Mirabelle et la lune

12_vache_clair_lune-2
Amie des vaches

Mirabelle est sortie pour aller pâturer,
Par une de ces nuits éclairée par la lune.
Elle aime ces moments où nul ne l’importune,
Ses semblables, à rêver, étant tous affairés.

Qui plus est, d’herbe fraiche, elle a plus qu’un carré ;
L’occasion pour manger est vraiment opportune,
Elle broute même les quelques queues de prunes
Que les vers délaissent, le fruit mûr dévoré.

Le ventre bien tendu, elle fait une pause
Et regarde le ciel où l’astre blanc s’impose
Comme un grand bloc de sel à ses yeux globuleux.

Grimpant sur un talus pour y poser la langue,
La lourde ruminante, usée par l’effort, tangue,
Avant de s’écrouler sur un fumier moelleux.

Publicités

Mirabelle et le tromboniste

Dès lors que fleurissent les longs week-end de mai,
De nombreux citadins, de la ville, s’éloignent
Pour aller profiter du soleil en campagne,
Lorsque la météo, biensûr, le leur permet.

C’est le cas d’un jazzman, de son art, au sommet,
Qui avec les deniers, qu’aux festivals, il gagne,
Rénove un vieux manoir, aidé de sa compagne ;
Ils n’ont plus que les murs à peindre désormais.

Mais si le musicien aime le bricolage,
Quand arrive le soir, il sort de ses bagages
Son outil de travail et s’en va dans les champs.

Aux premières notes qui sortent du trombone,
Mirabelle trouvant que sa musique est bonne,
Remue son derrière tout en s’en approchant.

Mirabelle, La guerre de vendée

Le fermier a mangé des mogettes maisons
Au déjeuné d’adieu à sa tante Germaine,
Mais il aime tellement les graines vendéennes
Qu’il en a consommé bien plus que de raison.

À la traite suivant la funèbre oraison,
L’homme fut victime d’un commun phénomène :
Le gaz accumulé dans sa grosse bedaine
S’échappait par l’anus à chaque inclinaison.

Les pets malodorants fusèrent en ribambelles,
Ce qui incomoda grandement Mirabelle,
Pourtant des flatulences elle en a à foison.

D’ailleurs elle en lâcha une importante dose,
Sciemment, sous son nez, juste retour des choses,
Il lutta vainement contre la pâmoison.

Mirabelle et les oisillons

pommiervincent
Image Pierrette 

Mirabelle s’endort à l’ombre du pommier,
La panse bien remplie de cette herbe bien tendre
Que l’eau de Septembre sur la prairie engendre.
Des jours de l’automne, nous sommes le premier.

Pendant cette période il est fort coutumier
De voir un fruit bien mûr d’une branche descendre,
Quand ils sont abîmés, comme on ne peut les vendre,
Ils vont dans le pressoir pour le cidre fermier.

Un coup de vent violent fait tomber quelques pommes
Qui ne parviennent pas à l’extraire du somme,
Mais deux d’entre-elles échouent au sommet de ses pics.

Lorsqu’elle ouvre les yeux, des oisillons y mangent,
Elle ne bouge pas, bien que ça la démange,
Car elle raffole du concert de Couic ! Couic !

Mirabelle et la vache sacrée

img_0985
Photo Nicolas CANTIN

Le fermier a acquis, au salon de Paris,
Une vache sacrée venue tout droit d’Asie.
Il a dût débourser pour cette fantaisie
Un an d’économies, le transport non-compris.

L’homme en prend un grand soin, eu égard à son prix,
Les autres en éprouvent beaucoup de jalousies,
D’autant qu’un beau taureau l’a aussitôt choisie,
Pour l’unique soyeux de son noir coloris.

L’ensemble du troupeau lui fait des vacheries,
Hormis Mirabelle qui aime à la prairie,
L’écouter lui narrer sa vie à New Delhi.

Cette dernière aide sa très récente amie,
Quand lui nait un métis souffrant d’hypothermie ;
Entre elles deux le veau a le plus chaud des lits.

 

.

 

Merci à Nicolas CANTIN pour l’autorisation d’usage de cette remarquable photographie trouvée sur son non moins remarquable blog GRAND SINGE.

.

 

Mirabelle en piste

6bf5429397065710edb2c60886521f25

 

Le temps est froid mais sec ce dimanche matin.
La marre est couverte d’une couche de glace
De vingt centimètres sur laquelle ont pris place
Les enfants du fermier chaussés de leur patins.

Leurs parents sont allés à la messe en latin
Qui se tiens en ville avec la populace
De ceux que l’office tenu en français lasse ;
De traditionalisme ils ont été atteint.

Mirabelle regarde avec envie la glisse
Des jeunes patineurs comme rêvait Alice
De suivre le lapin au fond de son terrier.

La vache se lance sur l’étendue gelée
Et fait contre son gré le looping de l’année
Face au chef ébahi, revenu de prier.

Mirabelle ne veut pas déménager

« Le lait ça eut payé mais ça ne paye plu,
M’en vais vendre les vaches et faire de l’étable
Des studios à louer, j’connais rien d’plus rentable !  »
S’exclame le fermier d’un ton très résolu.

Il passe une annonce dans un journal fort lu,
Puis s’attelle aux bovins pour qu’ils soient présentables,
Espérant en tirer un prix considérable ;
Il lui faut financer les logements voulus.

Les animaux se servent à volonté d’avoine
Afin qu’ils aient le ventre aussi rond qu’un vieux moine,
Avant d’être soignés de leur moindre bobo.

Mirabelle comprends l’intention pécuniaire
Et convainc ses paires de sortir de l’ornière
En rouant les marchands de grands coups de sabots.