La vie confilmée 4

– Papa, tu peux venir, je suis dans la panade,
Je dois savoir du Cid, une longue tirade.

– Je finis un dossier, voila, je suis à toi,
Mais, tu sais, le Français, pour moi, c’est du patois.
Le cidre, ça doit être une pièce soûlante…

– Ta vanne n’est pas drôle, elle est dé/so/pi/lante !

– Tiens, page 127, le passage du roi,
Ah ! Ça commences bien… mais tiens-le à l’endroit !

– Ah, oui, comme cela, c’est déjà plus digeste,
Cependant, le lisant, il m’inspire une sieste.

– Bon, ça y’est, tu es prêt, puis-je enfin réciter ?!
Après, je veux, pour Pâques, un truc te concocter.

Le père se frotte le ventre et fait un geste de la main pour lui signifier qu’il a hâte quelle commence.

« Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui semblait d’abord ne se pouvoir sans crime.
Rodrigue t’a gagnée, et tu dois être à lui.
Mais, quoique sa valeur t’ait conquise aujourd’hui,
Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloire
Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.
Cet hymen différé ne rompt point une loi
Qui, sans marquer de temps, lui destine ta foi.
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.
(…) Après je ne sais plus (…) Est-ce une rime en or ?

Le père est surpris, il n’écoutait pas, il baillait, le nez dans le livre, il sursaute et bredouille

– Je n’entends pas très bien, reprends un peu plus fort.

Au même moment, le portable du père glisse du livre et arrive au pied de sa fille. Sur l’écran est affiché le jeu Pacman.

– Plutôt que de m’aider à déclamer Corneille,
Il joue sur son portable en baillant aux corneilles !
Je ne sais pas comment je supporte cela,
En tous les cas c’est mort pour l’œuf au chocolat !

La fille part en claquant la porte