Camping paradis

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Camping Ferme de Villeneuve, Saint-Andre-d’Allas.

Je viens de quitter le camping dans lequel je séjournais depuis une petite semaine. C’est ma fille qui l’avait choisi. Elle a douze ans et rêve depuis quelques années d’être propriétaire d’un de ces lieux de villégiature en plein air.

Partout où l’on installe nos tentes, elle observe le fonctionnement de l’endroit dans les moindres détails. Elle est devenue si experte qu’on lui fait confiance pour sélectionner nos destinations estivales. Son choix s’est donc arrêté cette année sur ce camping à la ferme, situé dans le Périgord. Ses trois critères principaux de séléction sont la piscine, le cadre et l’ambiance. Pour ce qui est du premier, il y en avait deux, dont une à débordement, ce qui est visuellement du plus bel effet, on croirait un plan d’eau naturel, le bleu turquoise en plus. Elles étaient situées en contre-bas d’un bâtiment tout en longueur qui faisait tout à la fois l’accueil, le bar, le restaurant, la salle de jeux, et dont une grande terrasse couverte offrait une vue sur les bassins ainsi que sur l’autre versant de la vallée où se dressait un château médiéval. En dehors de cet édifice, aucune autre construction, à perte de vue des collines boisées, un régal pour les yeux, surtout au petit matin quand des halos de brume venaient s’accrocher à la vielle bastide.

Je m’installais sur la terrasse de bonne heure pour écrire en tout quiétude, alors que la réception était encore fermée. Mais parfois j’y restais jusqu’à tard dans la matinée avec mon ordinateur portable ouvert devant moi. Au moment de l’ouverture, je migrais juste vers une petite table à l’intérieur pour être plus au calme et surtout pour brancher au secteur mon appareil dont la batterie a tendance à se décharger rapidement. À cette heure-là, le directeur du camping, mon homoprénonyme, Vincent, était derrière le bar à quelques mètres de ma table d’écriture. Aussi ai-je été un auditeur involontaire des discutions qu’il avait avec ses clients. Les échanges étaient chaleureux, j’ai pensé le premier matin qu’il s’agissait de ces quelques habitués que l’on trouve dans tous les campings, qui ont lié des liens étroits avec le patron au fil des années, mais le lendemain, rebelote, d’autres têtes mais toujours cette impression que ses copains venaient lui rendre visite, et ainsi de suite les jours suivants, même les enfants s’adressaient à lui comme si il était un de leurs potes, en fait il n’y avait pas besoin d’avoir passé ses dix dernières vacances d’été sur son terrain pour nouer des relations amicales avec le personnage, j’en ai fait l’agréable expérience. C’est quelqu’un de gentil, je pourrais en dire autant de tout son personnel. Par exemple, comme je me levais tôt je croisais le matin la dame qui nettoyait les sanitaires, une tâche qui n’est pas la plus agréable qui soit. Pourtant, chaque fois, elle m’offrait son beau sourire. J’aurais bien d’autres exemples à vous donner de la gentillesse ambiante, dont celui-là : un matin, un campeur s’est présenté à Vincent à l’ouverture des portes, Vincent l’a accueilli avec son entrain habituel mais il a vite constaté que son interlocuteur ne tenait pas la grande forme. « Ça va ? » lui a-t’il demandé, l’autre lui a répondu que non, « Mais qu’est-ce qui ne va pas ? » a t’il poursuivi avec de la compassion dans la voix, le vacancier lui a alors expliqué qu’il devait partir précipitemment parce qu’il s’était disputé avec son épouse. Il était tout gêné de devoir annuler ses réservations mais le responsable des lieux à été tout de suite rassurant et a tout fait pour ne pas que ce soit un problème qui vienne se rajouter à ses déboires conjugaux.

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Un jour, Vincent a fait allusion au fait que j’étais souvent devant mon clavier, je lui ai expliqué que j’écrivais. J’ai précisé que c’était quelque chose que je ne pouvais pas m’empêcher de faire et il a ajouté « Oui, Il faut que ça sorte ». J’ai compris qu’il avait compris car c’est exactement cela, une impériosité à se vider de quelque chose. Pour le dire de manière imagée, j’ai utilisé il y a quelques années la métaphore d’un barrage dont il fallait ouvrir les vannes pour ne pas qu’il cède sous la pression, mais j’ai trouvé une image plus juste et plus complète chez Maître Ekhart, un mystique rhénan du 13 ème siècle, dans un sermon intitulé « Fais le vide afin d’être comblé », il a aussi utilisé l’image d’un récipient, « Aucun récipient ne peut contenir deux boissons différentes. S’il doit contenir du vin, il faut nécessairement le vider de son eau. Il faut que le récipient soit nu et vide. C’est pourquoi, si tu veux recevoir la joie divine de Dieu, il faut nécessairement que tu le vides des créatures. ».

