Dupanloup l’ambitieux

remenbrance
Clovis Trouille, Remembrance, détail.

Dupanloup désire devenir cardinal
Mais il est maintenu à son grade d’évêque,
Déçu, il menace de se rendre à la Mecque,
Ou pire, de chanter « C’est le combat final ».

Son supérieur l’aurait dans l’orifice anal
Car il lui ramène des montagnes de chèques,
Aussi autour et d’un verre et d’un morceau de cake
Il lui fait miroiter un destin national,

Puis lui offre sa cape en gage de confiance.
L’ambitieux la porte quand le fuit la patience,
Au-dessus d’un corset à la couleur saumon.

Des bas violets fixés au bout des jarretelles,
Il se fait appelé « Seigneur Jésus-Christelle »
Par des enfants de choeur déguisés en démons.

Dupanloup célèbre des funérailles

mes_funerailles-4
Clovis Trouille, Mes funérailles

Le suicide touche les as du cinéma,
Quand bien même ils sont forts et dans la fleur de l’âge,
N’ont fait de leur visage, aucun remodelage
Qui les rendent plus laids, et n’ont pas d’eczéma.

Ainsi, un comédien, fidèle à ce schéma,
Fut trouvé, les orteils, frôlant le carrelage,
Avec autour du coup, un fatal ficelage
Et dans sa main un mot, pour les fans qu’il aima.

Trois d’entre elles étaient là, pour son dernier voyage,
Etrangements vêtues du plus simple habillage,
Suite à l’intervention du père Dupanloup :

Quand il les vit prier autour du sarcophage,
Le curé s’empressa d’augmenter le chauffage
Jusqu’à ce qu’elles aient les habits des zoulous.

 

Dupanloup attire les foules

le_confessionnal
Clovis Trouille, Le confessional

Depuis qu’on a nommé un nouveau confesseur,
L’église se remplit de très nombreux fidèles,
Dont certains proviennent d’éloignée citadelles.
Mais qu’a t’il de plus que son prédécesseur ?

D’un atout essentiel, il est le possesseur ;
Le divin l’a doté d’une grande chandelle,
Lorsque son paternel découvrit le modèle,
Il n’en cru pas ses yeux, et c’est un connaisseur !

Dupanloup  voit passer surtout des pénitentes,
Car peu sont les hommes, que le long pénis, tente,
Préférants se tenir hors du confessionnal ;

Pendant que les voyeuses, à genoux se confessent,
Les mâles en profite pour reluquer leurs fesses,
Spectacle qui ravit aussi le cardinal.

L’esthète

dent-action-figure

tytempletonart.wordpress.com

Du fait que c’est un grand esthète,
Mais qu’il n’a pas un corps d’athlète,
Les miroirs de sa résidence
Son recouverts d’une serviette.

Un cœur intelligent

 

qqMPO

Sans domicile et sans argent,
Il vit dans la peur des agents,
Même s’il n’est pas à la fête,
Il se sent mieux qu’à Abidjan

Il fait partie des indigents,
Qui viennent en grands contingents,
Sur des nefs souvent obsolètes,
De pays loin d’être émergents.

En Italie, les dirigeants,
Ne sont plus du tout obligeants,
Et ils ont mis sur la sellette
L’une d’elles, les dérangeant.

Manu les jugea affligeants
D’ignorer un secours urgent,
Mais n’a pas pris sous sa houlette,
L’arche de migrants émargeant.

Il eût fallut, en s’en chargeant,
Avoir le cœur intelligent,
Au lieu de crier à tue-tête
Que l’extrémisme est résurgent !

Dupanloup prie pour son salut

 

pius-ix-3
Pays de poésie, Cochonfusius

Dressé dans sa chaire, l’évêque d’Orléans
Distille ses conseils aux ouailles du diocèse,
Il leur recommande abstinence et ascèse
Afin de se soustraire au sort des mécréants.

À la fin du sermon, il pose son séant
Sur un coussin douillet, qui, ses douleurs, apaise :
La veille, sur l’autel, lors d’une orgie à seize,
Il fit le chandelier pour des cierges géants.

Dupanloup ne craint pas la sentence de Pierre,
Car pendant ses ébats il se fends en prières
Destinées au salut d’un enfant de salaud ;

Un bourgeois l’a conçu avec une manante,
Qui l’éleva seule car il prit la tangente,
D’avoir été renié, de Felix, c’est le lot.

À cloche-pied

Cloche-Pied
À cloche-pied

Jeudi soir je suis allé à la fête de la musique sur le port. La circulation était fermée, la température était idéale, les promeneurs portaient des tenues d’été, un vent tout doux caressait la peau tout en faisant flotter des étendards nationaux alignés au bout du quai ainsi qu’un drapeau arc-en-ciel qu’un particulier avait hissé devant sa maison, sans oublier les robes légères, un groupe jouait des standards de Jazz façon reggae, un jeune homme proposait à des inconnus de se servir dans sa barquette de frites, par pure générosité, bref, tout était en place pour que je jouisse d’un moment agréable et pourtant je n’ai pu réfréner un accès de mélancolie qui s’est manifesté dans mon esprit par l’irruption d’une phrase d’Arthur Rimbaud d’Une saison en enfer : « La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde ». J’ai par la suite croisé des amis, nous avons discuté et cette pensée s’est effacée aussi vite qu’elle était venue.

Hier, vendredi, j’ai entendu une autre phrase à l’intérieur de moi, « J’écris pour ne pas crier », elle n’est pas de Rimbaud, ni de quiconque à ma connaissance, je faisais sa découverte. Peu avant, j’avais justement eu envie de crier comme pour me libérer d’une angoisse, comme on cri devant une vision d’horreur.

Aujourd’hui après avoir passé ma matinée à chercher des vers, je me suis demandé si je l’avais fais pour m’extraire du monde ou à l’inverse pour me fondre avec lui. La question est de savoir ce que l’on met derrière le mot « monde ». Si l’on considère les « choses » de l’esprit comme étant le monde alors quand on écrit on fait corps avec lui, d’ailleurs quand quelqu’un est pensif ne dit-on pas qu’il est dans son monde ?

Mais cette expression m’amène à une nouvelle réflexion à cause du pronom personnel qui précède « monde », chacun aurait un monde qui lui est propre. Il y aurait donc, le monde, un espace commun à tous les hommes, un espace à la fois géographique et relationnel qui nous met en lien avec le reste de l’humanité et son monde, un espace immatériel, mais relationnel aussi, qui ne nous fait cependant communiquer qu’avec cette entité que l’on appelle parfois « nous-même ».

Il me semble que ces deux espaces sont indispensables l’un à l’autre. Je ne peux pas me satisfaire de mon monde, il me faut parfois en sortir, aller dans le monde pour trouver du bonheur et inversement, et puis l’un se nourrit de l’autre. Je puise dans le monde matière à réflexions, il alimente mon monde en pensées, et le fruit de mes réflexions influence ma manière d’être dans le monde.

Si on néglige l’un des deux mondes, on souffre.

Il faut savoir passer de l’un à l’autre.

C’est un peu comme quand on marche, on pose alternativement nos pieds devant nous pour avancer. On peut avancer à cloche-pied mais on va bien moins vite et surtout bien moins loin car ça devient vite douloureux.

J’ai trop longtemps avancé à cloche-pied.