Mirabelle sous la voûte céleste

Cet été encore, la mare étant à sec,
Mirabelle s’abreuve à l’eau d’une citerne,
Et l’herbage étant rare, ou alors d’un vert terne,
Elle n’a que du foin pour contenter son bec.

La vache en à marre de devoir faire avec,
Elle préférerait de la fraiche luzerne,
Et pouvoir prendre un bain au sein de sa taverne
En taillant la bavette avec un joli mec.

Pour ne rien arranger, rétrécie la prairie,
Faute au lotissement permis par la mairie,
En dépit de l’impact sur l’environnement.

Et ça n’est pas la nuit qu’il est le moins pénible,
Sa lumière rendant les astres moins visibles,
Aussi elle est en paix d’autant moins pleinement.

Mirabelle se jette à l’eau

À bord d’un frêle esquif fait de vieux matériaux
Qu’il a récupéré le long de la rivière,
Un voleur de fruit fuit l’horreur pénitentiaire,
Et le flair de mâtins, à ses matons, loyaux.

Rejoindre l’autre rive est dans son scénario,
Cependant le courant contrarie sa croisière,
L’entrainant vitement, nonobstant ses prières,
Vers une chute d’eau, broyeuse de rafiot.

À l’approche du vide, « Au secours », il appelle
(Au risque qu’alertés, ses suiveurs l’interpellent),
En sautant de sa nef, car il est non-nageur.

Mirabelle entendant ses cris depuis la berge,
Plonge sans hésiter et sur son dos l’héberge,
Puis ramène à bon port le tout juste majeur.

Mirabelle et l’orphelin

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Je marche les pieds nus, au moment de l’éveil
Du jour sur la prairie, où paissent quelques vaches.
Sous un mirabellier sont étendues des bâches
Où gisent des fruits jaunes, abreuvés de soleil.

Ce champ, je le connais, il n’a aucun pareil,
J’y passais des étés à jouer sans relâche,
Que ce soit au football ou bien à cache-cache,
J’y ai même parfois déposé mon sommeil .

C’est la première fois depuis qu’est mort mon père,
Que je suis orphelin (le précéda ma mère),
Que je viens en ce lieu où ils nous ont chéris.

Mirabelle soudain, timidement s’approche,
Semblant avoir compris que me manquent ces proches,
Sa présence attentive apaise mon esprit.

Mirabelle et le motard (Version intégrale)

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Georges Perros, Peut-être sur la moto avec laquelle il s’est cassé un bras en percutant une vache en Juillet 1960.

Les fermiers ont confié à leur jeune commis,
Le soin de s’occuper de leurs vaches laitières,
Pendant qu’ils séjournaient, pour la semaine entière,
Avec leurs rejetons, chez un couple d’amis.

Mais un après-midi, l’adjoint s’est cru permis,
De se rouler dans l’herbe avec la charcutière,
Et d’ôter ses habits, sauf bas et jarretières,
Puis de l’aimer si fort, qu’il s’est vite endormi.

Le gardien du troupeau, trop pressé de conclure,
N’avait pas pensé à fermer la clôture ;
Mirabelle à l’affut, aussitôt se barra.

Alors qu’elle broutait sur le bord d’une route,
Un motard étourdi (un poète sans doute),
Percuta le bovin et se cassa le bras.

—–

Le pilote, inconscient, du fait de la douleur,
Gisait près de l’engin, un vrai tas de ferraille
Duquel dégoulinait de l’essence en pagaille,
Risquant de provoquer un bien plus grand malheur ;

En ce mois de juillet, forte était la chaleur,
Et qu’il n’avait pas plu, cela faisait un baille,
La braise de sa pipe enflamma des broussailles,
Le feu avec le vent pris vite de l’ampleur.

Mirabelle n’ayant qu’une patte blessée,
Rejoignit en boitant l’endroit où la chaussée
Sentait le carburant et urina dessus.

Une fois écarté, le risque d’incendie,
La vache le traina, malgré sa tripédie,
Loin de l’air enfumée, jusqu’à un lit moussu.

—–

Le chauffard demeurant toujours sans réactions,
Avec sa langue humide et fortement rêche
(Pour pouvoir arracher l’herbe ancienne ou bien fraiche),
Elle lui prodigua une longue friction.

Dix minutes plus tard, elle eut satisfaction,
Mais reprenant conscience, il se montra revêche
Quand il vit s’approcher la lécheuse pas sèche,
Qu’il fit, avec sa main, changer de direction.

Quand enfin il compris que la vache baveuse,
Bien qu’il l’ait estropié, a été sa sauveuse
Au risque de sa vie, il s’en voulu beaucoup.

Dès lors, très peu lui chaud, sa substance gluante,
Et, il faut l’avouer, son haleine puante,
Il lui fit un baiser et la pris par le cou.