Je ne sais pas si ce penseur acquiescerait à l’idée selon laquelle mes écrits sont des « créatures » (ce sont aux moins des créations), mais toujours est-il qu’une fois que je les ai fait, j’éprouve quelque chose qui s’apparente à de la joie.

 

 

 

ROCK ON !

 

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Photos Carole ÉPINETTE

Hier, je me promenais dans Sarlat, une petite ville trop touristique du Périgord (les rues étaient bondées et je passais plus de temps à essayer d’éviter les passants qui arrivaient en sens inverse qu’à apprécier l’architecture du lieu) quand il s’est mis à pleuvoir comme Mirabelle qui pisse. Je me suis alors empressé de trouver un abri, le premier porche venu fit l’affaire. Par chance, il s’agissait de l’entrée de l’exposition de photographie « ROCK is DEAD » de Carole ÉPINETTE, une photographe professionnelle qui consacre son art aux stars du rock depuis une vingtaine d’années. J’ai été troublé par son travail, les émotions ressenties pendant les concerts auxquels j’ai pu assister me sont revenues en pleine face.

Le rock et moi s’est une histoire d’amour qui dure depuis mon adolescence, époque à laquelle j’ai découvert le mouvement punk via des groupes comme The Clash et les Sex Pistols.

À la fin du concert, heu… lapsus !, de la visite, j’ai acheté le livre dans lequel on retrouve les clichés de l’exposition pour l’offrir à un couple d’amis grands amateurs, eux aussi, de ce genre musical. Sans que j’en dise plus sur les destinataires du cadeau, l’auteur leur a fait cette dédicace ;

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Je ne crois pas qu’on aurait pu formuler un voeu plus approprié, mes amis ayant connu l’immense douleur de voir s’éteindre deux de leurs petites étoiles.

 

 

 

Une fenêtre sur la cour

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Hier, je suis allé visiter les jardins de Marqueyssac dans le Périgord. L’entrée étant située au même niveau que la sortie, à peine ai-je pénétré dans le lieu que j’ai repéré le livre d’or du domaine. Je n’ai pas pu résister à la page blanche qui me tendait les bras et je me suis empressé de saisir le stylo pour y écrire quelque chose. Comme je n’avais encore rien visité, il m’était difficile de faire un commentaire alors j’y ai inscrit une citation de Georges Bataille qui me revient souvent en tête, « Ma rage d’aimer donne sur la mort comme une fenêtre sur la cour », elle est extraite de La somme athéologique. Pour la petite histoire, après la visite, alors que je m’apprêtais à y laisser un nouveau commentaire, un vrai cette fois, j’ai constaté avec un grand plaisir que le premier avait été annoté avec beaucoup d’humour, par un professeur sans doute, dommage qu’il n’ai pas eu d’encre rouge sous la main ;

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Georges Bataille a été séminariste avant de retourner complètement sa soutane pour s’adonner à des pratiques occultes et fréquenter assidûment les lieux de perdition. Outre des essais, il a publié quelques romans, dont le plus célèbre est « L’histoire de l’oeil », un récit qui n’a rien à envier aux textes les plus obscènes et anticléricaux du marquis de Sade, il le dépasse même dans la transgression, c’est peu dire, et pourtant, comme en témoigne la citation ci-dessus, sa pensée est digne de celle des plus grands mystiques, tels Sainte Thérèse d’Avila ou Saint Jean de la Croix, qu’il admirait.

Cette phrase m’évoque une autre de René-Guy Cadou, qui lui est venue alors qu’il se savait condamné par un cancer, « Le temps qui m’est donné, que l’amour le prolonge ».

On a tous cet espoir que la mort nous offrira pour toujours la plénitude.

La semaine dernière, alors que j’étais auprès de ma mère, très affaiblie par la maladie, j’ai vu un sourire sur son visage endormi et je me suis mis à réver que bientôt, le plus tard possible, cette expression restera à jamais gravée sur ses lèvres.

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Le sourire de l’ange, Cathédrale de Reims

 

L’amour d’une mère

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Gustav Klimpt, Mère à l’enfant, détail.

Cette nuit, pendant un moment d’insomnie, j’ai pensé aux paroles d’une chanson d’un groupe de RAP que j’ai entendu recemment et que j’ai mis en lien ici,

Que Dieu nous pardonne pour nos crasses
Pour notre manque de compréhension
Envers l’Homme et sa putain d’race

Le groupe s’appelle PNL, il est composé de deux frères issus des Tarterêts, une cité emblématique des banlieues. Leur père est un ancien braqueur et l’un d’eux a été condamné à de la prison pour avoir fait du traffic de cannabis. Ils ont adopté les codes du RAP ; corps bodybuildé, chaine-en-or-qui-brille, lunettes de soleil,  verlan et langage grossier. À priori on ne s’attend pas à  les entendre chanter ce genre de textes qui s’apparente au début du Notre Père, « Notre père qui êtes au cieux pardonnez-nous nos offenses… ».

