La haine pour temple

Un prêtre poignardé, d’une voix faible, appelle
Une âme secourable, un ange protecteur,
Quelqu’un pour qui l’amour est le seul directeur,
Bref, un individu qui trouve la vie belle.

L’homme de Dieu priait seul dans une chapelle
Quand entra en silence un être destructeur
Qui planta son couteau dans le génuflecteur ;
Il s’écroula d’un coup, sans un geste rebelle.

L’islamiste, un instant, le sang jaillir, contemple,
Puis tranche le blessé car la haine est son temple
(La cause religieuse étant un faux motif).

Enfin il met le chef sur la table de messe
Et crie Allah akbar, d’une voix vengeresse
En regardant le ciel du monument votif.

Version tragique

Sur une élève, un prof lève la main.
Autant dire qu’elle n’est pas ravie
Puisqu’elle veut s’en prendre à la vie
De l’agresseur sans attendre demain !

Au son qu’a fait la gifle, il est certain
Qu’elle était dépourvue de modestie.
Sa cause est qu’elle était peu investie
Dans la traduction d’un texte en latin.

Elle rêvait, s’imaginant en Dame
Au bras d’un Lord ayant une grande âme
Et un beau Penny dans le pantalon.

Le soir, le freinage de l’Hirondelle
De l’enseignant ne lui est pas fidèle,
Il est mort à l’heure où nous parlons.

Fayad Jamís – Pour cette liberté — BEAUTY WILL SAVE THE WORLD

Pour cette liberté de chanter sous la pluie
Il faudra tout donner.

Pour cette liberté d’être étroitement liés
Aux fermes et douces entrailles du peuple
Il faudra tout donner.
Pour cette liberté de tournesol qui s’ouvre dans l’aube des usines et des écoles illuminées
Pour cette liberté de la terre qui craque et de l’enfant qui se réveille
Il faudra tout […]

Fayad Jamís – Pour cette liberté — BEAUTY WILL SAVE THE WORLD

L’histoire des caricatures

L’histoire des caricatures, qui pendant des années avait enflammé les esprits, était heureusement devenue de l’histoire ancienne.

Elle s’était résolue notamment grâce à l’interdiction des caricatures insultantes. Les caricatures avaient naturellement le droit de cité, mais elles se devaient respectueuses. Certains esprits forts moquèrent un oxymoron qu’ils trouvèrent hypocrite. Une caricature respectueuse, c’était aussi crédible qu’une tendre fatwa, qu’un terroriste exquis, qu’une sympatoche décapitation. Heureusement la voix de la raison fut entendue. Charlie Hebdo, le Canard Enchainé et Siné mensuel, notamment, purent continuer de paraître, mais sous certaines conditions. Le CRLS, Comité de Régulation de la Liberté Satirique composée de différents mandataires institutionnels ainsi que des représentants des principales religions, surveillait la liberté forcement irréfléchie de ces aimables, mais inconscients artistes qu’étaient les dessinateurs de presse. Chaque année, à l’Élysée, une grande fête était organisée au cours de laquelle le chef de l’état dans une ambiance bon-enfant venait saluer les caricaturistes, en morigénant dans un grand sourire celui qui lui avait rendu le nez un peu trop long, cet autre qui lui avait exagérément épaissis ses sourcils.

La situation aurait été parfaitement apaisée s’il n’y avait eu cette vague d’attentat liée à la mini jupe qui pour certains était considérée comme une insulte insupportable à leur croyance et à leur dieu. De nombreux responsables politiques, de gauche ou de droite, montèrent au créneau pour éteindre l’incendie et mettre en avant la notion de déshabillé-couvert, de sexy-pudique. La mini jupe avait tout à fait le droit d’être portée mème dans la sphère publique, bien sûr (qui serait assez fou pour l’interdire !), mais à condition qu’elle fut portée nettement au dessous du genoux, idéalement jusqu’à l’extrémité des doigts de pieds, qui n’étaient pas quand ils étaient à découvert, et si vous êtes honnêtes, vous en conviendrez, dénués de charge fortement érotique.

Quand la mini jupe allongée fut la seule tenue acceptée pour les femmes, on cru à tord que le temps de la tranquillité était venu. Au collège Samuel Paty, un scandale éclata quand un cours de SVT, consacré à Charles Darwin, fut interrompu par des élèves, qui accompagnés de leur parents, jugèrent indigne que l’école de la république mette en avant une théorie qui allait à l’encontre de ce que leur apprenait leur légitime croyance. Beaucoup de responsables politiques (heureusement qu’ils étaient là !), montèrent au créneau pour expliquer que ça n’était pas l’heure d’envenimer la situation, que l’on pouvait très bien parler de biologie, de géologie, de tout ce qui avait un rapport avec le monde vivant, la terre et la nature, sans forcement évoquer le père du darwinisme.

Une fois de plus on salua le bon sens général et chacun convainc, par ailleurs, que le programme scolaire déjà suffisamment chargé n’avait pas besoin de s’encombrer de notions si sujettes à caution.

C’est ainsi que s’arrêta cette chronique de façon provisoire.