Vers salutaires

Il parait que Glenn Gould, pianiste merveilleux,
Espérait qu’on viendrait nombreux à ses obsèques.
Il y eut moins de gens qu’au Hajj, à la Mecque,
Mais trois milles péquins c’est déjà du sérieux.

Pour les miennes, à coup sûr, je ne ferai pas mieux,
À moins que je devienne aussi connu et que
Ce soit heureusement (ou que je fasse un chèque
À certains qui viendraient pour lui me dire adieu).

Qui sait, d’ici ma mort, peut-être le serai-je ?
Peut-être sera long et dense mon cortège ?
Je ne pourrais, hélas, pas m’en féliciter.

J’aurai rejoint tous ceux qui avant moi vécurent,
Que leur vie fut radieuse ou à l’inverse obscure,
Ce que, avec mes vers, je cherche à éviter.

God save the Queen

Le royaume-uni est dans un profond deuil,
Aujourd’hui il mettra, en grande pompe, en terre,
Feue Elizabeth II, la reine d’Angleterre,
Beaucoup de ses sujets auront la larme à l’œil.

Bien plus loin qu’outre-Manche, on suivra son cercueil,
Son aura s’étendant tout autour de la terre.
Peu nombreux sont ceux que cet hommage atterre,
Même un grand opposant lui fait un bon accueil :

John Lyndon l’associait à un régime fasciste,
Dans un « God save the Queen au refrain nihiliste,
Avec les Sex Pistols, « No Future », il chantait.

Sous ses tenues voyantes habitait un cœur simple,
On peut être à la fois de sang royal et humble,
Qu’ils soient faibles ou puissants, tous avaient son respect.

Le silence des églises

J’aimerais mettre à mal mon animosité
Contre tout ce qui n’est pas ce sentiment lui-même,
Il n’y a pas qu’au dehors, que la souffrance, il sème,
Mon intérieur aussi, elle vient visiter.

C’est de vivre des pics de luminosité,
Ces moments, par exemple, où nous touche un poème
(D’autres vont l’éprouver, recevant le baptême),
Que par contraste on sent notre nervosité.

Autrement dit je veux qu’en moi la grâce croisse
(Et que des amphibiens à mes côtés coassent,
Quand je prends l’apéro en terrasse le soir).

Les religions prétendent avoir une recette,
Mais elles ne font pas dans mon esprit recette,
Bien que dans les églises, il fasse bon s’assoir.