J’y ai pensé parce que j’éprouve parfois contre certaines personnes de l’animosité. Ça n’est pas gênant quand on a pas à vivre ensemble comme au travail ou dans une famille par exemple, on peu alors s’arranger pour changer de trottoir, sinon c’est beaucoup plus compliqué, cela constitue un handicap important pour mener à bien des projets, mais il y a surtout que c’est un sentiment très désagréable dont chacun aimerait se débarrasser, ça n’est pas si simple de le faire sinon l’harmonie régnerait sur la terre. Quel est la solution ?

Ma mère, qui est gravement malade, m’a dit l’autre jour qu’on ne devrait jamais dire du mal des gens, de qui que ce soit. Elle voulait dire par là que chacun était digne de respect de par sa nature profonde qui est la bonté. Certains vont penser que c’est de l’angélisme, moi je crois que c’est vrai. Ça ne veut pas dire que l’on doit se laisser écraser par les autres, ce serait manquer de respect envers soi-même, ça veut dire qu’il faut toujours considérer les autres avec de l’indulgence, la même indulgence que ces chanteurs ou ceux qui récitent le Notre-père attendent de Dieu. Mais voilà qui ne fait pas avancer le « Schmilbick », comment se débarrasser de sa haine ?

Je sais que je parviens à m’apaiser quand j’écris. Quand j’y suis parvenu, je m’avance de nouveau vers les autres avec allégresse, je me sens apte à tout leur pardonner.

Mais en quoi cela consiste-t’il « écrire » ?

Je dirais que je rentre à l’intérieur de moi, que je m’enfonce en moi jusqu’à ce que j’y trouve quelque chose de réconfortant comme l’amour d’une mère.

Panser la peine

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The sick girl, Michael Ancher

Cela fait quelque temps que je n’ai pas écrit occupé que j’étais à assister depuis une dizaine de jours, 24 heures sur 24, un de mes proches très gravement malade. J’ai juste pris une soirée et une journée de repos. J’ai décroché hier, une fois le relais passé à un autre accompagnant.

Ce qui a été le plus usant c’est l’impact psychologique. J’étais auprès de cette personne quand au milieu de la semaine dernière les médecins lui ont appris une rechute de son cancer et pourtant cela a créé un tel boulversement que j’ai l’impression que cela fait au moins un mois.

Elle ne s’attendait pas à cette annonce, vu les informations très rassurantes que lui avait donné le corps médical ces dernières semaines sur son état de santé. Plus dur est la chute. Je crois que c’est cela qui a été le plus éprouvant finalement, la « gestion » du choc psychologique et pas le temps passé à s’occuper des tâches quotidiennes, des tâches administratives pour obtenir des aides à domicile, l’aménagement de sa maison pour qu’elle puisse y rester selon son voeu le plus longtemps possible, etc.., etc.. .

Pour ma part, j’ai aussi été secoué par le diagnostic plus qu’alarmant fait par le radiologue suite au scanner mais je n’ai pas été étonné, je trouvais que depuis l’annonce de sa maladie, il y a une dizaine de mois, son état de santé se dégradait malgré les soins dont elle bénéficiait, chirurgie d’abord puis chimiothérapie. Je prenais avec beaucoup de réserves les comptes rendus qu’elle me faisait de ses visites chez les médecins. Elle, en tous les cas, croyait à la rémission qu’on lui laissait entrevoir.

J’en veux à l’environnement médical pour le fait qu’il ne l’ai pas suffisamment préparé à cela, pourtant certains symptômes auraient dus les inciter à le faire, mais selon lui tout allait bien, on pouvait désormais s’intéresser à des choses annexes, tel l’état de sa vaccination… Mais bon, l’heure n’était pas à la polémique, elle ne l’est toujours pas, l’heure est à l’accompagnement.

Mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de déplorer le peu de cas qui a été fait de la dimension psychologique, j’ai pu le constater lors de mes rencontres avec les médecins. Les soignants n’ont pas le temps, ou ne prennent pas le temps de prendre en compte cet aspect de la maladie, car c’en est un, à part entière, chacun sait combien le psychologique impact sur le somatique. Je me demande même si ça n’est pas pour gagner du temps qu’ils ont enjolivé le tableau noir, quand on dit que tout va bien à quelqu’un, il n’a pas de raison de s’inquiéter, de poser des questions, de fondre en larmes devant soi, on a pas besoin de panser sa peine de son écoute, et ainsi on peut continuer à essayer de faire désemplir la salle d’attente.

Je sais que ce cas ne les reflète pas tous, fort heureusement, mais on constate globalement une dégradation de notre système de santé, la conséquence des restrictions budgétaires.

Pour être malade de nos jours, mieux vaut être en bonne santé.