Mirabelle et les oisillons

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Image Pierrette 

Mirabelle s’endort à l’ombre du pommier,
La panse bien remplie de cette herbe bien tendre
Que l’eau de Septembre sur la prairie engendre.
Des jours de l’automne, nous sommes le premier.

Pendant cette période il est fort coutumier
De voir un fruit bien mûr d’une branche descendre,
Quand ils sont abîmés, comme on ne peut les vendre,
Ils vont dans le pressoir pour le cidre fermier.

Un coup de vent violent fait tomber quelques pommes
Qui ne parviennent pas à l’extraire du somme,
Mais deux d’entre-elles échouent au sommet de ses pics.

Lorsqu’elle ouvre les yeux, des oisillons y mangent,
Elle ne bouge pas, bien que ça la démange,
Car elle raffole du concert de Couic ! Couic !

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Mirabelle et la vache sacrée

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Photo Nicolas CANTIN

Le fermier a acquis, au salon de Paris,
Une vache sacrée venue tout droit d’Asie.
Il a dût débourser pour cette fantaisie
Un an d’économies, le transport non-compris.

L’homme en prend un grand soin, eu égard à son prix,
Les autres en éprouvent beaucoup de jalousies,
D’autant qu’un beau taureau l’a aussitôt choisie,
Pour l’unique soyeux de son noir coloris.

L’ensemble du troupeau lui fait des vacheries,
Hormis Mirabelle qui aime à la prairie,
L’écouter lui narrer sa vie à New Delhi.

Cette dernière aide sa très récente amie,
Quand lui nait un métis souffrant d’hypothermie ;
Entre elles deux le veau a le plus chaud des lits.

 

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Merci à Nicolas CANTIN pour l’autorisation d’usage de cette remarquable photographie trouvée sur son non moins remarquable blog GRAND SINGE.

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Mirabelle en piste

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Le temps est froid mais sec ce dimanche matin.
La marre est couverte d’une couche de glace
De vingt centimètres sur laquelle ont pris place
Les enfants du fermier chaussés de leur patins.

Leurs parents sont allés à la messe en latin
Qui se tiens en ville avec la populace
De ceux que l’office tenu en français lasse ;
De traditionalisme ils ont été atteint.

Mirabelle regarde avec envie la glisse
Des jeunes patineurs comme rêvait Alice
De suivre le lapin au fond de son terrier.

La vache se lance sur l’étendue gelée
Et fait contre son gré le looping de l’année
Face au chef ébahi, revenu de prier.

Mirabelle ne veut pas déménager

« Le lait ça eut payé mais ça ne paye plu,
M’en vais vendre les vaches et faire de l’étable
Des studios à louer, j’connais rien d’plus rentable !  »
S’exclame le fermier d’un ton très résolu.

Il passe une annonce dans un journal fort lu,
Puis s’attelle aux bovins pour qu’ils soient présentables,
Espérant en tirer un prix considérable ;
Il lui faut financer les logements voulus.

Les animaux se servent à volonté d’avoine
Afin qu’ils aient le ventre aussi rond qu’un vieux moine,
Avant d’être soignés de leur moindre bobo.

Mirabelle comprends l’intention pécuniaire
Et convainc ses paires de sortir de l’ornière
En rouant les marchands de grands coups de sabots.

Mirabelle bonne samaritaine

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Vouivre représentée dans le Liber floridus, 1448.

Le fermier est connu pour être courageux,
Rien ne peut l’arrêter, ni la pluie, ni le givre,
Son tout jeune apprenti a du mal à le suivre,
Dès que le ciel se couvre, il devient ombrageux.

Un jour que s’annoncent des nuages orageux,
Nombreux et menaçant, telle une armée de vouivres,
Pour avoir du courage il boit au point d’être ivre
Et chute dans le pré rendu marécageux.

Son patron tente alors de l’ôter de la boue,
Mais comme il sent l’alcool c’est lui qui fait la moue,
D’autant que l’éméché ne se tient plus debout.

En guise de leçon il le laisse sur place,
Mirabelle le tracte hors de cette mélasse
À l’aide de sa queue dont l’enfant tient le bout.

 

Mirabelle défend sa place

 

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MANDA LAMÉTRIE, FERMIÈRE.
Alfred ROLL (1846 – 1919)

La campagne est propice à la méditation,
Aussi y trouve t’on de nombreux monastères,
L’un d’entre-eux est derrière un très long mur de stères
Qui fait une frontière avec l’exploitation.

Juste après la fin de la célébration
De la première messe, rempli du grand mystère,
Un novice quitte le bâtiment austère
Pour acheter le lait de la congrégation.

Arrivé pour la traite, il découvre à l’étable
Une fille de ferme aux formes confortables ;
Ses deux yeux subjugués admirent ses contours.

La vachère au grand coeur se met à moitié nue,
Mirabelle à l’affût, repousse l’ingénue,
La vache redoutant qu’elle prenne son tour.

 

Mirabelle dans la tempête

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Amphion par Vigée-Lebrun

En soirée le fermier veut mener son bétail
À l’abri du hangar pour cause de tempête.
Il confie la mission à l’un de ses arpètes
Car il refait le monde autour d’un bon cocktail.

Le jeune novice n’aime pas son travail,
Il rêve de prendre la poudre d’escampette
Pour, dans un orchestre, jouer de la trompette
Mais ses parents s’accrochent encore au gouvernail.

Plutôt que de tenir le troupeau sous sa botte,
Le nez dans les nuages, il siffle quelques notes,
Mirabelle en profite en changeant vite d’air.

Quand il la trouve enfin, allongée dans l’herbage,
À écouter le vent souffler dans les feuillages,
L’Amphion s’y adosse pour jouir du concert.