Mirabelle et le pécheur

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Sculpture Benoît Le Medec en hommage à son frère.

Elle l’a toujours vu, quand naissent les bourgeons,
Traverser la prairie encombré de ses cannes,
Pour rejoindre l’étang où jouent canards et canes,
Ainsi que canetons, à faire des plongeons.

L’homme installe ses perches à l’abri des grands joncs
Du lieu dont il connait les multiples arcanes ;
Depuis l’enfance il vient, à pied ou en bécane,
Méditer sur la vie en traquant le goujon.

Parfois Mirabelle l’interrompt dans ses songes,
Profitant d’un moment où nul bouchon ne plonge,
Et obtient de sa main de douces attentions.

Mais déjà, cette année, le pommier est en fleurs
Sans qu’elle n’ai eu vent de son tendre pêcheur,
La vache est fort peinée par sa disparition.

En hommage à Yves Le Medec

 

Mirabelle et le réchauffement climatique

 

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Image de Pierrette

Alors que le printemps pointe le bout du nez
Et que l’hiver, déjà, prépare ses valises,
Mirabelle, en broutant, tout d’un coup, réalise
Que cette année encore aucun flocon n’est né.

Elle qui aime voir, son pré, de neige orné,
Cela fait des lustres (d’après son analyse),
Que l’eau tombant du ciel jamais ne cristallise ;
Cette seule pensée gâche son déjeuner.

L’appétit s’est enfuit, la vache se redresse,
Puis pense à la chaleur qui en été l’oppresse,
Et au petit ruisseau qui est encore à sec.

Le taureau attristé par son minois morose,
D’aller se promener, à l’étang, lui propose,
Tant que les canetons peuvent y tremper leur bec.

Mirabelle fait le chameau

 

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Héraldie

Ce soir, à la mairie, se tient un grand débat,
Beaucoup de villageois et quelques villageoises,
Y discutent âprement, autour d’une cervoise,
De sujets très divers, dont de la djellaba ;

Un nouveau résident, provenant de Rabat,
Porte ce vêtement, ce qui laisse pantoises
Certaines personnes, avec lui, discourtoises,
Elles aimeraient bien qu’il retourne là-bas.

Pourtant il a le droit de résider en France,
Son dur labeur n’attire aucune concurrence
Chez les autochtones, mais ça, on n’en dit mot !

Dès qu’il est en congé, Ahmed bat la campagne,
Assis sur Mirabelle, agréable compagne,
Qui se fait un plaisir d’être son doux chameau.

Mirabelle sauve Gaston Lagaffe

Carte postale, Gaston Lagaffe : Gaston et sa tente

C’est enfin les vacances aux Éditions Dupuis,
Gaston est en chemin vers sa villégiature,
Son chat et sa mouette au fond de sa voiture ;
Quand il est malheureux, ils sont d’un grand appui.

À la tombée du jour, le tacot tousse et puis,
Soudain, s’immobilise non loin d’une pâture,
Où l’étourdi choisit d’y tendre sa toiture,
Sous les branches d’un chêne et à deux pas d’un puits.

Le lendemain matin, l’homme échoue à s’extraire
Du sac de couchage, bien que très téméraire ;
La glissière bloquée, il rampe vers le bourg.

Mirabelle devant ce ver de terre immense,
Se croit en premier lieu atteinte de démence,
Avant qu’avec ses dents, elle aille à son secours.

Mirabelle et la lune

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Amie des vaches

Mirabelle est sortie pour aller pâturer,
Par une de ces nuits éclairée par la lune.
Elle aime ces moments où nul ne l’importune,
Ses semblables, à rêver, étant tous affairés.

Qui plus est, d’herbe fraiche, elle a plus qu’un carré ;
L’occasion pour manger est vraiment opportune,
Elle broute même les quelques queues de prunes
Que les vers délaissent, le fruit mûr dévoré.

Le ventre bien tendu, elle fait une pause
Et regarde le ciel où l’astre blanc s’impose
Comme un grand bloc de sel à ses yeux globuleux.

Grimpant sur un talus pour y poser la langue,
La lourde ruminante, usée par l’effort, tangue,
Avant de s’écrouler sur un fumier moelleux.

Mirabelle et le tromboniste

Dès lors que fleurissent les longs week-end de mai,
De nombreux citadins, de la ville, s’éloignent
Pour aller profiter du soleil en campagne,
Lorsque la météo, biensûr, le leur permet.

C’est le cas d’un jazzman, de son art, au sommet,
Qui avec les deniers, qu’aux festivals, il gagne,
Rénove un vieux manoir, aidé de sa compagne ;
Ils n’ont plus que les murs à peindre désormais.

Mais si le musicien aime le bricolage,
Quand arrive le soir, il sort de ses bagages
Son outil de travail et s’en va dans les champs.

Aux premières notes qui sortent du trombone,
Mirabelle trouvant que sa musique est bonne,
Remue son derrière tout en s’en approchant.

Mirabelle, La guerre de vendée

Le fermier a mangé des mogettes maisons
Au déjeuné d’adieu à sa tante Germaine,
Mais il aime tellement les graines vendéennes
Qu’il en a consommé bien plus que de raison.

À la traite suivant la funèbre oraison,
L’homme fut victime d’un commun phénomène :
Le gaz accumulé dans sa grosse bedaine
S’échappait par l’anus à chaque inclinaison.

Les pets malodorants fusèrent en ribambelles,
Ce qui incomoda grandement Mirabelle,
Pourtant des flatulences elle en a à foison.

D’ailleurs elle en lâcha une importante dose,
Sciemment, sous son nez, juste retour des choses ;
Il lutta vainement contre la pâmoison.