacité de faire la plupart des choses que tout le monde sait faire autour d’eux, et ce depuis l’enfance ; ils ont regardé les autres apprendre avec fierté à lire, à écrire, à compter, etc…, etc… pendant qu’eux apprenaient qu’ils étaient incapable de le faire. Ils ont supporté les regards moqueurs de ces mêmes personnes, leurs insultes parfois. Ils encaissent aussi le fait qu’ils n’auront jamais, à part quelques rares exceptions, la vie dont chacun rêve, ou presque, qu’ils n’auront pas de conjoints, qu’ils ne se marierons pas comme leurs frères et soeurs, et ils savent surtout qu’ils n’auront pas d’enfants. La plupart du temps, quand exceptionnellement ça arrive, on les leur enlève dès la naissance, n’étant pas en capacité de s’en occuper.

Oui, ce matin, c’est eux qui m’ont porté. Dès que je les ai vu dans le couloir attendre que je les accueille, j’ai arrêté de me plaindre, je me suis oublié dans leurs sourires. Grâce à eux le ciel est redevenu « bleu comme un gyrophare des urgences qui ne viendrait sauver personne ».

 

3 réflexions sur “Vie de joie

    1. C’est vrai que c’est mieux dans ce sens là. J’ai entendu quelqu’un dire récemment que souvent il finissait ses journées découragé et que la nuit passé, il retrouvait des forces, un jour nouveau. J’y suis, c’était un médecin généraliste très dévoué qui exerçait dans une ville sinistrée par le chômage dans le nord de la France. C’était sur France 2, en début d’après-midi, un samedi, un très bon reportage. Si je l’ai trouvé si bon, c’est qu’il montrait une facette du personnage que l’on ne voir pas habituellement dans ce genre de documentaires, où on aime les Superman, on voyait sa fragilité, il en parlait, il a parlé de moments qui ont été très difficile moralement pour lui, des « burn out », comme il y en a souvent dans le personnel médical et psycho social. Il ne se considérait pas du tout comme un héros et il était convainquant, les héros c’étaient ceux qu’il écoute, qu’il soignait, c’était un peu la même chose que ce que j »exprime dans ce texte finalement.

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s