—–

Quelques années plus tard, au clair d’une bougie,
Ayant sur la vie une vision amère,
Le souvenir revint de sa plus chère amie,
Et il traça ces vers au coin d’un secrétaire :

« Demain tu reviendras vache de nostalgie
et sur le pré voisin broutera ma misère
Donnez-moi de cette eau qui fait que l’on oublie
Il est à moitié plein moitié vide mon verre. »*

*Georges PERROS, Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Editions: Finitude, trouvé ICI

 

Mirabelle et le pécheur

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Sculpture Benoît Le Medec en hommage à son frère.

Elle l’a toujours vu, quand naissent les bourgeons,
Traverser la prairie encombré de ses cannes,
Pour rejoindre l’étang où jouent canards et canes,
Ainsi que canetons, à faire des plongeons.

L’homme installe ses perches à l’abri des grands joncs
Du lieu dont il connait les multiples arcanes ;
Depuis l’enfance il vient, à pied ou en bécane,
Méditer sur la vie en traquant le goujon.

Parfois Mirabelle l’interrompt dans ses songes,
Profitant d’un moment où nul bouchon ne plonge,
Et obtient de sa main de douces attentions.

Mais déjà, cette année, le pommier est en fleurs
Sans qu’elle n’ai eu vent de son tendre pêcheur,
La vache est fort peinée par sa disparition.

En hommage à Yves Le Medec

 

Mirabelle et le réchauffement climatique

 

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Image de Pierrette

Alors que le printemps pointe le bout du nez
Et que l’hiver, déjà, prépare ses valises,
Mirabelle, en broutant, tout d’un coup, réalise
Que cette année encore aucun flocon n’est né.

Elle qui aime voir, son pré, de neige orné,
Cela fait des lustres (d’après son analyse),
Que l’eau tombant du ciel jamais ne cristallise ;
Cette seule pensée gâche son déjeuner.

L’appétit s’est enfuit, la vache se redresse,
Puis pense à la chaleur qui en été l’oppresse,
Et au petit ruisseau qui est encore à sec.

Le taureau attristé par son minois morose,
D’aller se promener, à l’étang, lui propose,
Tant que les canetons peuvent y tremper leur bec.

Mirabelle fait le chameau

 

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Héraldie

Ce soir, à la mairie, se tient un grand débat,
Beaucoup de villageois et quelques villageoises,
Y discutent âprement, autour d’une cervoise,
De sujets très divers, dont de la djellaba ;

Un nouveau résident, provenant de Rabat,
Porte ce vêtement, ce qui laisse pantoises
Certaines personnes, avec lui, discourtoises,
Elles aimeraient bien qu’il retourne là-bas.

Pourtant il a le droit de résider en France,
Son dur labeur n’attire aucune concurrence
Chez les autochtones, mais ça, on n’en dit mot !

Dès qu’il est en congé, Ahmed bat la campagne,
Assis sur Mirabelle, agréable compagne,
Qui se fait un plaisir d’être son doux chameau.

Mirabelle sauve Gaston Lagaffe

 

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C’est enfin les vacances aux Éditions Dupuis,
Gaston est en chemin vers sa villégiature,
Son chat et sa mouette au fond de sa voiture ;
Quand il est malheureux, ils sont d’un grand appui.

À la tombée du jour, le tacot tousse et puis,
Soudain, s’immobilise non loin d’une pâture,
Où l’étourdi choisit d’y tendre sa toiture,
Sous les branches d’un chêne et à deux pas d’un puits.

Le lendemain matin, l’homme échoue à s’extraire
Du sac de couchage, bien que très téméraire ;
La glissière bloquée, il rampe vers le bourg.

Mirabelle devant ce ver de terre immense,
Se croit en premier lieu atteinte de démence,
Avant qu’avec ses dents, elle aille à son secours.

Mirabelle et la lune

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Amie des vaches

Mirabelle est sortie pour aller pâturer,
Par une de ces nuits éclairée par la lune.
Elle aime ces moments où nul ne l’importune,
Ses semblables, à rêver, étant tous affairés.

Qui plus est, d’herbe fraiche, elle a plus qu’un carré ;
L’occasion pour manger est vraiment opportune,
Elle broute même les quelques queues de prunes
Que les vers délaissent, le fruit mûr dévoré.

Le ventre bien tendu, elle fait une pause
Et regarde le ciel où l’astre blanc s’impose
Comme un grand bloc de sel à ses yeux globuleux.

Grimpant sur un talus pour y poser la langue,
La lourde ruminante, usée par l’effort, tangue,
Avant de s’écrouler sur un fumier moelleux.

Mirabelle et le tromboniste

Dès lors que fleurissent les longs week-end de mai,
De nombreux citadins, de la ville, s’éloignent
Pour aller profiter du soleil en campagne,
Lorsque la météo, biensûr, le leur permet.

C’est le cas d’un jazzman, de son art, au sommet,
Qui avec les deniers, qu’aux festivals, il gagne,
Rénove un vieux manoir, aidé de sa compagne ;
Ils n’ont plus que les murs à peindre désormais.

Mais si le musicien aime le bricolage,
Quand arrive le soir, il sort de ses bagages
Son outil de travail et s’en va dans les champs.

Aux premières notes qui sortent du trombone,
Mirabelle trouvant que sa musique est bonne,
Remue son derrière tout en s’en approchant.