Mirabelle en piste

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Le temps est froid mais sec ce dimanche matin.
La marre est couverte d’une couche de glace
De vingt centimètres sur laquelle ont pris place
Les enfants du fermier chaussés de leur patins.

Leurs parents sont allés à la messe en latin
Qui se tiens en ville avec la populace
De ceux que l’office tenu en français lasse ;
De traditionalisme ils ont été atteint.

Mirabelle regarde avec envie la glisse
Des jeunes patineurs comme rêvait Alice
De suivre le lapin au fond de son terrier.

La vache se lance sur l’étendue gelée
Et fait contre son gré le looping de l’année
Face au chef ébahi, revenu de prier.

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Mirabelle ne veut pas déménager

« Le lait ça eut payé mais ça ne paye plu,
M’en vais vendre les vaches et faire de l’étable
Des studios à louer, j’connais rien d’plus rentable !  »
S’exclame le fermier d’un ton très résolu.

Il passe une annonce dans un journal fort lu,
Puis s’attelle aux bovins pour qu’ils soient présentables,
Espérant en tirer un prix considérable ;
Il lui faut financer les logements voulus.

Les animaux se servent à volonté d’avoine
Afin qu’ils aient le ventre aussi rond qu’un vieux moine,
Avant d’être soignés de leur moindre bobo.

Mirabelle comprends l’intention pécuniaire
Et convainc ses paires de sortir de l’ornière
En rouant les marchands de grands coups de sabots.

Mirabelle bonne samaritaine

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Vouivre représentée dans le Liber floridus, 1448.

Le fermier est connu pour être courageux,
Rien ne peut l’arrêter, ni la pluie, ni le givre,
Son tout jeune apprenti a du mal à le suivre,
Dès que le ciel se couvre, il devient ombrageux.

Un jour que s’annoncent des nuages orageux,
Nombreux et menaçant, telle une armée de vouivres,
Pour avoir du courage il boit au point d’être ivre
Et chute dans le pré rendu marécageux.

Son patron tente alors de l’ôter de la boue,
Mais comme il sent l’alcool c’est lui qui fait la moue,
D’autant que l’éméché ne se tient plus debout.

En guise de leçon il le laisse sur place,
Mirabelle le tracte hors de cette mélasse
À l’aide de sa queue dont l’enfant tient le bout.

 

Mirabelle défend sa place

 

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MANDA LAMÉTRIE, FERMIÈRE.
Alfred ROLL (1846 – 1919)

La campagne est propice à la méditation,
Aussi y trouve t’on de nombreux monastères,
L’un d’entre-eux est derrière un très long mur de stères
Qui fait une frontière avec l’exploitation.

Juste après la fin de la célébration
De la première messe, rempli du grand mystère,
Un novice quitte le bâtiment austère
Pour acheter le lait de la congrégation.

Arrivé pour la traite, il découvre à l’étable
Une fille de ferme aux formes confortables ;
Ses deux yeux subjugués admirent ses contours.

La vachère au grand coeur se met à moitié nue,
Mirabelle à l’affût, repousse l’ingénue,
La vache redoutant qu’elle prenne son tour.

 

Mirabelle dans la tempête

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Amphion par Vigée-Lebrun

En soirée le fermier veut mener son bétail
À l’abri du hangar pour cause de tempête.
Il confie la mission à l’un de ses arpètes
Car il refait le monde autour d’un bon cocktail.

Le jeune novice n’aime pas son travail,
Il rêve de prendre la poudre d’escampette
Pour, dans un orchestre, jouer de la trompette
Mais ses parents s’accrochent encore au gouvernail.

Plutôt que de tenir le troupeau sous sa botte,
Le nez dans les nuages, il siffle quelques notes,
Mirabelle en profite en changeant vite d’air.

Quand il la trouve enfin, allongée dans l’herbage,
À écouter le vent souffler dans les feuillages,
L’Amphion s’y adosse pour jouir du concert.

Mirabelle fait un sit-in

 

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Comme l’herbage est rare au moment de l’hiver,
Le fermier est contraint d’alimenter ses bêtes
Avec du fourrage fauché après la fête
De Saint Jean-Baptiste, quand le blé n’est plus vert.

De fins bovins viennent dès qu’il met le couvert,
Soit, lorsqu’il apporte, posée sur sa charrette,
Une lourde botte que sur le sol il jette
Avant de repartir dans son vieux Land-Rover.

Mirabelle trouve le procédé injuste
Car peu de temps après, des colosses s’incrustent
Et prennent la place des plus prompte à venir.

Un jour que ce phénomène à nouveau se présente,
Les vachettes lésées se joigne à l’opposante
Assise sur le tas, tel un vivant menhir.

Mirabelle et les migrants

Parce qu’ils ont eu peur de l’armée d’un tyran
Qui pratique le viol sur les mères et leurs filles,
Lance des bombes à gaz avec leurs escadrilles,
Des habitants d’Alep sont désormais migrants.

Après avoir franchi les monts et les torrents,
dans le froid, dans le vent, une de ces familles
Ne possédant plus rien, à part quelques guenilles,
Fouille les poubelles d’un petit restaurant.

En revenant du pré avec son élevage
Le fermier les invite à prendre un breuvage
Installés bien au chaud au coin d’un poêle à bois.

Devant les malheureux Mirabelle s’incline
Leur faisant comprendre à quoi elle est encline,
Les enfants la chevauchent en riant aux éclats.