Aide-toi, les autres tu aideras

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Photo Claude BASSET

Je suis sur un petit nuage. La cause en est qu’hier a eu lieu le triathlon de La Baule auquel j’ai participé avec dix-huit travailleurs de l’ESAT. C’est la quatrième fois consécutive que nous nous y inscrivons et chaque année l’engouement pour l’épreuve se fait plus grand parmi les personnes handicapée que j’accompagne. J’ai obtenu par le comité handisport, à la dernière minute, de pouvoir engager deux équipes supplémentaires par rapport à notre quota qui est de cinq. J’ai bataillé pour cela, et pour plein d’autres choses d’ailleurs qui mériteraient aussi d’être racontées, peut-être plus tard.

Cette année, il a fallu faire preuve d’un peu plus de courage que lors des trois dernières éditions pour se jeter à l’eau en raison d’une météo particulièrement difficile, le vent et la marée creusait la mer, la houle avoisinait un mètre cinquante et les vagues étaient très rapprochées. Beaucoup de concurrents ont abandonné dont des valides aguerris. Sur nos six nageurs, seulement deux ont réussi à rejoindre l’arrivée et pour cela il ont du faire preuve d’une volonté peu commune.

J’ai accompagné l’un d’eux, nous étions suivi de près par un secouriste à califourchon sur sa planche de sauvetage. À plusieurs reprises, voyant notre nageur boire la tasse, il lui a demandé si il souhaitait qu’on le ramène à terre, et ce dernier, invariablement, affichait son refus d’un signe de la tête et non pas en prononçant un « non » pour ne pas s’essouffler d’avantage ou pour éviter de boire une nouvelle tasse. Le sauveteur aurait été plus rassuré de voir André sur la terre ferme, mais à sa mine, je constatais aussi son admiration devant la ténacité du bonhomme. Les vagues nous submergeaient par moment alors même que nous nous étions éloigné de la plage et à chaque fois que l’on ressortait la tête de l’eau, je demandais à mon protégé si ça allait et il me faisait la même réponse qu’à la personne qui assurait la sécurité des nageurs.

Bon an mal an, nous avons atteint la première bouée à à peu près deux cents mètres du départ. André s’y est accroché quelques secondes pour reprendre souffle et un peu de forces et nous sommes repartis sur une centaine de mètres en direction de la seconde bouée avec les vagues qui ne nous arrivaient plus de face mais de travers, ce qui était moins difficile à gérer. J’ai cru à son passage (nous retournions vers la plage avec le vent et le courant enfin avec nous) que ce serait maintenant une partie de plaisir mais si les éléments nous poussaient vers le bord, les vagues nous recouvrait quand même parfois, j’ai été soulagé quand  j’ai senti le sable sous mes pieds. Nous étions les derniers dans l’eau, les quelques huit cent autres concurrents nous avaient précédé, mais nous avons été copieusement applaudis par les sauveteurs en mer d’abord et en particulier par notre ange gardien qui a également penché la tête en avant en fermant les yeux, le pouce levé, en signe de respect, et par le public.

La combativité des personnes handicapées que j’encourage à participer, c’est ce qui frappe à chaque fois les accompagnateurs que je sollicite et qui ne connaissent pas ou peu le milieu du handicap. Moi, je ne suis plus surpris, encore qu’hier André a quand même réussi à me bluffer.

Qu’ils soient handicapés ou pas, je trouve ça beau quelqu’un qui va au bout de lui-même, je ne sais pas pourquoi, ça me donne la chair de poule comme le ferait un acte de bravoure, pourtant il n’y a aucun altruisme à cela, à première vue c’est même tout le contraire.

Parmi les accompagnateurs, nous avions un pilote de tandem, il a pédalé avec un travailleur particulièrement anxieux mais qui avait une envie folle d’être de ceux qui ont participé au triathlon. Les deux ont fait preuve d’une détermination hors norme, eux-aussi, pour arriver au bout du challenge. Le premier de leur entrainement a été écourté au bout de sept kilomètres seulement, tant l’angoisse de l’apprenti cycliste était importante, j’ai cru à ce moment-là que c’en était fini du défi qu’il s’était lancé mais c’était sans compter sur la détermination du conducteur du tandem qui lui a redonné rendez-vous avec un de ses collègues pour qu’il le suive et le rassure lors de l’entrainement suivant. Résultat, toujours avec beaucoup d’appréhensions, mais un peu moins, le travailleur handicapé a fait une vingtaine de kilomètres. Un autre entraînement accompagné a été organisé et cette fois c’est vingt-cinq kilomètres qui ont été parcourus. Le jour de l’épreuve l’équipage partait seul sous la pluie et le vent violent, élément particulièrement angoissant pour notre concurrent, et malgré cela il a réussi à rejoindre l’arrivée.

De retour de l’épreuve, j’ai adressé mes remerciements et félicitations au pilote par SMS, et il m’a répondu qu’il me remerciait de lui avoir permis de pédaler utile, entre autres choses. C’est un cycliste qui roule entre 20 000 et 25 000 kilomètres par ans, le plus souvent en solitaire, ce qui représente à peut près 60 kilomètres par jour, en se basant sur la moyenne des deux, soit 22 500 km.

Je comprends bien pourquoi il a employé cet adjectif « utile », il voulait dire que ça avait aidé quelqu’un à réaliser son rêve, mais j’ai quand même envie de lui répondre, c’est ma manière de le faire, pour lui dire que ce qu’il fait quand il traverse les Pyrénées juste pour son plaisir, comme il l’a fait il y a quelque jours, c’était utile aussi, utile à lui, ça lui procurait du plaisir, le sentiment d’exister, et que pour pouvoir être utile aux autres, il fallait d’abord s’éprouver.

Je peux en parler de ce besoin, moi qui passe des heures et des heures à l’écart des autres, comme je le fais maintenant, non pas sur une selle de vélo à pédaler en contemplant dans le paysage ou perdu dans mes pensées (encore que ça m’arrive aussi) mais à lire et à écrire.

J’ai l’impression d’y puiser l’énergie qui me permet d’aider les autres à aller au bout d’eux-même, là où il fait si bon.

7 réflexions sur “Aide-toi, les autres tu aideras

  1. c’est émouvant.

    Oui, écrire quand on a du mal à parler à ses proches, à ses enfants parce que ce n’est jamais le moment; que ce n’est jamais à propos dans la conversation, que le moment de placer son propos vient de passer, et que ce que l’on veut dire tombe toujours comme un cheveu dans la soupe

    Aimé par 2 personnes

  2. C’est beau, ce que tu dis : « Pour pouvoir être utile aux autres, il faut d’abord s’éprouver. » Ca me touche, il faut que j’y réfléchisse. A suivre, dans un texte, sans doute ^^Merci de ce beau et touchant billet, j’aime beaucoup ta manière de raconter.

    Aimé par 1 personne

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