Mirabelle et le motard (Version intégrale)

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Georges Perros, Peut-être sur la moto avec laquelle il s’est cassé un bras en percutant une vache en Juillet 1960.

Les fermiers ont confié à leur jeune commis,
Le soin de s’occuper de leurs vaches laitières,
Pendant qu’ils séjournaient, pour la semaine entière,
Avec leurs rejetons, chez un couple d’amis.

Mais un après-midi, l’adjoint s’est cru permis,
De se rouler dans l’herbe avec la charcutière,
Et d’ôter ses habits, sauf bas et jarretières,
Puis de l’aimer si fort, qu’il s’est vite endormi.

Le gardien du troupeau, trop pressé de conclure,
N’avait pas pensé à fermer la clôture ;
Mirabelle à l’affut, aussitôt se barra.

Alors qu’elle broutait sur le bord d’une route,
Un motard étourdi (un poète sans doute),
Percuta le bovin et se cassa le bras.

—–

Le pilote, inconscient, du fait de la douleur,
Gisait près de l’engin, un vrai tas de ferraille
Duquel dégoulinait de l’essence en pagaille,
Risquant de provoquer un bien plus grand malheur ;

En ce mois de juillet, forte était la chaleur,
Et qu’il n’avait pas plu, cela faisait un baille,
La braise de sa pipe enflamma des broussailles,
Le feu avec le vent pris vite de l’ampleur.

Mirabelle n’ayant qu’une patte blessée,
Rejoignit en boitant l’endroit où la chaussée
Sentait le carburant et urina dessus.

Une fois écarté, le risque d’incendie,
La vache le traina, malgré sa tripédie,
Loin de l’air enfumé, jusqu’à un lit moussu.

—–

Le chauffard demeurant toujours sans réactions,
Avec sa langue humide et fortement rêche
(Pour pouvoir arracher l’herbe ancienne ou bien fraiche),
Elle lui prodigua une longue friction.

Dix minutes plus tard, elle eut satisfaction,
Mais reprenant conscience, il se montra revêche
Quand il vit s’approcher la lécheuse pas sèche,
Qu’il fit, avec sa main, changer de direction.

Quand enfin il compris que la vache baveuse,
Bien qu’il l’ait estropié, a été sa sauveuse
Au risque de sa vie, il s’en voulu beaucoup.

Dès lors, très peu lui chaud, sa substance gluante,
Et, il faut l’avouer, son haleine puante,
Il lui fit un baiser et la pris par le cou.

—–

Quelques années plus tard, au clair d’une bougie,
Ayant sur la vie une vision amère,
Le souvenir revint de sa plus chère amie,
Et il traça ces vers au coin d’un secrétaire :

« Demain tu reviendras vache de nostalgie
et sur le pré voisin broutera ma misère
Donnez-moi de cette eau qui fait que l’on oublie
Il est à moitié plein moitié vide mon verre. »*

*Georges PERROS, Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Editions: Finitude, trouvé ICI

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